Rachid Guerraoui, Un génie de l’informatique primé par Google

Docteur en informatique spécialisé en algorithmique répartie, il a travaillé à 
la Silicon Valley et au Massachusetts Institute of Technologies de Boston. il est professeur chercheur à  l’Ecole Fédérale Polytechnique de Lausanne.

Rachid Guerraoui, professeur chercheur à l’Ecole Fédérale Polytechnique de Lausanne, vient de recevoir le Google Focused Award pour son projet sur le Web Alter ego. Ce prix est attribué chaque année pour soutenir les travaux ambitieux en informatique dans les domaines jugés clés par le moteur de recherche. Et en matière de compétences informatiques, Rachid Guerraoui est passé maître. Docteur en informatique spécialisé en algorithmique répartie, ce féru de mathématiques travaillera à l’âge de 30 ans dans l’un des prestigieux laboratoires de la Silicon Valley et plus tard dans le non moins prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT) de Boston. Rachid Guerraoui voit le jour à Rabat en 1967 et passe son enfance à Khouribga et Settat, puis son adolescence à El Jadida qu’il quitte à 17 ans après avoir obtenu son baccalauréat en sciences mathématiques au lycée Ibn Khaldoune en 1984.

Très attiré par la recherche, il a travaillé avec une équipe de Microsoft sur la fiabilité des systèmes informatiques

De cette période, il garde des souvenirs marqués, d’autant plus que loin du cliché du matheux introverti, Rachid Guerraoui adule le sport qu’il pratique dans les équipes des jeunes de la Renaissance sportive de Settat (RSS) et du Difaa Hassani Al Jadidi (DHJ). «J’étais joueur de handball et de football et les déplacements aux quatre coins du Maroc constituent des souvenirs chargés d’émotion puisque ces voyages m’ont permis de connaître d’autres Maroc», raconte-t-il.

Après son bac, il s’envole pour la France afin de suivre des études en ingénierie informatique. Ces études sont sanctionnées en 1989 par l’obtention du diplôme d’ingénieur à la Faculté Orsay de Paris. Au lieu d’intégrer le monde professionnel à l’instar de ses camarades, Rachid Guerraoui est attiré par la recherche. Cette volonté, il l’explique par un autre événement qui l’avait marqué lors de ses études secondaires à El Jadida : la confrontation entre l’enseignement de la philosophie et un certain enseignement de l’éducation religieuse. «Au lycée, de nombreux professeurs d’éducation religieuse nous demandaient de boycotter le cours de philosophie qu’ils considéraient subversif. L’administration de l’époque leur a donné raison en interdisant l’enseignement de la philosophie dans tous les lycées publics. Cela coïncidait avec le processus d’arabisation de l’enseignement public», se rappelle-t-il. Mais ce qui achèvera de le décider est une conférence à laquelle il assiste sur les machines parallèles à l’université de Paris. Il s’inscrit alors pour un doctorat en informatique qu’il obtient en 1992. Depuis, il s’est passionné pour l’algorithmique répartie, qu’il définit comme les mathématiques sous-jacentes aux réseaux informatiques, dont il a fait son métier.

En 1990, il travaille avec une équipe de Microsoft sur la fiabilité des systèmes informatiques et plus précisément sur les algorithmes épidémiques. «Derrière ce nom barbare se cache un concept très simple, celui d’assimiler la circulation d’informations sur les réseaux à la propagation d’une épidémie biologique», explique le chercheur. C’est durant cette collaboration qu’il rencontre sa femme avec laquelle il a continué à mener les travaux qui sont récompensés par le prix de Google.

En 1996, Rachid Guerraoui obtient l’habilitation pour diriger les recherches et rejoint deux années plus tard les laboratoires d’Hewlett-Packard à la Silicon Valley. Cela ne sera pas son seul poste puisqu’il travaillera au Centre de recherches de l’Ecole des mines de Paris, au Commissariat à l’énergie atomique à Saclay, mais surtout au célèbre MIT de Boston où il rencontre des sommités du monde de la recherche. La première chose qui l’impressionne alors est l’humilité de ces derniers. «Je me souviens, le jour où j’ai intégré le MIT, d’un Monsieur qui réparait la machine à café. Quand il a fini, il m’a fait un expresso et m’a demandé combien de morceaux de sucre je voulais. Je pensais qu’il faisait partie du service de maintenance au département. J’ai découvert par la suite que c’était le professeur Tim Berner’s Lee : l’inventeur du Web».

Aujourd’hui, Rachid Guerraoui, qui dirige un laboratoire de recherche à l’Ecole Fédérale Polytechnique de Lausanne, est l’un des chercheurs les plus connus dans son domaine et a obtenu la distinction d’ACM Fellow en 2012. Avec cette distinction, il devient le premier Marocain à faire partie des ACM Fellows, qui personnifient les plus grandes réalisations dans la recherche et le développement informatique des grandes universités, des entreprises et des laboratoires de recherche. Avec à son actif plus d’une centaine de publications scientifiques et quatre ouvrages sur la matière, Rachid Guerraoui travaille actuellement sur un livre sur la fiabilité des algorithmes parallèles, ainsi que sur un projet de recherche sur la faisabilité d’algorithmes permettant de mettre en œuvre des réseaux sociaux sans autorité centrale.

A ses heures perdues, il écrit aussi des petites histoires tirées du Maroc de son enfance et des actualités marocaines puisqu’il reste très attaché à son pays. En ce sens, il a lancé avec le professeur Mohamed Erradi de l’ENSIAS une série de rencontres au Maroc dont le but est de permettre aux étudiants, ingénieurs et chercheurs marocains en informatique de présenter leurs travaux et de les confronter à ceux de chercheurs étrangers. La sixième édition de ces rencontres se déroulera du 3 au 5 mai courant à Marrakech.