Yasmine Benamour, co-gérante de HEM

Elle a fait de HEM bien plus qu’une école de commerce. Docteur en management des entreprises à  26 ans, elle entame sa carrière dans le marketing stratégique à  la BMCE. Cours gratuits, bourses pour méritants, recherche : sa fondation HEM prend du galon.

Une femme née dans une famille aisée et qui de surcroît réussit à percer très tôt dans la vie professionnelle traînera, quoi qu’elle fasse, le préjugé que tout a été facile pour elle. Pourtant dans de nombreux cas, c’est plutôt le contraire. D’abord parce que l’origine ne garantit pas forcément le succès. Ensuite, nombreux sont ceux qui se laissent aller quand ils se sentent à l’abri du besoin. Si on s’arrête à cette seconde hypothèse, Yasmine Benamour, administratrice du groupe HEM, n’avait donc pas besoin de pousser ses études très loin et aller décrocher un doctorat à 26 ans. Elle pouvait également reprendre sans coup férir, en s’appuyant sur ses parents, un bureau d’études américain que voulait lui céder son patron à un prix symbolique.
Dès l’enfance, Yasmine, née en 1974, a été gagnée par l’idée que l’effort et le travail sont les valeurs cardinales qui peuvent mener vers la réussite et la réalisation de soi. Son père, Abdelali Benamour, actuel président du Conseil de la concurrence, qui est, avant tout, homme politique, professeur universitaire, est une personne exigeante, vis-à-vis d’elle-même et, forcément, des autres.

Elle rejette l’offre d’acquisition d’un cabinet d’études aux Etats-Unis

Après le lycée Lyautey où elle obtient un bac «D» (sciences expérimentales) en 1992, avec mention «Bien», Yasmine s’inscrit à l’Université Paris IX Dauphine. Une fois son Deug en poche, elle s’attaque à une maîtrise en gestion, option marketing, puis au DEA avant de postuler pour un doctorat en sciences de gestion en 2000.
Après la France, Yasmine Benamour rejoint les Etats-Unis pour un stage linguistique poussé. Elle obtient ensuite un emploi dans le cabinet d’études «Information Research inc». dont le patron lui propose le rachat. Elle décline l’offre, de peur d’être séduite par une carrière dans le pays de l’Oncle Sam où elle n’a passé en tout que six mois. Et à son retour au Maroc, c’est BMCE Bank qui lui propose de mettre en place un département de marketing stratégique. L’idée consistait, en parallèle avec le département en charge de la partie opérationnelle, à mener des études, à faire des traitements statistiques et d’en rendre compte aux administrateurs. Au bout de trois ans, elle propose au directeur général de prendre en charge le pôle RH et technologies. C’est à titre de chargée de mission qu’elle élabore des études de faisabilité sur de nouvelles activités et qu’elle participe aux travaux de préparation des conseils d’administration et des comptes rendus des comités de direction.

Elle a renforcé l’éducation managériale des étudiants

Durant toute la période qu’elle passe à BMCE Bank, qui l’a entre-temps envoyée faire un stage de deux mois à Harvard, l’idée d’être associée à la gestion de HEM n’est pas évoquée, ni par elle ni par son père, alors qu’elle y donne des cours en tant que professeur vacataire.
Un tel projet ne commence à germer qu’en 2008. Par correction, elle avise la banque, dont elle garde un bon souvenir, six mois avant son départ. Son ambition de départ était d’abord de se familiariser avec la gestion d’une grande école. «Contrairement à ce que l’on pourrait croire, je n’étais pas venue pour prendre la relève de mon père car il était encore aux commandes de l’école. Mais par le plus grand des hasards, 15 jours après mon arrivée, il est nommé président du Conseil de la concurrence», raconte-t-elle.
Justement, Abdelali Benamour ne lui confie pas les rênes de l’école mais lui impose de la cogérer avec un DGA. Elle entre tout de suite dans le bain avec quelques idées novatrices comme des activités qu’elle nomme Prolib (comme projets libres), des projets pépinières d’entreprises pour les étudiants ou encore, son autre idée qu’elle appelle Creatis et qui consiste à apprendre autrement que dans un amphi. Dans ce cadre les étudiants sont invités à faire montre d’esprit d’initiative et aller confronter leurs connaissances théoriques avec les réalités du terrain. Yasmine Benamour veut aussi introduire des programmes plus adaptés au marché du travail et réaliser de nouveaux partenariats avec des écoles ailleurs qu’en France. C’est elle qui a signé un partenariat avec InHolland Rotterdam Businesse School et qui prépare une autre alliance au niveau des programmes avec Louvain Management School. Ses autres idées sont des cours exclusivement en anglais pour les étudiants qui en sont demandeurs, par exemple. Bref, il s’agit pour elle de cultiver et de perpétuer le modèle HEM tout en renouvelant les programmes. C’est dans le même esprit qu’elle a ouvert le campus de Fès, cinquième du groupe, en 2010, grâce à un investissement de 25 MDH.
Mais l’idée dont elle réclame plus fièrement la paternité est la mise en place de la Fondation HEM.
«Il s’agit d’augmenter le nombre de bourses accordées et qui ne sont actuellement que deux à trois par an, de renforcer l’éducation managériale à travers les cours gratuits autrefois accordés par notre «Université citoyenne» et de donner un coup de fouet à la recherche grâce au Centre d’études sociales, économiques et managériales [CESEM, éditeur, entre autres, de la revue Economia]. Le tout à travers une implication de l’entreprise marocaine qui doit y trouver son compte en puisant dans le vivier des grandes écoles», explique Yasmine Benamour. Tout cela sans oublier les conférences-débats organisées par HEM et qui, par la qualité de leurs intervenants, concourent à renforcer la notoriété de l’école. Seule regret de Yasmine Benamour, ne plus trouver de temps pour la danse classique dont elle est tombée amoureuse à l’âge de six ans.