Père du commerce électronique, il est aujourd’hui régulateur des télécoms

Il a failli suivre des études de médecine puis s’est décidé pour l’automatique
avant d’obtenir un diplôme d’ingénieur en télécoms.
RAM, ONPT, CIH, Interbank, il a une riche expérience dans le domaine de l’informatique
et de la monétique.
Nommé DG de l’Agence nationale de réglementation des télécommunications, il
promet d’être très attentif à  la démocratisation de l’internet.

Parcours atypique que celui de Azdine El Mountassir Billah. Il commence, comme nombre d’ingénieurs de sa génération, dans le privé. Puis, il devient entrepreneur avant d’être nommé DG de l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT). Le plus souvent, les cadres de haut niveau quittent la fonction publique pour des carrières plus motivantes dans le privé. Dans son cas, c’est une autre forme de consécration puisque c’est la Fonction publique qui l’appelle pour accompagner un secteur qui bouge à  la vitesse de l’éclair.

Troisième d’une fratrie de sept frères et sÅ“urs, Azdine El Mountassir Billah est né en 1957 à  Fqih Ben Salah, un village du Maroc profond dont il n’est pas originaire mais o๠son père, juge, était en poste à  l’époque. La migration de la famille pour cause d’obligations professionnelles du papa lui vaudra plusieurs déplacements. Il va ainsi user ses fonds de culotte sur les bancs de l’école Souk Sebt, puis du collège de Fqih Ben Salah, avant d’atterrir au lycée Moulay Abdallah à  Casablanca o๠la famille va s’installer en 1972. Il se fait remarquer par ses professeurs qui l’orientent vers la section mathématiques. Il réussira son bac sciences expérimentales avec mention, en 1977. D’abord tenté par la médecine, il s’inscrira cependant à  l’université Paul Sabatier de Toulouse o๠il obtiendra un Deug maths/physique et, deux ans plus tard, une maà®trise en électronique et automatisme. Ensuite, il est accepté sur titre en 2e année à  l’Ecole nationale supérieure des télécoms (ENST) de Paris. Il se souvient de cette époque avec amusement. «Nous fûmes chanceux car notre bourse de 900 FF satisfaisait à  presque tous nos besoins : la chambre revenait à  180 FF par mois et le ticket de resto coûtait à  peine 3,50 FF. Et puis, on pouvait, parallèlement, faire des enquêtes pour ce qu’on appelait les entreprises juniors, qui sollicitaient des étudiants pour ce travail car ils leur revenaient moins cher que les bureaux d’études. On donnait aussi des cours de maths pour arrondir ses fins de mois. Bref, c’était une époque faste ! Et puis, vu le parcours que j’ai choisi, j’ai bénéficié de la bourse marocaine pendant 6 années».

En 1983, le jeune ingénieur frais émoulu rentre au pays et rejoint Royal Air Maroc pour son service civil. Il est affecté pendant deux années au service informatique avec un salaire de 1 780 DH, se souvient-il. En 1985, il saisit une opportunité dans le monde du consulting et rejoint le cabinet Sema Groupe oà¹, durant deux ans, il va travailler sur deux grands projets : la réorganisation de l’ex-Office national des postes et télécommunications (ONPT) et la mise en place du premier schéma directeur informatique de la Conservation foncière. Il ne le sait pas encore, mais la carrière de Azdine El Mountassir Billah va s’orienter vers l’informatique. En effet, deux ans plus tard, il est approché par le CIH. A partir de 1986 et jusqu’en 1998, il s’occupera de mettre en place l’informatique bancaire et les procédures en matière d’organisation et de structuration des services et des opérations.

Il devient entrepreneur en créant Maroc Telecommerce
Il quitte ensuite le CIH pour devenir DG du système Interbank qui gère la monétique d’une dizaine de banques. La structure compte 40 personnes et dispose d’un budget de 20 MDH pour mener à  bien sa mission. Mais ce sont des dizaines de milliards de DH qui transitent par ce système informatique qui a vu le jour dès 1985 mais qu’il fallait mettre à  jour pour préparer de grandes mutations comme l’interopérabilité, que l’on commençait alors à  évoquer sérieusement.

En 2000, Azdine El Mountassir Billah franchit le pas et devient entrepreneur. Il crée, avec de grands opérateurs dont la BP, la BMCI, la Société générale, Maroc Telecommerce. En plus de la matière grise, il apporte 5% du capital de 20 MDH dans le domaine du paiement sécurisé et du commerce électronique qu’il voyait arriver à  grands pas au Maroc. Un moment exaltant mais non exempt de soucis car le projet était en avance et il a fallu réajuster le tir plusieurs fois. Cependant, explique Azdine El Mountassir Billah, «contrairement à  ce que l’on pense, ce n’est pas le retard des textes qui nous a desservi, mais bien la difficulté de changer les mentalités. De fait, si les banques avaient attendu un cadre juridique, les premières cartes bancaires n’auraient jamais été introduites dès les années 80». A titre d’exemple, Maroc Telecommerce a joué maintes fois le rôle d’intermédiaire garant entre acheteur et vendeur en ligne, notamment pour de petites transactions d’exportation, et ce, bien avant le démarrage officiel du paiement en ligne, au début de l’année 2008. Il est tout aussi fier d’avoir préparé Damancom, le système de télédéclaration et de télépaiement de cotisations à  la CNSS.

Changer les textes ? D’abord les mentalités
Nommé depuis quelques semaines à  la tête de l’ANRT, au moment même o๠le commerce électronique dont il est le père au Maroc démarrait, Azdine El Mountassir Billah ne se sent pas dépaysé. Il voit déjà  les grands chantiers o๠l’agence doit déployer son action. Pour lui, «il faut travailler sur l’axe réglementaire car, comme on le voit, depuis la loi de 1996, les choses évoluent à  grande vitesse et les amendements introduits par le texte 55/01 sont déjà  en voie d’être dépassés. Il n’y a pas que l’accompagnement juridique et concurrentiel, il y a également les avancées qui vont s’opérer autour des droits des consommateurs». Autre chantier qu’il a décidé de suivre de près, le service universel. Il se félicite de son évolution et, dans ce cadre, il sera «très attentif à  la démocratisation d’internet» qui, pour lui, «semble être la voie royale de la société du savoir».