Rabii Touhami, Pdg de Gemadec

Un baroudeur dans les nouvelles technologies. Depuis sa jeunesse, il est féru de technologie et obtiendra plusieurs diplômes en électronique et informatique. Il a fait de Gémadec une référence mondiale en matière de gestion du courrier hybride.

Né à Casablanca en 1968, Rabii Touhami est le petit dernier d’une fratrie de 5 frères et sœurs. Il effectue ses études primaires dans la même ville et rejoint le lycée Jaber Ibn Hayane pour des études techniques, où il décroche son bac en 1985. Juste après, il s’envole pour Valenciennes en France pour des classes préparatoires et obtient un diplôme d’études universitaires des sciences et techniques en micro-informatique industrielle. Passionné de mathématiques, Rabii Touhami leur préfère toutefois l’électronique et l’informatique de par leur côté pratique. «Je crois que je n’aurais jamais fait un bon théoricien puisque j’avais sans cesse besoin de toucher des choses, de les fabriquer et de les sentir», explique-t-il.

Ce besoin de concret et de réel lui sera d’une grande aide et le suivra tout au long de sa carrière. Pourtant, il n’intégrera pas d’école d’ingénieurs comme le veut le parcours classique, et optera plutôt pour une maîtrise en électronique à l’Université de Bordeaux qu’il obtient en 1989 avant d’intégrer l’Ecole centrale de Nantes pour un DEA en informatique appliquée. Rabii Touhami terminera sa formation à Nice par un mastère spécialisé en génie logiciel au Cerics de Sophia Antipolis en 1991. «La ville m’a séduit grâce à son climat méditerranéen proche de celui dans lequel j’avais grandi, mais également parce que c’était une pépinière française des technologies de l’information», raconte le Pdg de Gemadec. Et comme dans ce genre de pépinières, les entreprises installées convoitaient déjà les futurs diplômés, il intègre en juillet 1991 le groupe français Memsoft/Multilog, sixième éditeur de logiciels en France et premier en base de données, en tant que responsable d’analyse, de conception et de réalisation de logiciels. Il y passera quatre années qu’il définit comme très enrichissantes dans un milieu technologique propice à l’épanouissement de ses compétences.

Pourtant, une note d’insatisfaction marquera ce parcours. Rabii Touhami avoue avoir été toujours attiré par une carrière dans son pays. Il prépare alors son retour et intègre, en 1995, Omnidata en tant qu’ingénieur d’affaires. Dès le départ, il fait face à son premier défi. «Je m’étais toujours imaginé faisant carrière dans le monde technologique et voilà que je me retrouve dans celui jusqu’alors inconnu du business marocain», se souvient-il. Comment vendre des produits, comment soumissionner à un appel d’offres, quels sont les besoins du marché…, plusieurs questions d’un autre domaine de compétence auxquelles il était tenu de répondre.

Un bon connaisseur du marché africain

Le nouveau directeur des affaires effectuera alors plusieurs séminaires, stages et formations en commerce pour développer ses connaissances en vente mais aussi en finance vu qu’il s’occupe d’un portefeuille client constitué de banques, d’assurances et d’administrations.

Rabii Touhami passe donc trois années à développer son expérience mais ressent très vite le besoin de passer à une dimension plus importante dans un métier qu’il commence à maîtriser. Là, il intègre le groupe Siemens-Nixdorf comme responsable des ventes et gravira très vite les échelons pour devenir directeur des ventes puis directeur commercial en 2002. A ce titre, il aura à charge la création et le développement de l’activité sur le marché africain où il réussit à percer en quelques années. Pourtant, en 2005, après 8 ans au sein du groupe allemand, Rabii Touhami relèvera un nouveau défi et prend la direction d’une entreprise en difficulté en répondant à la proposition du fondateur de S2M, Abdelhak El Andaloussi.

«A l’époque, j’ai été taxé de fou par la plupart de mes amis, qui n’arrivaient pas à comprendre ce choix. Pour moi, c’était clair puisque j’étais dans une période de questionnement et voulais m’assurer que le succès que j’ai pu obtenir était dû à mon travail plutôt qu’à l’image du groupe dans lequel j’évoluais». Gemadec opérait dans les technologies de l’information, la sécurité et les moyens de paiement. Rabii Touhami prévoit de redresser l’entreprise et lui offrir une orientation beaucoup plus forte vers le logiciel et le service mais aussi et surtout une ouverture à l’international grâce à ses connaissances et aux réseaux qu’il s’était constitués. Il s’implique fortement dans les projets qu’il mène et fait prendre à l’entreprise un virage important qui consiste à développer en interne ses logiciels pour pouvoir proposer aux clients des solutions d’intégration globale plutôt que de proposer uniquement de l’équipement.

A ce titre, Gemadec rachète en 2006 la solution de courrier hybride de la société danoise Ergo IDP dont elle était le partenaire marocain. Un investissement courageux d’un million d’euros (11 MDH) qui permettra à la société de proposer un service purement marocain et de se positionner en force sur les marchés internationaux. Les exemples dont il est le plus fier sont les contrats signés avec Saudi Post et la Poste du Sénégal. Aujourd’hui, Gemadec est une référence mondiale du courrier hybride. Elle est d’ailleurs l’une des dix sociétés de par le monde à faire partie de l’Union Postale Universelle, une agence de l’ONU qui regroupe toutes les postes des pays membres.

En 2009, il lance une autre activité avec la biométrie et réalise, en partenariat avec le ministère de l’intérieur, le plus gros projet jamais entrepris par la société. Montant du contrat : 88 MDH. Ce marché a consisté à développer une solution pour le contrôle aux frontières des passeports biométriques. Rabii Touhami n’entend pas dormir sus ses lauriers. Normal parce que la société qu’il dirige a encore une bonne marge de progression au Maroc comme à l’étranger.