Rachid Haouch, Architecte doublé de paysagiste, son rêve : rendre nos villes plus humaines

Après deux années à  l’Institut vétérinaire Hassan II, il change de cap et part en France pour des études de paysagiste puis d’architecture.
En 2003, il met en veilleuse son cabinet pourtant très connu à  Paris pour rentrer au pays.
Il a participé aux plus grands projets ces dernières années comme l’aménagement du Bouregreg, la marina de Casablanca…

On peut partir avec plusieurs handicaps, mais avec de la volonté on peut toujours arriver à atteindre ses objectifs. C’est la philosophie de l’architecte Rachid Haouch. Il est issu d’une famille nombreuse et modeste et a fait un mauvais choix dans ses études avant de trouver sa voie. Il raconte que lorsqu’il avait décidé de reprendre le chemin de l’université pour obtenir un diplôme d’architecte, il fallait qu’il dépose d’abord son jeune enfant à l’école en lui disant : «Moi aussi, je vais à l’école, tu sais». Il fallait serrer la ceinture, faire souvent de petits boulots et jouer à l’équilibriste pour joindre les deux bouts.
Né à Meknès en 1962, Rachid est le quatrième enfant d’une fratrie de dix dont le père est militaire et la mère femme au foyer. A onze ans, il est placé dans un internat et apprend très tôt à ne compter que sur lui-même. Il avait déjà une idée de l’éducation spartiate car, avec son papa, la discipline et la rigueur n’étaient pas que des mots.
Après son bac «mathématiques» au lycée Moulay Ismaïl, il rêve d’aller en France, mais cela ne se fera pas. Mal conseillé, il choisit l’Institut agronomique et vétérinaire (IAV) Hassan II de Rabat. Il obtient quand même de bonnes notes durant les deux premières années, ce qui lui permet d’obtenir une bourse pour aller poursuivre des études de paysagiste à l’Ecole nationale supérieure de Versailles.

Une éducation rigoureuse lui a permis de surmonter les moments difficiles sans rechigner

Dès le premier jour, une des enseignantes lui explique que les premiers exercices porteront sur la manière dont les étudiants perçoivent le travail de Lenôtre sur les jardins de Versailles. Il lui avouera d’emblée que l’entreprise lui paraît démesurée. Et effectivement, il aura sur le sujet la plus mauvaise note de la première année mais ce qui est inattendu c’est que, grâce à sa capacité d’adaptation, il sera major de sa promotion, quatre ans plus tard. C’était en 1987.
Rachid Haouch rentre aussitôt après au bercail car il devait servir, durant 8 ans, l’Etat qui avait financé ses études. Il est alors nommé chef du service de l’urbanisme à la préfecture de Témara et sa fameuse ceinture verte à laquelle il avait consacré son mémoire. Mais mécontent de l’environnement et de ce qu’il appelle «les blocages bureaucratiques», il n’y restera guère plus d’un mois. Il refait ses valises pour l’Hexagone et, dès son arrivée, s’inscrit en même temps à l’Ecole d’architecture de Paris La Villette et à l’Institut d’urbanisme de Paris X Nanterre. C’est le début d’une période difficile. «En fait, avoue-t-il, je commençais de zéro même si, grâce à mon diplôme de paysagiste de l’Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles, j’avais  obtenu l’équivalence de la troisième année de l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris et la quatrième année de l’Institut d’urbanisme. Pendant les premiers mois, j’étais astreint à faire des petits boulots pour survivre». L’éducation rigoureuse qu’il a reçue lui a été d’une aide précieuse durant ces moments de galère.
Rachid Haouch fait le dos rond et, avant d’obtenir ses diplômes, il a pu améliorer sa situation financière en travaillant pour quelques cabinets. C’est durant le stage de fin d’études d’urbaniste qu’il est retenu par la Société nationale d’aménagement de la ville d’Argenteuil. Quelques mois plus tard, l’entreprise connaissait de sérieux problèmes. C’est alors que Rachid Haouch, qui avait conçu un plan de développement sur 25 ans pour cette partie de la périphérie de Paris, va connaître son premier moment de gloire : en 1989, une fois le diplôme d’urbaniste en poche, le maire lui confie des missions pour un salaire de  22 000 FF (environ 3 300 euros) en plus d’un logement de fonction. Ce qui ne l’empêchait pas de poursuivre ses études d’architecture. D’ailleurs, il ne reste que quelques mois à ce poste parce qu’il ambitionnait d’ouvrir son propre cabinet d’urbaniste. Ce projet sera réalisé en 1991, une année avant qu’il n’obtienne son diplôme d’architecte DPLG. Le cabinet élargit alors ses compétences à cette nouvelle spécialité. Le succès ne se fit pas attendre.

Des compétences reconnues en Europe et au Maroc

Le jeune entrepreneur travaillera ou sera associé à de grands projets comme le tunnel sous la Manche, le parc de la Villette, le parc Javel de Citroën à Paris, la centrale thermique d’EDF à Vitry-sur-Seine, la ville nouvelle de Melun Sénart… Ses interventions sont appréciées et il est même reconnu à l’échelle européenne pour ses compétences dans le domaine environnemental.
Cependant, il ne put résister à l’appel du pays. Il va alors mettre en veilleuse son cabinet parisien pour revenir au Maroc en 2003, suite à des propositions qu’il avait reçues. Et, visiblement, il ne regrette pas ce retour parce qu’il sera associé à de grands projets urbanistiques comme l’aménagement de la vallée du Bouregreg, celui des zones touristiques de l’Agdal et de Zahrat Annakhil à Marrakech, la réhabilitation de la corniche de M’diq ou celle de Casablanca, l’élargissement du boulevard d’Anfa, toujours dans la capitale économique… Sa formation d’architecte, de paysagiste et d’urbaniste lui permet d’appréhender les projets dans leur globalité pour leur donner une touche humaine. Bref, l’organisation du cadre de vie n’a aucun secret pour lui.