Zine-eddine m’jati, candidat écolo aux législatives françaises

Il quitte le Maroc en 1981, fuyant les persécutions policières. Il se porte candidat en 2012 aux élections législatives pour représenter les Français du Maghreb. Contre la Françafrique, il veut que les binationaux soient traités comme des Français à  part entière.

C’est la première fois dans l’histoire de la Ve République que les électeurs français de l’étranger voteront pour élire leurs porte-parole à l’Assemblée nationale. En tout, ils seront 11 députés à travers le monde à représenter, au prochain Parlement français qui sera élu au mois de juin, un peu plus d’un million et demi de Français établis à l’étranger. Parmi eux, un défenseur de ceux installés dans la région du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest (regroupant 16 pays), une circonscription (la 9e), où sont inscrits quelque 100 000 électeurs, dont le tiers, soit 33 000, réside au Maroc. L’heureux élu serait-il Zine-Eddine M’jati, le Franco-marocain, un écolo pur et dur, qui se présente sous les couleurs d’Europe Ecologie les Verts ?

Ce binational ne cache pas sa double appartenance, au Maroc et à la France, et 31 ans après avoir quitté le Maroc (ce fut en 1981), il s’est bien intégré mais sans oublier son pays d’origine et sa maison familiale dans l’ancienne médina de Casablanca. Des chances d’être élu ? «Oui, pourquoi pas», répond ce père de trois enfants, nés d’une mère française. Certes, la course à ce poste sera serrée : 14 candidats se disputent cette conscription, quasiment tous des binationaux, de l’UMP jusqu’au Front de gauche, en passant par le Parti socialiste, sans parler des indépendants. Mais, lui, il y croit dur comme fer. A l’inverse des autres candidats qui défendent d’autres idées, dit-il, «l’écologie est un nouveau contrat social entre les hommes, un nouvel humanisme qui place l’Homme dans son milieu, dont il reste partie intégrante, au-delà des frontières».

Né à Casablanca en 1958, d’un père fonctionnaire au Comptoir cinématographique marocain (ex-CCM) et d’une mère femme au foyer, il obtient son bac sciences expérimentales au lycée Ibn Toumert, mais sa passion pour les sciences humaines lui fait abandonner ses études d’ingénieur chimiste pour celles de sociologie à Amiens et à Paris. On est à la fin des années 70, en France, il est à l’UNEM, le bouillonnant syndicat estudiantin, le cadre idéal pour les étudiants marocains de France d’aiguiser leurs armes politiques. De l’USFP, il passe à l’extrême gauche, en 1977.

Il entame sa carrière dans le domaine des sondages et enquêtes

De retour au Maroc à la fin de ses études, il est stupéfait du nombre des procès politiques qu’il n’hésite pas à dénoncer publiquement, et de la répression qui sévissait à l’époque contre les militants de gauche. Une atmosphère glauque et menaçante pour sa sécurité. Il préfère fuir et regagner l’Hexagone, pays de la liberté, que d’être la cible des services de Driss Basri, qui traquaient sans discernement les militants de gauche. De retour en France, c’est dans le domaine des enquêtes et des sondages qu’il entame sa carrière professionnelle, mais sa fibre humaniste le guide vers la protection de l’enfance en état de précarité, pour se spécialiser, en fin de compte, dans la protection des mineurs isolés étrangers, un travail qui absorbe une bonne partie de son temps. Zine-Eddine M’jati ne perd rien de sa fougue, il se fond dans tous les combats pour les droits des étrangers résidant en France : il est aux marches des Beurs pour l’égalité et contre le racisme, il est membre de la Fédération des associations Mémoire fertile pour une nouvelle citoyenneté, il se prononce contre la double peine et pour la citoyenneté des jeunes Français issus de l’immigration… Il est pour le droit de vote des étrangers non communautaires, et contre la discrimination et la stigmatisation des quartiers populaires. De 2004 à 2010, il est conseiller régional d’Ile de France et préside le Conseil de l’égalité de cette région (CEIF).

Il rêve d’un développement solidaire et durable entre la France et le Maghreb

Aujourd’hui, s’il est candidat aux élections législatives de juin 2012, c’est pour continuer le combat sur un autre front. Et la 9e circonscription où il se présente est celle, affirme-t-il, qui a le plus de liens historiques avec la France : «Elle a donc besoin d’un député qui travaille sur le terrain, pour lier les deux intérêts, celui de cette région et celui de la France». Le Franco-marocain déclare sans ambages avoir trois atouts de taille pour mieux défendre les intérêts des Français dans cette région : le fait qu’il soit binational, d’avoir une double culture, et de connaître à fond les problèmes auxquels sont confrontés les Français dans cette région, dont plus de 50% ont la double nationalité (64% au Maghreb).

«Je suis contre la Françafrique, car on ne peut pas, aujourd’hui, considérer cette région, qui a eu son indépendance depuis une cinquantaine d’années, comme une sous-région de la France. Nous voulons arrêter cela», indique l’écologiste. Pour lui, une réelle coopération respectant la souveraineté des peuples est à même de construire un développement solidaire et durable.

S’il y a une chose qui révolte au plus haut point le candidat d’Europe écologie les Verts de la 9e circonscription, c’est le parti-pris d’une certaine droite française de traiter ces binationaux à part au lieu de les traiter à part entière. Voire de vouloir «ôter la nationalité française aux binationaux qui ne payent pas d’impôts en France», allusion faite à l’amendement, allant dans ce sens, d’Edouard Courtial, secrétaire d’Etat des Français à l’étranger de l’ex-gouvernement Fillon.
Il faut dire aussi que le discours qu’a tenu Nicolas Sarkozy à Dakar après son investiture comme président des Français en 2007, considérant que «l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire», a laissé un goût amer chez beaucoup de candidats de cette circonscription du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest, sans parler des peuples autochtones de cette région.

Finalement, quelle différence entre ces députés des Français de l’étranger venus à la place des 12 sénateurs et des 155 conseillers à l’Assemblée qui représentaient les Français de l’étranger auparavant ? Pas grand-chose, selon cet observateur français établi à Rabat. Tout au plus, ces 11 députés contribueraient à «une certaine humanisation de la relation entre l’administration et ces Français établis à l’étranger», déclare François Kahn, un candidat de la 10e circonscription regroupant une cinquantaine de pays d’Afrique et du Moyen-Orient. La différence est beaucoup plus importante, rétorque M. M’jati : «Autrefois les représentants des Français de l’étranger donnaient un simple avis, désormais, les prochains députés à l’Assemblée nationale décideront».