Une carrière entièrement dédiée à  l’économie d’énergie

A 25 ans, il est professeur en énergétique à  l’Ecole Hassania des travaux publics.
Tenté par le privé, il entre chez Sococharbo, y reste dix ans
et développe des solutions industrielles pour consommer propre.
En 1995, il crée Citech ingénierie, bureau spécialisé dans
la maîtrise d’énergie.
Président de l’AMGEE puis de l’AMISOL, ses travaux font
autorité dans le domaine.

Il est des hommes qui se réalisent à l’intérieur d’un parcours uniforme. Il en est d’autres qui ont besoin de se tâter dans plus d’un domaine pour trouver leur véritable voie. Naïm Lahlou fait partie de la deuxième catégorie. D’abord enseignant-chercheur, il entre dans les domaines technique puis commercialavant de se découvrir entrepreneur. Le tout avec un égal succèset, à y regarder de près, sans véritablement dévierde son domaine qui estcelui de l’énergie et, de manière plusgénérale, de la créativité.

Né en 1956 dans une famille aisée, conservatrice, le jeune Naïm,benjamin de sept frères et sœurs, est tout de suite attiré parles mathématiques. Il était donc tout naturel qu’il atterrissedans une des rares classes de mathématiques qui, de son temps, n’existaientqu’aux lycées Moulay Abdallah et Al Khawarizmy, à Casablanca.Pour lui, ce sera le lycée Moulay Abdallah, pas loin du quartier du 2Mars où il est né. A l’époque, se rappelle-t-il, il étaitinimaginable d’être recalé – dans des classes où letaux de réussite était de 100 %. Il obtint effectivement son Bacavec mention «bien» en 1973, à l’âge de 17 ans,chose rare car, alors, on ne commençait l’école qu’à l’âgede sept ans.

Il débute par une maîtrise en sciences nucléaires avant dese réorienter vers les énergies renouvelables
Armé de son Bac, donc, Naïm Lahlou va s’envoler pour Clermont-Ferranden vue d’y préparer une maîtrise en sciences nucléaires,avant d’aller à Perpignan pour s’inscrire au doctorat en énergétique,diplôme qu’il obtient en 1980. Sa réorientation vers les énergiesrenouvelables, et plus précisément les nouveaux matériauxphotovoltaïques pouvant transformer les rayons solaires en électricité,va être servie par des stages qu’il effectue avant de revenir aubercail.

Le retour au pays s’effectuera sans anicroche. Le Maroc manque d’ingénieurset plus particulièrement d’enseignants. A 25 ans, Naïm Lahlouest nommé professeur en électricité et énergétique à l’EcoleHassania des travaux publics de Casablanca. Il est si dynamique qu’il sevoit rapidement confier des missions comme la préparation d’un programmepour les classes de prépas, à une époque où de tellesclasses n’existaient qu’au lycée Lyautey. Durant les cinqannées qu’il passe dans l’enseignement, il sera égalementresponsable pédagogique et chef de département des sciences debase, toujours à l’EHTP.

De l’économie d’énergie à l’électricité solaire
Pourtant, il va quitter l’enseignement pour prendre la direction techniquede Sococharbo, filiale des Charbonnages du Maroc. Au-delà de l’aspectpécuniaire qui a dû le convaincre d’accepter son nouveau poste,il va pouvoir mettre en pratique ses connaissances scientifiques en apportantconseil et accompagnement aux entreprises et aux institutions qui utilisent charbonet anthracite dans la production de l’énergie nécessaire à leuractivité. Il élargit l’activité à la fabricationde plusieurs équipements comme les chaudières, les cuves à mazoutou encore les ballons à eau chaude… Il passera dix années à scruterle coût de l’énergie, les moyens de le maîtriser, et à réfléchirsur la possibilité de production de l’énergie indépendante.Des chantiers qui seront les créneaux de sa future activité d’entrepreneur.Son employeur est si satisfait de ses services qu’il lui propose le postede directeur commercial durant les deux dernières années – surles dix qu’il aura passées à Sococharbo.

La riche expérience professionnelle de Naïm Lahlou ne peut se passerde son implication dans le domaine associatif. Et ce n’est sans doute paspour rien que les professionnels le nomment, successivement, présidentde l’Association marocaine de gestion de l’énergie et de l’environnement(AMGEE) puis de l’Association marocaine de l’industrie solaire (AMISOL).Parmi les grands projets sur lesquels se sont alors penchés les professionnels: la mise en application des installations solaires dans le cadre du programmed’électrification rurale de l’Office national de l’électricité (ONE)et le développement des chauffe-eau solaires, mené par le CDER(Centre de développement des énergies renouvelables).

Mais, en 1995, il ne résistera plus à l’envie de se mettre à soncompte. Prenant exemple sur les entrepreneurs privés, en Europe et auxEtats-Unis, qui investissaient dans la maîtrise du coût de l’énergieet qui proposaient leurs services aux entreprises moyennant rétribution à l’aided’une partie des économies réalisées, il va franchirle pas. Il crée alors Citech ingénierie, un bureau d’étudesspécialisé dans le domaine de la maîtrise de l’énergie,de son coût, des énergies renouvelables et de la thermographie infrarouge.Aujourd’hui, le bureau compte une dizaine de spécialistes d’audit énergétique,de diagnostic, d’accompagnement et de réalisation de programmesinnovants dans la production de l’énergie. «La vérité estque je n’ai pas eu besoin de chercher un gros financement pour mon projet.J’y ai mis quelque 200 000 DH, et … toute mon énergie»,explique le patron de Citech Ingénierie. Aujourd’hui, le bureaujouit d’une bonne notoriété et du respect des professionnelsdu secteur. Tant et si bien que Naïm Lahlou vient d’organiser un road-showdans plusieurs villes du pays sur la question de l’économie d’énergieen milieu professionnel. Tout le monde l’a suivi dans cette initiative,première du genre au Maroc, y compris des départements ministérielscomme l’Intérieur, l’Energie… et, bien entendu, les opérateurspublics et privés.