Rachida Benabdallah, DG de RMA Watanya

Une polytechnicienne à  la tête de la 2e compagnie d’assurances marocaine. Titulaire d’un Bac sciences maths, Rachida Benabdallah est la première marocaine lauréate de Polytechnique.

Rachida Benabdallah, qui vient tout juste d’être nommée DG de RMA Watanya, a derrière elle une carrière remarquable même si, jusque-là, elle est restée loin des feux de la rampe par choix personnel. A la tête du Centre monétique interbancaire (CMI) depuis son lancement, elle a mené la délicate mission de mise en place de la plateforme de l’interopérabilité de tous les guichets automatiques et de paiement électronique par TPE du Maroc. C’est bien simple, avant le CMI, l’ensemble des opérations de retrait et de paiement nationaux et étrangers était authentifié et validé depuis l’étranger par les réseaux Visa, Mastercard, ASMEX et autre JCB. Depuis 2004, c’est le réseau national qui a pris le relais. Mais un tel basculement était surveillé et tenu par des spécifications et des normes qui ne peuvent souffrir la moindre erreur car il s’agit de milliards de dirhams et de devises étrangères. A titre d’illustration, aujourd’hui, l’ensemble des opérations de paiement par cartes au Maroc a atteint un volume annuel de 13 milliards de DH, dont 7,6 milliards par cartes marocaines. Plus encore, au moment du démarrage du CMI et alors que les systèmes informatiques des banques nationales ne communiquaient pas entre eux, le taux de fraude en monétique était de 5% du total des opérations réalisées sur le pays, ce qui avait alerté Visa et Masterbank qui le considéraient comme l’un des plus importants dans le monde. Aujourd’hui, il a été ramené à 0,05%.

Elle a fait ses premières armes au Crédit du Maroc

Mais revenons à sa carrière. Rachida Benabdallah est née à Meknès en 1965 dans une famille de 9 enfants dont elle est l’avant-dernière. Son père est enseignant et sa mère femme au foyer. C’est quand elle était encore toute jeune que la famille quitte sa ville de naissance pour Fès où elle a fait l’ensemble de son parcours scolaire couronné en 1983 par un Bac sciences maths. Rachida s’envole ensuite pour la France pour ses prépas au prestigieux lycée Louis Le grand, à Paris.
La bosse pour les mathématiques ne se démentira plus pour celle qui va être la première marocaine lauréate de l’Ecole Polytechnique en 1987. Elle rejoint ensuite Sup Télécom pour son application et en sort deux ans plus tard. Le hasard voudra qu’elle passe un stage à Cortal, une des premières banques à distance, car elle ne sait pas encore dans quel secteur elle va travailler. C’est un certain Ahmed Rahhou, alors patron du système d’information de Crédit du Maroc qui va la convaincre de le rejoindre pour le seconder dans la refonte de l’architecture du système d’information et le déploiement de la bureautique. C’est le début d’un parcours fulgurant car trois années plus tard, en 1992, elle est nommée directeur marketing, et est associée à la politique initiée plus tôt en matière de monétique par Crédit du Maroc, un des pionniers au Maroc en la matière. Ce qui va préparer sérieusement Rachida Benabdallah à prendre en mains le CMI, c’est qu’elle va être rapidement la représentante du Crédit du Maroc à Interbank, un des quatre réseaux de l’époque qui regroupait neuf établissements. Si bien que lorsque le consensus est réuni, le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) trouve en elle la personne la mieux à même de remplir cette délicate mission.
Rachida Benabdallah accepte le challenge de partir de zéro, en 2001. Elle est hébergée dans les locaux du GPBM, en attendant l’arrivée des 25 employés d’Interbank que le CMI s’est engagé à reprendre, sachant qu’ils étaient déjà rompus aux pratiques qu’il fallait désormais généraliser.

Un nouveau challenge pour une des Marocaines les plus capées du secteur financier

Cependant, la mission n’est pas simple car il fallait trouver les solutions techniques pour relier les différents serveurs tout en protégeant leur intégrité, homologuer les interfaces, faire le choix des solutions les plus fiables. En fait, les contraintes étaient d’abord de rassurer tout le monde, y compris Visa et Mastercard qui voulaient le respect des échéances et aussi parer au plus urgent, sans jamais oublier d’anticiper pour pouvoir reconnaître les cartes à puces tout en acceptant au départ les cartes à bandes magnétiques… Mais aussi accepter des systèmes de paiement américains et japonais dans une phase ultérieure. Il ne fallait pas, non plus, perdre de vue le lancement du paiement en ligne et celui de la carte de paiement CMI. Le plus dur sera la préparation. Mais au moment du lancement en 2004, on redoutait encore un bug quelconque car même en anticipant sur tout, rien ne peut protéger des surprises et on l’a vu au moment du lancement des opérateurs télécoms. Mais à la surprise générale, aucun incident d’importance n’a été décelé et il fallait passer tout de suite à l’ensemble des projets et gérer les aspects routiniers sans jamais perdre de vue la sécurité de performance du système de manière à le pérenniser.
Bref, l’interopérabilité de l’ensemble des gabs nationaux sera assurée dès 2005 et le système marocain accepte aujourd’hui la totalité (huit au total) des systèmes de paiement mondiaux. Mais on en est aujourd’hui aux phases ultérieures comme la généralisation des cartes à puces qui sera effective en 2013 et qui va être un des facteurs de sécurisation supplémentaires du CMI. Un sans-faute pour Rachida Benabdallah, une des rares marocaines à avoir eu d’aussi grandes responsabilités dans le secteur bancaire, qui est sans doute très bien armée pour réussir la mission que vient de lui confier FinanceCom.