Youssef AMMOR : L’homme des missions difficiles

Diplômé de l’ISCAE en 1992, il commence sa carrière tranquillement à  la RADEE d’El Jadida.
Rapidement, il décide de continuer ses études en expertise comptable. Il passera sept ans en cabinet.
En 2001, il opte pour un passage à  l’entreprise. Premier challenge : assainir les comptes de la BNDE en liquidation.
Une fois la première mission réussie, il rejoint Maroc Leasing, en 2004, pour une seconde opération de sauvetage.

Youssef Ammor, DGA de Maroc Leasing, est bien connu dans le microcosme du monde des finances comme l’homme des opérations de chirurgie lourde. Il a commencé dans les bureaux d’expertise comptable puis a fait une plongée dans le monde des restructurations d’entreprises. Il sera associé à celle de l’ex-Banque nationale pour le développement économique (BNDE) avant d’être appelé au chevet d’une société de leasing. Pourtant, cet enfant de Casablanca a failli connaître le destin tranquille d’un cadre, au service de la Régie de distribution d’eau et d’électricité d’El Jadida (RADEEJ), s’il n’avait pas décidé de passer son diplôme d’expertise comptable et d’entrer de plain-pied dans le monde de la gestion des entreprises.
Youssef Ammor est fier d’être un fils du peuple qui doit tout à l’école publique. Il est né en 1966  dans la quartier des Habous, plus exactement dans la partie appelée «Ahl Fès», au sein d’une famille où il est le troisième garçon d’une fratrie de onze enfants. Le père est fonctionnaire à la préfecture et la mère femme au foyer. Dans son milieu, la sacralité des études est une valeur fondamentale. Il sera le meilleur élève de l’école Abi Dar Al Ghaffari quand il obtient son certificat d’études primaires, après un passage au m’sid. Il n’a rejoint les bancs de l’école qu’à sept ans. Ce qui fait qu’il n’obtiendra son bac «sciences math» au lycée Al Khawarizmy qu’à dix neuf ans, en 1985.

Il perd une année à la fac avant de passer le concours de l’ISCAE

Il va commettre une première erreur d’orientation, selon lui, en s’inscrivant à la fac des sciences branche «maths/physique». Voyant qu’il n’était pas dans son élément, il passe, l’année suivante, le concours de l’Institut supérieur de commerce et d’administration des entreprises (ISCAE). Après son diplôme, obtenu en 1992, il sera de nouveau tenté par la facilité en commençant sa vie active à la Régie de distribution d’eau et d’électricité d’El Jadida (RADEEJ). C’est qu’on lui avait offert un bon salaire et une voiture de service.
Il faut dire que
4 000 DH de l’époque lui permettaient de vivre décemment dans une petite ville. Mais cette tranquillité le dérange. En 1993, il décide de quitter son poste d’auditeur interne pour revenir aux études en s’inscrivant au cycle d’expertise comptable. Ce sera le tournant qui va lui ouvrir l’initiation aux audits, à l’organisation en entreprises dans différents secteurs comme les assurances et l’industrie. Tout en suivant ses études, il est d’abord assistant au cabinet Audicom puis directeur de mission au cabinet Dar Alkhibra entre 1995 et 2000, après un court passage à la société de Bourse Maroc services intermédiation (MSIN).
A partir de 2001, il fait son entrée dans le monde de l’entreprise à proprement parler puisqu’il est directeur financier à l’Entreprise nouvelle des ponts et chaussées (ENPC) qui emploie 400 personnes et réalisait un chiffre d’affaires de 90 MDH. Là, non plus, il n’y reste pas longtemps car dès avril 2001, il va être appelé à une mission qui va lui donner l’occasion de faire montre de tout son talent dans le domaine de la restructuration car on lui propose le poste de directeur du département «comptabilité et finances» à la Banque nationale pour le développement économique (BNDE), aujourd’hui disparue.
Youssef Ammor va alors s’atteler à la tâche de l’établissement des comptes consolidés, la supervision de la comptabilité, la gestion du personnel comptable, le suivi des obligations légales. Ce n’est pas une sinécure car la banque vit un désastre avec des créances en souffrance de 8 milliards de DH. Il a fallu vendre les agences de la filiale BMAO, veiller aux départs (l’effectif a été ramené de 400 personnes à 30 seulement), vendre les bijoux de famille pour stopper l’hémorragie des lignes de crédit à l’international et au niveau local.

Il travaille sur des dossiers difficiles depuis 10 ans

Une mission sans gloire mais qu’il fallait mener de bout en bout jusqu’en 2004. Son ancien DG à la BNDE, Ali Harraj, qui a apprécié son travail, va le rappeler plus tard pour l’accompagner dans le redressement de Maroc Leasing, filiale de la CDG, qu’il fallait remettre sur pied alors qu’elle avait été en cessation d’activité entre 2001 et 2003.
Il sera directeur délégué, en charge des finances et des ressources humaines. Là aussi, il faudra retrousser les manches pour se restructurer. Et s’il a fallu se séparer d’une quinzaine de personnes c’est parce qu’il fallait en recruter 45 autres pour relancer l’activité de la société, alors en perte de vitesse.
Les résultats ne se feront pas trop attendre. En 2008, Maroc leasing va afficher un montant de financement de 2,3 milliards, en reconquérant 17% de parts de marché contre 3% seulement au redémarrage.
Youssef Ammor a concentré ses efforts sur plusieurs axes comme les ressources humaines et la mise en place d’un système d’information performant. Rien que pour cela, il a fallu mobiliser 20 MDH et être vigilant quant au recouvrement. Mais les chantiers étaient nombreux parmi lesquels trouver un nouveau siège social et préparer la fusion avec Chaâbi leasing.