Une femme aux commandes dans un univers d’hommes

Nommée récemment directrice de la marine marchande, sa mission est de faire respecter les normes de sécurité par les navires dans les ports marocains.
Diplômée de Ponts et chaussées,
elle rentre au pays en 1984 pour faire toute sa carrière au ministère de l’équipement.
Jeune, cette native de Fès avait deux passions : les maths et la natation.

Nadia Laraki est une fonctionnaire heureuse. Contrairement à l’idée reçue, travailler pour l’Etat peut être, à la fois, captivant, motivant et propice à une belle carrière où l’on réalise une grande part de soi-même. C’est en tout cas le constat que l’on fait au regard du parcours de Nadia Laraki qui, d’ailleurs, n’est pas un exemple isolé. Comme quoi, Georges Courteline a été quelque peu injuste envers tous les fonctionnaires du monde en leur collant l’étiquette de «rond-de-cuir». Le dictionnaire lui emboîta le pas en donnant cette définition peu reluisante de la même étiquette : «employé de bureau, bureaucrate, secrétaire, gratte-papier, fonctionnaire».

La plupart des jeunes diplômés brillants des années 70 et 80 n’ont pas réfléchi de la sorte – heureusement – en préférant la Fonction publique à une carrière plus exaltante et mieux rémunérée dans le privé. Non, ce n’est pas la sécurité de l’emploi qui a déterminé Nadia Laraki à faire ses premiers pas au ministère de l’équipement et, surtout, à lui vouer une fidélité récompensée par sa nomination récente à la tête de la Marine marchande.

Pourtant, la trajectoire de Nadia Laraki aurait pu être tout autre, si elle avait fait un autre choix. Née à Fès en 1955, elle est le troisième enfant dans une famille qui en compte 7 et, «tout naturellement», c’est aux mathématiques que va sa préférence. Tant et si bien que le jour où elle n’obtient qu’un «16/20», son professeur alerte son père sur son… relâchement. Une seule occupation volait la vedette à sa passion pour les maths : sa passion pour la natation.

Elle a travaillé sur tous les grands chantiers de la réforme portuaire
Après le Bac, obtenu en 1974, Nadia Laraki s’envole pour la France où elle va faire un cursus plutôt inhabituel. D’abord parce que, au lieu des prépas, elle choisit de préparer une maîtrise en mathématiques à l’université de Jussieu (Paris VI), puis se réoriente vers un diplôme d’ingénieur Ponts et chaussées, diplôme qu’elle obtient en 1980. Entre-temps, elle s’était rendu compte que sa maîtrise ne lui offrirait rien d’autre qu’une carrière dans l’enseignement. La deuxième chose inattendue que fait Nadia Laraki est qu’elle va suivre une formation en gestion et administration des entreprises à l’IAE Paris. Une fois ses études terminées, elle travaille en France pendant près de deux années avant de se décider à rentrer au bercail.

En 1984, elle est alors embauchée au ministère de l’équipement puis, au bout d’une année, nommée chef de division infrastructures à la direction des ports de Casablanca et Mohammédia. Depuis, elle ne cessera de gravir discrètement les échelons puisqu’elle sera successivement chef de la division du port de Casablanca, puis de celle du port de Mohammédia. Elle sera, par la même occasion, associée à la gestion de grands dossiers comme l’évaluation de l’exploitation des ports, l’élaboration des procédures et normes et, bien entendu, à la mise en place de la réforme portuaire. En 2005, elle prendra en charge la direction des affaires du personnel et de la formation, travaillera notamment sur la nouvelle démarche managériale et participera à la modernisation et à la restructuration des services du ministère.

Un effectif de 100 personnes dans les neuf ports du pays
Aujourd’hui à la tête de la direction de la Marine marchande, avec un effectif d’une centaine de personnes disséminées sur les neuf ports du pays, Nadia Laraki a pour principale mission de veiller, par l’intermédiaire de ses services, à ce que les navires respectent les règles de sécurité. Il s’agit de la flotte nationale, qui compte une bonne quarantaine de bâtiments, mais aussi d’une partie des bateaux de fret et de transport qui «touchent» les ports du pays. Sachant que la majorité de notre flotte a une moyenne d’âge de 21 ans, alors qu’un bâtiment doit, en principe, être réformé au bout de 25 ans, son travail ne sera pas de tout repos.

Autre point d’orgue pour la direction de la marine marchande : la période estivale, avec la traditionnelle opération de transit des MRE. Deux mois durant lesquels ce sont deux millions de personnes qui passeront par les ports du nord du pays. Soit, en moyenne, 11 bateaux qui assurent près de quarante rotations quotidiennes en transportant près de 40 000 voyageurs et 10 000 véhicules.

Face au responsable de la marine marchande, on ne pouvait s’empêcher d’évoquer les longues et parfois péniblesfiles d’attente durant cette période. Nadia Laraki s’en explique : «Il y a deux aspects qui nous compliquent la tâche. Le premier est qu’il est impossible et inconcevable de dimensionner les infrastructures pour la période des vacances. On ne peut pas non plus demander aux compagnies de transport maritime d’acquérir un nombre de bâtiments qui ne correspond pas au modèle et aux volumes de leurs activités sur l’ensemble de l’année.

Il est donc normal d’assister à des encombrements sur cette période à l’instar de ce qui se passe d’ailleurs sur les autoroutes. A cela, il faut ajouter une autre dimension : l’absence du réflexe de réservation. N’importe où ailleurs, cette notion est présente, ce qui permet aux voyageurs de faire l’économie de bien des déconvenues, qu’il s’agisse d’aviation ou de transport routier». Avec une analyse aussi lucide, elle devrait en principe apporter sa contribution à l’amélioration de la situation.