Une femme chef d’entreprise dans un secteur d’hommes

Lauréate de l’Iscae en 1985, elle s’est mise à  son propre compte après 20 ans de salariat.
En 2001, après une première tentative infructueuse, elle décide de revenir à  l’université en allant faire un MBA en Suisse.
De retour, elle crée Batimania, spécialisée dans le montage et l’accompagnement des projets immobiliers. Elle construit des immeubles, des usines, des villas…et les livre clés en main.

Jamila Menouane, DG de Batimania, entreprise spécialisée dans le montage et le pilotage des projets immobiliers et industriels, fait partie de la génération qui se bat pour la reconnaissance et la légitimation du rôle de la femme dans une société en mutation comme la nôtre. Enfant, elle ne savait, certes, pas répondre à  la question : «Que veux-tu devenir quand tu seras grande ?». Mais d’instinct, elle voulait être «indépendante» pour s’épanouir et se réaliser.

Aurait-elle hérité le sens des affaires de son papa, électricien de son métier et qui a créé une petite entreprise au Maârif ? Peut-être bien, en tout cas c’est dans ce quartier, qui l’a vu naà®tre en 1960, qu’elle s’est, à  son tour, établie à  son propre compte. Troisième d’une fratrie de huit enfants, Jamila Menouane a toutefois mis du temps avant d’arriver à  exploiter son esprit d’entreprise et son sens aigu des affaires.

Bonne élève à  l’école comme au lycée, elle reconnaà®t qu’elle doit cela au fait d’avoir pris le soin de maà®triser la langue française. Elle s’en explique : «Il faut posséder la clé du savoir qui est la langue. Ma génération était friande de classiques et de romans policiers mais aussi de bandes dessinées comme Zembla, Miki le Ranger, Blek le Roc…

La lecture nous a permis de développer nos performances linguistiques et, plus tard, de pouvoir suivre et restituer des cours magistraux. On me dit qu’aujourd’hui et depuis un bout de temps, les étudiants supplient les enseignants de leur dicter des résumés des cours. Comment voulez-vous encourager ou développer l’esprit de synthèse et tout ce qui va avec?»

Une grande mobilité, utile pour la suite de sa carrière

Ce goût pour la lecture n’empêche pas Jamila Menouane d’être attirée par les matières scientifiques. Elle obtient un bac sciences expérimentales en 1980 et n’envisage pas un seul instant d’aller continuer ses études à  l’étranger. Elle choisit plutôt l’Institut supérieur de commerce et d’administration des entreprises (Iscae), une institution qui transcende le statut social puisqu’on y accède sur la base du mérite exclusivement. Elle y est admise haut la main et en sort en 1985, diplôme en poche.

Jamila Menouane est d’abord recrutée par la Cosumar, avant d’aller peaufiner ses connaissances dans une fiduciaire, la Fidumec, de 1986 à  1989, elle, qui avait fait son mémoire sur les finances. Elle rejoint ensuite le groupe koweitien Jarallah o๠on lui confie la direction financière. Elle n’y restera pas très longtemps. Le groupe est confronté à  des problèmes.

Dès lors, elle saisit l’opportunité que lui a offerte Union cérame. Nous sommes en 1991. Cette mobilité a été très utile pour la suite de sa carrière, sachant qu’elle a pu accumuler diverses expériences. C’est ainsi qu’en 1995 elle sera sollicitée pour le poste de DG de Diazo export, société spécialisée dans la transformation et la distribution des papiers techniques.

L’entreprise était en difficulté et il fallait la remettre sur les rails. Elle hérite d’un bilan financier négatif et d’une structure humaine démotivée. Au bout d’une année, elle remobilise le personnel, revisite ses clients, explique à  ses partenaires son plan de relance et double le chiffre d’affaires qui, en moyenne, ne dépassait guère 3 MDH. Jamila Menouane développe de nouveaux produits et emballages, part à  la conquête de l’export pour une entreprise qui ne s’était jamais positionnée sur ce créneau malgré son nom. Pour rassurer le personnel, elle négocie une couverture médicale et un système de récompenses et de primes. Tout cela se passe entre 1995 et 1998, date à  laquelle l’entreprise qui avait été valorisée est revendue.

La reprise des études, une résolution salutaire

L’année suivante, Jamila Menouane va franchir le pas en entrant dans le tour de table de Passerelles, une société spécialisée dans la commercialisation d’appareils suisses de purification d’eau. Elle apporte 500 000 DH au capital, mais le marché n’est pas mûr et la société sera mise en veilleuse en 2001.
C’est à  ce moment qu’elle va prendre une décision tout à  fait inattendue : revenir à  l’université. Elle choisit la Business school de Lausanne, en Suisse, pour un diplôme d’études supérieures spécialisées (Dess) en gestion et un MBA en management. Pour elle, la partie la plus importante de l’apprentissage des décideurs est dans l’enseignement qu’il faut tirer d’un échec.

De retour au Maroc, Jamila Menouane va vite déterminer son champ d’action : l’accompagnement et le conseil des entreprises dans la partie immobilière de leurs projets en assurant les travaux de construction mais aussi et surtout les travaux d’aménagement et de finitions. Son choix est motivé par le fait qu’«un porteur d’idée a rarement toutes les compétences pour affiner son projet et s’assurer toutes les chances de succès».

C’est ainsi que fut créée Batimania, société spécialisée dans le montage et le pilotage de projets immobiliers de toutes sortes qu’ils soient résidentiels, professionnels et même industriels. La structure fonctionne avec quatre personnes permanentes et fait appel, selon la nature et le volume du carnet de commandes, à  un large réseau de bureaux d’études, de spécialistes et de prestataires dans divers corps de métier.

Jamila Menouane explique qu’elle intervient aussi bien pour le conseil ou la réalisation de plan de mise en place que pour l’accompagnement de l’entreprise, une fois lancée. L’exemple récent que sa société a suivi dans sa phase de départ et d’évolution est l’espace Hermania qui est passé du statut d’espace de beauté à  celui de spa.

Créée fin 2005, Batimania a réalisé un chiffre d’affaires de 1,25 MDH en 2006 puis 1,8 MDH en 2007. Pour 2008, l’entreprise de Jamila Menouane table sur 2,5 à  3 MDH. L’entreprise a donc bien réussi son départ et compte bien rester sur cette lancée. Avec tout cela, Jamila trouve encore le moyen, et surtout le temps, pour l’associatif o๠elle est très impliquée. Durant la semaine, ses soirées sont souvent partagées entre tables rondes, réunions et autres rencontres notamment celles de l’Association des anciens lauréats de l’Iscae de Casablanca (Alisca) dont elle compte parmi les membres les plus engagés .