Comment la procédure des exportations des médicaments a été assouplie

• L’Administration des douanes a annulé une décision précédente exigeant l’Autorisation spécifique pour l’exportation des médicaments (ASEM).
• L’ASEM, mise en place par le ministère de la santé, sera maintenue, mais son octroi sera fluidifié.
• La baisse des exportations a entraîné une perte estimée à 252 millions de dirhams de janvier à mai 2020.

Depuis la mise en place de l’Autorisation spécifique pour l’exportation des médicaments (ASEM) par le ministère de la santé (voir encadré), les exportations pharmaceutiques ont drastiquement chuté. Le Maroc n’étant bien sûr pas le seul pays à avoir pris cette décision depuis le début de la crise sanitaire liée à la pandémie Covid-19. Il n’en reste pas moins qu’elle a été décriée par les opérateurs, «pour avoir été mise en place sans concertation préalable avec les industriels». Selon eux, elle aurait entraîné une baisse de 30,5% des exportations, de janvier à avril 2020. Cela correspond à 132 millions de dirhams d’après les chiffres de l’Office des changes. Parallèlement, l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP) estime à environ 120 millions de dirhams les pertes occasionnées par cette baisse au cours du mois de mai. En 2019, les exportations des médicaments avaient connu une augmentation infime de 2% comparé à 2018, où le chiffre d’affaires global des exportations a atteint 1 245 millions de dirhams. Par rapport à 2017, cela représente une croissance de 7%.

Maintenue, l’ASEM est abrogée de fait

Maintenant, les choses peuvent reprendre leur cours normal. Une série de décisions est venue amorcer une reprise imminente des exportations, en harmonie avec la sortie de crise sanitaire qui s’annonce depuis fin mai dans le monde entier. Première décision importante, le chantier de la révision de circulaire n°91 a été entamé par la Direction des médicaments et de la pharmacie (DMP) en collaboration avec l’AMIP. Les membres affiliés de cette dernière accaparent la majorité des exportations nationales des médicaments. Ensuite, vendredi 29 mai, l’Administration de la douane a tout simplement abrogé les termes d’une décision précédente (circulaire 6039/311) qui exigeait aux industriels la présentation de l’ASEM pour pouvoir expédier les commandes des médicaments outre-mer. Au fond, la décision de l’Administration de la douane signifie une abrogation de fait de l’ASEM. Or, vu le contexte particulier, cette procédure sera encore en vigueur, le temps qu’elle soit annulée officiellement par le ministère de la santé.
Selon Layla Sentissi, directrice exécutive de l’AMIP, «cette procédure sera fluidifiée prochainement. Les engagements de la DMP envers les La circulaire n°91 sera bientôt abrogéeprofessionnels vont vers ce sens», a-t-elle souligné. Quoi qu’il en soit, les industriels et les autorités sont tenus de respecter un volume de stock des médicaments réglementaire. Mis en place pour préserver la disponibilité des médicaments sur le marché, il doit suffire à la demande pendant trois mois. En absolu, cela correspond au quart des ventes réalisées l’année précédente. Celles-ci ont atteint 12 milliards de dirhams en 2019 (voir www.lavieeco.com).
Maintenant, les professionnels pensent déjà à conquérir de nouveaux territoires. Cela passe essentiellement par l’enregistrement des médicaments à exporter à de nouveaux marchés. Avant cela, il faudra d’abord reprendre le rythme habituel et rattraper l’écart perdu. Cet effort commencera par les marchés classiques de l’industrie pharmaceutique marocaine, essentiellement l’Afrique subsaharienne et le Moyen-Orient. Mieux, d’autres marchés commencent à se développer malgré le cloisonnement causé par la pandémie du Covid-19.
Selon l’AMIP, une demande croissante a été pressentie du côté des pays comme l’Irak, la Libye et la France. Ce dernier marché, un des plus actifs en Europe, a été marqué par l’accroissement de la demande sur de nouveaux segments. «Notre industrie locale a toujours exporté en France. Mais, au cours des derniers mois, l’industrie pharmaceutique française n’a pas pu répondre toute seule à la demande de son marché. Résultats : des segments comme les corticoïdes ont connu une pénurie dans ce pays. Nous avons donc été sollicités pour approvisionner le marché français», précise Layla Sentissi.