Première femme à  présider un groupe parlementaire

Elle n’a raté aucun rendez-vous électoral depuis 1976, mais
n’a été élue conseillère communale qu’en
1997.
Cheville ouvrière du PPS dans le secteur féminin, elle a participé
à la création de l’AFDM en 1985.
Elue députée en septembre 2002, elle a connu la consécration,
un an plus tard.

Nouzha Skalli ne s’est jamais laissée rebuter par un échec. Sa première victoire à des élections ne remonte qu’à 1997. Pourtant, depuis 1976, elle n’a raté aucune échéance électorale. Pourquoi laisser le doute s’insinuer en soi puisque le seul fait de se porter candidate, dans une société machiste, est en soi un acte militant et une victoire ?
Aux législatives de juin 1977, elle figure parmi les 1 650 candidates, seule femme à Casablanca, mais elle n’a pu arracher un siège de député à la Chambre des Représentants que 25 ans plus tard, lors du scrutin législatif de septembre 2002, à la faveur de l’institution de la liste nationale. Un vrai parcours du combattant pour cette militante devenue la première femme présidente de groupe parlementaire à la Chambre des Représentants, celui de l’Alliance socialiste, regroupant le PPS, le PSD, et Al Aâhd. Flash-back.
Née en 1950 à El Jadida, Nouzha Skalli est le troisième rejeton d’une famille de sept enfants. Il y a d’abord eu Badiaâ (députée USFP dès 1997), née à Taza et Jaouad, né, lui, à Khénifra. Pourquoi ces changements fréquents de ville ? Parce que le père de Nouzha était juge et que, comme tous les juges, il se déplaçait de ville en ville au gré des décisions de ses supérieurs. La mort l’emporta en 1959 ; il laissa à sa femme, mère au foyer, sept bouches à nourrir ; l’aînée avait à peine seize ans. Une mère qui les a élevés avec courage…

Militante de gauche depuis les années soixante-dix

1968, la jeunesse marocaine n’a pas échappé à la fièvre contestataire qui secoue le monde. Nouzha Skalli, cette année-là, avait obtenu son bac au lycée Lyautey de Casablanca. Elle parle encore avec nostalgie de ces années fiévreuses et de ses études de pharmacie à Montpellier, où elle paracheva sa formation de militante de gauche au sein de l’Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM) et du Parti de libération et du socialisme (PLS), ancêtre du PPS. «On se passionnait pour le marxisme et le trotskisme. L’UNEM était une école de formation des militants socialistes à une conscience politique très aiguë», se rappelle-t-elle.
Quand le parti la chargea du secteur féminin après son retour au bercail, en 1975, elle piqua une crise. Elle réclamait une autre responsabilité à la mesure de ses ambitions. Elle accepta ce rôle à contrecœur, discipline partisane oblige.
Elle ravala donc sa colère et alla ouvrir sa pharmacie à Bir J’did. Pourquoi ce bourg éloigné, au cœur de la campagne, au moment où elle pouvait réussir facilement à Casablanca ou à Rabat ? «Pour se rapprocher du Maroc profond», explique-t-elle.

Au cœur du combat pour l’amélioration de la condition féminine
Les habitants du bourg, eux, eurent du mal à accepter cette pharmacie avec une femme à sa tête. Moins encore de la voir prêcher pour les droits de la femme et son émancipation. Résignée au départ à jouer un rôle qui ne l’enthousiasmait guère, Nouzha Skalli, au fil de ses rencontres, se passionna pour un combat : celui de la condition féminine. L’aboutissement en fut la création de l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM), en 1985. Dix-huit ans plus tard, elle se bat encore pour la même cause et fait toujours partie de la direction nationale de l’ADFM.
A partir de 1997, Nouzha Skalli a enfourché un autre cheval de bataille en créant le Centre pour le leadership féminin (CLEF), qui vise un but précis : encourager les femmes à prendre des responsabilités politiques au sein même des centres de décision. Ce combat a connu un début d’aboutissement avec l’élection de 35 femmes à la Chambre des Représentants, grâce à la liste nationale.

Mme Skalli n’est pas grisée par ces premiers succès, elle en est même angoissée.

Elle est en tout cas sûre d’une chose. «L’interpellation des partis politiques par S.M. le Roi sur la question féminine, à l’ouverture de la session parlementaire d’automne, les a bousculés, surtout avec le nombre dérisoire de femmes élues lors des communales de septembre dernier. Ils devaient faire un geste. Ils ont propulsé quelques femmes députées au devant de la scène», précise-t-elle.