Un Marocain, rédacteur en chef à  Dubaï TV

Enfant, il baignait dans les livres arabes, ce qui ne l’empêche pas de maîtriser et le français et l’anglais.
En 1994, il est major de l’Ecole des sciences de l’information (ESI), puis ce fut un 3e cycle en journalisme.
Al Maghrib, l’Economiste, 2M, après huit ans de carrière au Maroc, il s’installe dans le Golfe.

Omar Makhfi est l’un des Marocains bien installés à Dubaï. Il n’a jamais pensé quitter le Maroc et s’expatrier si un concours de circonstances ne l’y avait forcé, alors qu’il entamait à peine sa carrière de journaliste. Né à Zayou en 1972, patelin perdu entre Nador et Oujda, c’est pratiquement dans la campagne que le garçon a grandi. Jusqu’à aujourd’hui, bien qu’il ait quitté tôt son village, et ait un peu partout pérégriné, il garde la nostalgie de son village natal.

Fils d’un fqih instituteur d’arabe de son état, le garçon a baigné très tôt dans la langue de Taha Hussein qu’il chérit plus qu’aucune autre, sachant qu’il parle et écrit français et anglais. D’ailleurs, il se rappelle avec nostalgie de la petite bibliothèque de la maison que son père alimentait des grandes œuvres de la littérature arabe, qu’il dévorait la nuit.

Après son bac en 1990, il rejoint l’Ecole des sciences de l’information (ESI), où il finira, après quatre ans d’études, major de sa promotion. Un tel classement vous vaut forcément d’avoir plusieurs opportunités de travail. Après plusieurs offres dans la presse et la fonction publique, Omar hésite… puis décide de faire un 3e cycle à l’Institut supérieur de l’information et de la communication (alors appelé Institut supérieur de journalisme).

Les études terminées, il rejoint la rédaction d’Al Maghrib, journal du RNI. Il y passe trois ans et se remémore de ses débuts avec humour. «Les collègues, se rappelle-t-il, m’ont réservé un accueil chaleureux, mais ont quand même tenu à marquer le point, “le diplôme ne fait pas le journaliste”». Il faut dire qu’à part Abdennacer Bnouhachem, il était le seul dans la rédaction à avoir une licence ou plus.

Abou Dhabi TV : sa première expérience avec une télé du Golfe

Au sein du journal, il aiguise donc ses premières armes comme journaliste, avec comme encadreur un homme de métier, Mustapha Iznasni. Comme la charge du travail n’était pas trop lourde, il en profita pour préparer sa thèse de 3e cycle, et de suivre parallèlement des études de droit.
C’est à cette époque que remonte sa première collaboration avec une télé d’un pays du Golfe, Abu Dhabi TV. Il en devient correspondant pour les sujets économiques. Dans l’intervalle, il quitte Al Maghrib pour le quotidien L’économiste. Il en garde le souvenir de quelques prouesses journalistiques qui avaient fait de lui un «spécialiste» des grandes affaires de dilapidation des biens publics. «J’étais en fait, se rappelle t-il, le premier à avoir diffusé en détails et preuves à l’appui, la fameuse affaire CNCA, puis celle du CIH. Mais je me suis rendu compte que la manipulation est un sport national, aussi bien dans la presse qu’au sein du Parlement et ses fameuses commissions d’enquêtes».

De la presse écrite francophone, Omar passe à la télé, à 2M, comme journaliste à la rédaction arabophone. Pour lui, ce fut la déception. Sur le plan professionnel, il reconnaît avec amertume n’avoir rien appris, «pour la simple raison qu’il n’y avait ni encadrement ni suivi. J’ai le sentiment d’avoir été exploité pendant des années. Mais cela fait partie de l’apprentissage». Il garde quand même un bon souvenir lors de son passage à la chaîne d’Aïn Sebaâ : une couverture de l’affaire de l’îlot Leila, qui lui avait valu à l’époque quelques applaudissements, dont ceux du journal Le Monde.

Mais après coup, reconnaît-il, il se rend compte que sa couverture était sentimentale plus que professionnelle. «J’en avais eu ma dose du journalisme au Maroc et je commençais à préparer ma sortie vers d’autres cieux professionnels». Il commença à préparer d’abord un DESS en sciences politiques. Mais, à peine eût-il commencé que l’occasion de partir en Iran se présenta. Drôle d’idée. Pourquoi l’Iran ? «J’étais encore jeune et prêt pour toutes les aventures. Pourquoi pas ?», répond-il. Son aventure iranienne comme journaliste n’a pas dépassé quatre mois, il s’aperçut vite que sur le plan professionnel c’était un suicide.

Il fuit donc Téhéran, cette fois-ci pour Dubaï, comme reporter. On est en 2003, Dubaï TV opérait sa mue. Et les constructions immobilières les plus folles de la cité battaient leur plein. «La ville changeait sous vos propres yeux à une vitesse vertigineuse qui force l’admiration. Les habitants de Dubaï ont compris la valeur du temps, de l’organisation». Le travail dans cette chaîne a été pour lui plein d’enseignements, notamment en matière d’organisation dans le travail et de répartition minutieuse des tâches et des responsabilités. «J’ai constaté, confie-t-il, à quel point on est regardant sur les standards de la profession. C’est cette culture rigoureuse du suivi qui nous fait défaut au Maroc». Il s’appliquera tellement à la tâche qu’il sera promu deux ans plus tard rédacteur en chef au sein de la chaîne. Un titre qui a toute sa valeur à Dubaï, surtout pour un étranger. Fin 2007, parallèlement à cette responsabilité, on lui confia le concept d’une émission économique, ce fut «Iqtissad Al Khaleej» (l’économie du Golfe).

A Dubaï, Omar se plaît, tout en méditant la prochaine étape. Il est tout sauf un sédentaire, et la stabilité professionnelle n’est pas son fort. «Je commence à toucher le plafond, et je suis en train de scruter d’autres horizons. Ce serait ni Al Jazeera ni Al Arabia, mais quelque chose où je peux joindre l’utile à l’agréable», confesse-t-il. Un travail qui lui laissera en tout cas le temps pour écrire un livre. En arabe, forcément.