Anesthésie : recommandations pour de bonnes pratiques à  l’hôpital

Entre autres, obligation d’une visite médicale pré-anesthésique avant toute
opération chirurgicale, organisation rigoureuse des sites d’anesthésie…
Il
faudrait trois ans au moins pour la généralisation de ces pratiques dans les
hôpitaux publics.

Lors d’un acte d’anesthésie, qu’il soit local, loco-régional ou général, le risque zéro n’existe pas, rappelle le Pr Lhoucine Barrou, président du XXIe Congrès national d’anesthésie et de réanimation, qui coà¯ncide avec le VIe congrès de la Fédération maghrébine de la même spécialité, qui s’est tenu à  Marrakech du 7 au 9 février. Dans le but d’assurer une sécurité optimale au patient anesthésié, un groupe d’experts nationaux, avec le concours d’experts internationaux, a travaillé pendant deux ans pour produire, en février 2008, un document intitulé Les recommandations pour une sécurité anesthésique, traitant des procédures à  respecter, parmi lesquelles l’obligation d’une consultation et d’une visite médicale pré-anesthésique avant toute opération chirurgicale ; une organisation rigoureuse des sites d’anesthésie – bloc opératoire, système antipollution, produits anesthésiants, système d’alimentation en gaz frais – ainsi que les dispositifs de surveillance du système anesthésique et du patient. Il s’agit aussi du matériel indispensable pour assurer l’accès aux voies aériennes et vasculaires.

Ce premier manuel marocain sur la sécurité anesthésique met l’accent sur le choix du matériel d’aspiration et de réchauffement des liquides de transfusion rapide. Il fait état de la nécessité de disposer d’un dossier d’anesthésie, d’une check-list pour la vérification, le rangement et la maintenance du matériel. Les experts nationaux ont tenu à  ce que ce document parvienne au ministre de la santé, en insistant sur l’intérêt de l’application de ces recommandations dans tous les hôpitaux publics. Dans le meilleur des cas, pensent-ils, si la volonté politique existe, la généralisation de ces pratiques devrait nécessiter 3 ans. La Société marocaine d’anesthésie réanimation souhaite qu’au moins les structures hospitalières en cours de finalisation tiennent dorénavant compte de ces recommandations.

La comparaison de l’exercice de la réanimation en Algérie, au Maroc et au Tunisie, le prélèvement d’organes chez des personnes en état de mort encéphalique et la place du médecin anesthésiste dans tout programme de prélèvement et de greffe d’organes constituent les autres principaux thèmes du VIe congrès de la Fédération maghrébine d’anesthésie et de réanimation. Il faut rappeler que si le Maroc a été le premier pays arabe à  réaliser une greffe de rein, de cornée ou de cÅ“ur, aujourd’hui, il est en queue de peloton, dépassé par l’Algérie, la Tunisie, la Jordanie, l’Arabie Saoudite et même la Libye. Les anesthésistes réanimateurs lancent, à  Marrakech, un appel pour la relance du programme national de prélèvement et de greffe, pour lequel beaucoup d’argent continue d’être dépensé sans résultats apparents. Les compétences médicales et le cadre juridique existent et la religion musulmane est favorable au prélèvement et au don d’organes. Le retard accusé par le Maroc fait qu’aujourd’hui des milliers de Marocains sont aveugles, par impossibilité de recevoir une greffe de cornée, d’autres meurent chaque année d’insuffisance rénale terminale car ne pouvant bénéficier d’un rein, alors que les victimes d’accidents de la voie publique, donneurs potentiels d’organes, sont perdus à  jamais.