Samir Benjelloun, directeur commercial de Husa Casablanca Plazza

Il tourne le dos à  son métier de médecin pour réussir une carrière dans l’hôtellerie. Hilton de Rabat, Mazagan, il a déjà  servi dans deux grandes enseignes de la place.

Des médecins sans cabinet et des pharmaciens sans officine, cela n’étonne plus aujourd’hui car nombre d’entre eux se sont mis au service des laboratoires, ont créé eux-même les leurs ou ont fini par choisir  des métiers adjacents à leur spécialité. Mais le fait de voir un médecin qui, une fois ses études terminées, choisit un tout autre domaine, est, à coup sûr, rare. C’est, pourtant, le cas de Samir Benjelloun, directeur commercial et marketing de l’hôtel Husa Casablanca plazza (ex-Holiday Inn) qui, après avoir bouclé sa formation de médecin généraliste en Espagne, décide de se lancer dans le métier de l’hôtellerie.
Ses parents avaient été pris de court par sa décision de recommencer à zéro
Une telle reconversion n’est jamais facile. D’abord, parce qu’il faut retourner à l’université. Ensuite, parce qu’une formation supérieure, à l’étranger de surcroît, coûte toujours cher. Et on peut imaginer la stupeur, si ce n’est la colère des parents et de l’entourage sur lesquels il ne faut plus compter pour la moindre aide ni même compassion. Autant dire que le choix de Samir Benjelloun a dû être douloureux alors qu’il venait de terminer ses études.
Mais revenons un peu en arrière pour retracer le parcours de ce médecin pas comme les autres. Samir Benjelloun est né à Casa en 1976, dans une famille de trois enfants dont il est l’aîné. Son père, ingénieur, travaille dans le secteur textile et sa mère, femme d’affaires, dans le monde de la couture traditionnelle. C’est un enfant sans problème et fait de bonnes études. Quand il obtient son Bac «Sciences expérimentales» en 1994, son chemin est tout tracé car, depuis toujours, ses parents lui ont rebattu les oreilles qu’il n’y avait guère que les métiers d’avocat, d’architecte ou de médecin pour assurer son avenir. Et comme il a choisi «le Bac qu’il faut», il n’avait guère le choix que de faire des études de médecine. C’est son père qui lui souffle d’aller en Espagne, à l’université de médecine de Malaga et qui lui assure le financement des études. En retour, il ne lui demande que de s’impliquer fortement dans les études. Il va s’exécuter, mais devra faire une année de langue et obtenir un Bac espagnol. Cela se passe comme sur des roulettes et les études vont durer de 1995 à 2001. Et c’est justement à ce moment-là que tout bascule car il réalise soudainement qu’il n’était pas fait pour être médecin. Il fait part à ses parents qu’il veut se lancer dans une formation des métiers de l’hôtellerie. C’est la coupure et ses parents, peinés, comme ses amis, le regardent comme un pestiféré, jugeant certainement qu’il a perdu 7 ans de sa vie par entêtement.
Dans le tourisme, il a commencé par exercer dans le time sharing
Samir Benjelloun ne doit alors compter que sur lui-même mais voilà, il n’a pas les moyens de ses ambitions. Alors, il devra travailler et justement il trouve un job de commercial dans le time sharing chez Heritage resorts. Il ne gagne pas des masses, avec un fixe de 500 euros par mois, mais avec les commissions sur les ventes, il lui est arrivé d’atteindre les 7 000 euros de salaire mensuel. Il va alors financer ses études à l’Ecole européenne du tourisme, après un Deug en anglais puis un bachelor délocalisé de Oxford university. Entretemps, il voyage en Angleterre et aux Iles Baléares pour des formations et des stages sur le terrain en vue de se familiariser avec les métiers de management dans le tourisme. Après son diplôme, il reprend du service chez son ancien employeur Heritage resorts mais en qualité de directeur commercial, cette fois-ci. Il obtient alors une bourse pour un master dans le tourisme.
Son retour au Maroc intervient lorsque l’ex-Hilton de Rabat lui propose le poste de directeur commercial. Il y travaille alors entre 2006 et 2008 et lance des produits «corporate» à l’adresse des entreprises et monte d’autres actions en partenariat avec l’Office du tourisme marocain, ou encore des produits «loisirs». Après cette première expérience au pays, c’est au tour de Mazagan de le débaucher pour préparer le lancement de ses activités. Mais cette expérience est de courte durée. En 2010, Samir Benjelloun s’accorde un moment pour se racheter vis-à-vis de ses parents en les aidant à relancer leurs affaires.
Mais il ne résistera pas à retourner rapidement vers l’hôtellerie, surtout qu’il y est invité par la grande porte avec la proposition de Husa, groupe hôtelier espagnol , pour le lancement de l’unité dont on lui a confié la gestion : l’ex-Holiday Inn, rebaptisé pour l’occasion Husa Casablanca plazza. Au delà du replacement de l’unité dans les différents programmes de Husa, Samir Benjelloun travaille sur le recrutement pour plusieurs unités à travers le Maroc, qu’il s’agisse de Tanger, Fès, Rabat ou encore Marrakech. Le groupe espagnol serait mûr pour attaquer le marché marocain dans le cadre d’un plan marketing ambitieux. Pour lui, le pari est déjà gagné parce qu’il vaut mieux faire ce que l’on aime que de gagner beaucoup d’argent sans réellement s’épanouir.