Un informaticien pur jus à  la tête

A 18 ans, en 1980, il est classé premier pour tout le Maroc au Bac «sciences maths».
Développement, conseil, création d’entreprise, marketing, banque… il a connu les arcanes de l’informatique.
Aujourd’hui, il pilote ce qui sera le premier site offshoring du Maroc : Casashore.

Naïm Temsamani fait partie de ces gens qui savent convaincre. S’il n’a pas, à proprement parler, le profil de vendeur de choc, il est, par la force des choses et des mots, un commercial d’élite. On le sait depuis toujours, c’est celui qui sait parler qui domine les autres et les grands orateurs qui ont traversé l’histoire en sont l’illustration la plus frappante. Notre homme a été très tôt «dans les mots». Le fait que ses parents soient tous deux enseignants n’est pas étranger à son aisance dans la prise de parole et la qualité de son élocution, acquise assez tôt, confie-t-il. Ce natif de Tanger, aîné de trois frères et sœurs, qui va fréquenter l’école américaine de sa ville dès ses premières années de primaire, a sûrement appris aussi, très tôt, à s’adapter à un environnement cosmopolite.

Il constitue la première base de données juridiques du Maroc au ministère des affaires administratives
C’est donc un enfant émancipé, un peu frondeur mais brillant qui s’oriente, comme la société le recommande à toute sa génération et celle qui l’a précédée, vers les mathématiques.
La suite va lui permettre de montrer tout son talent puisque, en 1980, après être revenu à l’école publique, il est classé premier au Bac sciences maths au niveau de tout le Maroc et troisième tous bacheliers confondus. Il a alors 18 ans. Il choisit d’aller à Grenoble pour y préparer un Deug en maths/ physique et s’oriente, tout de suite après, vers l’informatique, un domaine extrêmement prometteur et encore à ses débuts.

Le fait de bénéficier d’une bourse ne l’empêche pas de faire des petits travaux. Il se souvient d’avoir vendu des abonnements de revues à ses condisciples. Il choisissait le moments des repas pour le «business» : les longues files d’attente du déjeuner étaient selon lui plus favorables que la soirée pour toucher la clientèle potentielle. Le jeune Naïm est déjà dans la stratégie et la vente. En 1984, il obtient sa MIAGE (maîtrise d’informatique appliquée à la gestion).

N’ayant envisagé à aucun moment de rester en France, il rentre tout de suite au pays où il est recruté à l’Ecole Mohammédia d’ingénieurs. C’est là qu’il commence à développer des programmes informatiques, notamment un lien avec le ministère de l’éducation nationale. Après une année et demie, il a la chance d’obtenir une bourse américaine et s’envole pour la Floride où il prépare, pendant trois ans, un doctorat de troisième cycle. Il capitalise sur sa connaissance de l’informatique et travaille sur les logiciels et la mesure de leur qualité et de leurs failles.

A son retour au Maroc, après un bref passage à la BCP, il travaille pour le compte du concessionnaire de HP, entre 1989 et 1990. Par la suite, il sera sollicité comme conseiller au ministère des affaires administratives. Là, l’attend une tâche qu’il prend à cœur : constituer la première base de données juridiques du Maroc. Parallèlement, il commence à toucher un domaine qu’il retrouvera plus tard sous une autre forme, à savoir développer des partenariats et des programmes de coopération avec d’autres pays et ONG. Sauf que, par la suite, c’est à la mise en place d’alliances stratégiques qu’il s’attellera.

Après ces premières expériences dans la vie active, Naïm Temsamani considère qu’il est temps pour lui de créer sa propre entreprise. Elle s’appellera Numéris et verra le jour grâce à un crédit «Jeunes promoteurs» – entièrement remboursé, tient-il à préciser – de 300 000 DH. Il choisit de travailler sur les bases de données, l’archivage et la mise en place de scoring pour certains secteurs. Cette expérience durera cinq ans, entre 1992 et 1997.

C’est alors qu’il revend ses parts et accepte une proposition de Citibank qu’il rejoint pour y créer un département de «cash management». Il travaille alors sur un plan visant à optimiser ce que les banquiers appellent les «dates de valeur» en faisant des encaissements directement sur les villes d’émission. Dans le même temps, il développe la mise à disposition de cash pour les entreprises qui ont des besoins de liquidités au niveau de leurs chantiers. Il reste à Citibank jusqu’en 1999.

Lui qui pensait ne jamais travailler en dehors de son pays s’est expatrié pendant 6 ans
Une autre opportunité va se présenter à Naïm Temsamani. Compaq Afrique lui offre un poste pour le développement de services de consulting et de solutions intégrées pour les entreprises. Plus tard, il s’occupera de la politique des alliances du constructeur. Avant la fusion de Compaq et HP, il est au siège de Compaq au Moyen-Orient, à Dubaï, où il occupe les fonctions de directeur marketing et développe le business dans 96 pays. Au moment de la fusion Compaq/HP, il est directeur télécoms pour la région puis revient à la direction des alliances stratégiques. Une belle expérience qui a duré de 2000 à 2006, se rappelle-t-il, lui qui avait toujours pensé ne jamais travailler en dehors de son pays.

En juin 2007, Naïm Temsamani a rejoint la CDG où il est directeur général de Casashore, à Casablanca. Le projet porte sur 2,5 milliards de DH pour la construction d’un énorme campus intégré et sécurisé sur 53 ha. Il offrira 250 000 m2 d’espaces de bureaux et générera quelque 30 000 emplois à l’horizon 2015 pour un total d’investissement estimé à 5 milliards de DH. Un nouveau challenge que Naïm Temsamani a accepté de relever.