Profil ingénieur, profession créateur d’entreprises

A vingt ans, il redouble volontairement en seconde année de «prépa» pour décrocher l’entrée à l’Ecole centrale de Paris.
A trente-deux ans, il crée une école supérieure axée sur les métiers de la finance. Huit ans plus tard, il en aura créé trois autres.
Il y a quelques jours, il a été élu président du Centre des jeunes dirigeants.

Le parcours de Hamid Ben Elafdil est typique de cette génération de Marocains nés dans les années soixante, qui, très tôt, vont être portés par la détermination de s’orienter vers des disciplines pointues. Leur botte secrète, c’est d’avoir compris qu’il faut miser sur les valeurs effort personnel et application.
Hamid Ben Elafdil est venu au monde en 1965. Il est né à Agadir, ville encore marquée à l’époque par le séisme qui la frappa si durement. Son enfance se passe durant les années de reconstruction de la ville. Comme la majorité des jeunes à l’époque, attirés par de brillantes études, il appartient à une famille modeste qui compte cinq enfants.
C’est donc à l’école publique qu’il usa ses fonds de culotte et obtint un bac sciences math à dix-huit ans. Un moment tenté par l’école des pilotes de ligne, il fera ses deux années de «prépa» au lycée Lyautey de Casablanca, comme interne. La débrouille, il connaît, et si ses études sont financées par une bourse marocaine et celle de l’Association des anciens élèves lauréats du même lycée, il donne des cours de mathématiques et de physique à de jeunes écoliers, pour arrondir des fins de mois difficiles.
Son rêve était d’être reçu à la prestigieuse Ecole centrale de Paris. Ses projets vont être contrecarrés, dans un premier temps, car ses notes lui donnaient bien droit à une école d’ingénieurs mais pas celle qu’il convoitait. Il s’obstina alors et décida de refaire l’année car, pour lui, «c’était ça ou rien». Son père, qui ne comprenait pas comment on pouvait réussir et refaire, néanmoins, l’année, le laissa pourtant faire.

Il tourne sans regret la page Polyfinance
La deuxième tentative va être féconde et, en 1986, Hamid fait partie de la quarantaine de BGF (boursiers du gouvernement français) marocains qui déambulent sur le campus de l’Ecole centrale de Paris. Trois années plus tard, le jeune ingénieur frais émoulu est en stage en France, dans une entreprise appartenant à un Français d’origine marocaine. Ce dernier arrive à le convaincre de rester deux années à son service, alors que le jeune Hamid est partisan du retour immédiat au pays. Son patron eut cet argument pour le retenir : «Le mémoire qui a consacré ta réussite ne contient que des recommandations, maintenant il s’agit de les mettre en œuvre pour vérifier leur efficience».
Le retour au bercail intervient en 1992 et le jeune ingénieur est recruté dans une compagnie d’assurances où il est, d’abord, responsable du contrôle de gestion avant de devenir directeur de réseau. Mais son esprit d’entreprise va vite prendre le dessus. Avec des associés, il réfléchit sur le projet de création d’une école supérieure «nouvelle génération». Elle s’appellera Polyfinance. Son écot, ce sont les économies de son couple : quelque 360000 DH, auxquels s’ajoute la mise des autres actionnaires. Polyfinance se fera un nom très rapidement. Comment s’explique ce succès ? En fait, l’idée est si simple qu’elle n’est pas évidente. «Pour faire de bons diplômés, il faut s’assurer de leur recevabilité à une formation de haut vol. Pour garantir l’issue, il faut contrôler l’entrée», explique-t-il. Il institua alors, dès le départ, un rigoureux concours d’entrée. N’est-ce pas le principe des écoles d’ingénieurs ? Le reste va couler de source, c’est le cas de le dire.
L’entreprise est un succès retentissant et les lauréats satisfont aux attentes des employeurs, dans un contexte de réforme du marché financier. Hamid Ben Elafdil prouve qu’il allie l’esprit d’entreprise à une vocation de gestionnaire averti. Il va pourtant, avec ses associés, céder l’entreprise et avoue que «l’affaire a été bien vendue». Sur le reste, il ne veut pas s’attarder tout en affirmant qu’il n’y a pas là, «contrairement aux rumeurs qui avaient circulé sur un différend entre vendeurs et acheteurs, de quoi fouetter un chat». A l’en croire, l’affaire s’est négociée le plus normalement du monde.

Pour réussir, il faut miser sur autre chose que sa bonne étoile
Tournée la page de Polyfinance ? Peut-être, mais ce n’était là qu’un début. Quand on a l’esprit d’entreprise chevillé au corps, c’est un peu comme une seconde nature. Alors, Hamid Ben Elafdil va lancer d’autres entreprises. En 2002, il en crée deux, coup sur coup : Polycompétence et Patrimonia. La première, une école qui emploie une bonne douzaine de personnes, et dont l’actionnariat est le même que celui qui avait investi dans Polyfinance, s’inscrit dans l’esprit de la première affaire sauf qu’elle s’adresse, de manière spécifique, aux besoins de formation des entreprises. Une demande qui avait commencé à se faire insistante et que M. Ben Elafdil avait pu mesurer lors de la création de Polyfinance, déjà. La deuxième société, elle, compte un effectif de 50 à 60 employés. Elle s’occupe de gestion du patrimoine immobilier et financier, de gestion locative, de transactions et de conseil en crédit. Cette société s’adresse essentiellement aux copropriétaires (syndics), RME et aux personnes morales qui disposent d’un patrimoine immobilier. L’investissement est de l’ordre de 1,2 million de DH pour Polycompétence et de 1million de DH pour Patrimonia.

Pour lui, le plus grand capital, ce sont les hommes
Mais pour Hamid Ben Elafdil, le plus grand capital reste les hommes. Entre ces deux entités qu’il dirige, il en avait créé, en 1999, une troisième, Co-finance, qu’il a cédée en 2003. Malgré ses réussites, il garde les pieds sur terre. «Il ne faut pas se leurrer, indique-t-il. Je dois mon succès à tous ceux qui m’ont fait confiance, à mes parents, à ma femme, à mes associés, à mes clients et à mes équipes». En clair, un vrai patron est celui qui choisit délibérément de ne pas être indispensable et, surtout, de miser sur autre chose que sa bonne étoile.
Aujourd’hui, une autre consécration récompense l’esprit de créativité de Hamid Ben Elafdil : ses pairs viennent de l’élire président du CJD Maroc (Centre des jeunes dirigeants), une association vieille d’un peu plus de quatre ans, qui milite pour le développement économique et social.