Parti de la pièce de rechange, il finit par bà¢tir un empire industriel

Ali Moamah est aujourd’hui à la tête d’un groupe qui pèse 1,5 milliard DH de chiffre d’affaires et emploie 6 000 personnes.
Il a créé sa première unité industrielle, Sinfa, grâce à un emprunt de 1,5 million de DH.
Mis sur orbite par Fiat, Japonais et Américains l’approcheront plus tard pour s’allier à lui.

L’esprit alerte, la démarche sportive et un vif sens de la répartie, le tout servi par une forte dose d’humilité. Voilà l’impression que donne Ali Moamah dès le premier abord. Un peu méfiant, mais sans excès, l’homme en impose par son assurance et son sens de la communication. Est-ce lui jeter des fleurs que d’en dire autant de bien ? Peut-être, mais son parcours parle pour lui. Ce Soussi de souche est né à Casablanca en 1952. Le papa, en bon amazigh, est commerçant dans l’alimentation avant de se reconvertir dans le matériel agricole puis la pièce de rechange.

Ali Moamah use ses fonds de culotte sur les bancs de l’école privée Moulay Hassan. Puis, ce sera le lycée Moulay Abdallah où il fera ses études secondaires, et l’idée qu’il a d’aller passer un Bac technique en France. Allez savoir pourquoi. Mais il ne restera pas longtemps dans l’Hexagone puisque, pour ses études supérieures, il revient à Casablanca, en 1972, pour s’inscrire à la Faculté de droit où il obtiendra une licence en sciences économiques.

Son diplôme en poche, Ali commence par travailler dans l’ombre de papa pour développer ses affaires. Puis, dès 1978, il prend des participations dans une petite affaire de pièces de rechange. Il empruntera 300 000 DH pour payer son ticket d’entrée et prend en charge la gestion. En 1983, il rachète les parts de ses associés. Durant cette période, Ali Moamah s’est frotté au domaine où il investira et s’investira pour le reste de sa vie. En fait, il songeait depuis longtemps à se lancer dans l’industrie et il comprendra, à travers son expérience dans la pièce de rechange, que parmi les pièces de rechange les plus courantes et les plus demandées, le filtre figure en très bonne place.

Il commence par un local de 1 200 m2 loué à 3 500 DH par mois
1984 sera une année décisive car c’est à cette date qu’il se jette à l’eau. Il monte alors un dossier de crédit avec l’aide d’un ami devenu banquier et emprunte 1,5 MDH pour acquérir des équipements et disposer d’un fonds de roulement. Il loue un local de 1 200 m2 sur le boulevard Ibn Tachfine pour 3 500 DH par mois, achète une presse à emboutir, des plisseuses de papier, entre autres équipements, et engage 30 personnes. Sinfa (Société industrielle de fournitures automobiles) est née et démarre avec cinq références de filtres.

Ali Moamah commence par le marché local et c’est en 1988 que le premier levier de développement de son unité lui tombe entre les mains : un contrat avec Fiat. Parti de cinq références, il passe à 20 et s’empare dans la foulée de 40% du marché national du filtre.

Avec ce tournant, il commence à se sentir à l’étroit dans son local et achète un lot de terrain à la CDG dans le quartier industriel Moulay Rachid : 7 000 m2 au prix de 100 DH /m2, ce qui n’était pas cher, avoue-t-il. C’était en 1990. Cinq années plus tard, l’activité passe à la vitesse supérieure puisque, en plus de nouveaux contrats avec Peugeot et Renault, la voiture économique entre dans le paysage national, avec des opportunités pour Sinfa qui fournit aux Uno, Palio et Siena, le filtre puis la ceinture de sécurité, le tube de frein, et le système d’aspiration pour la climatisation.

A partir de là, Ali Moamah va sauter sur toutes les occasions de développement, en prenant soin de s’appuyer sur les équipementiers de référence, ceux de Fiat en l’occurrence. Cabind Italie va alors le tester pendant 8 mois pour la fourniture de faisceaux électriques. L’essai est si concluant que les Italiens lui proposent la création de Cabind Maroc. Et en 1999, il recrute 300 personnes pour ce faire, en plus des 300 emplois qu’il a déjà créés pour Sinfa. Ali Moamah a du flair et du courage. Il rachète une société italienne en difficulté, Cavoflex, pour 5 MDH, recrute 50 personnes et commence la fabrication de câbles mécaniques (câbles d’accélérateur, de frein et de d’embrayage).

Un peu plus tard, il n’a plus besoin de rechercher les alliances, ce sont elles qui viennent à lui. En 2001, le japonais Sumitomo veut entrer dans le capital de Cabind Maroc, qui devient alors Sews Cabind, dont l’effectif passe à 2 500 personnes.

Son secret : s’allier avec ceux qui possèdent le savoir-faire
En 2006, ce sont les Américains de Clarcor qui lui proposent d’entrer majoritairement dans Sinfa pour produire des filtres pour l’Europe. C’est l’occasion de créer cette année-là Sinfa câbles pour fournir les câbles de la Logan et bientôt PSA. Des projets, Ali Momah en a encore, mais il préfère les taire pour l’instant.

Aujourd’hui, son groupe emploie 6 000 personnes, compte une dizaine de filiales et fait un chiffre d’affaires de 1,5 milliard de DH.

Quand on l’interroge sur le pourquoi de cette «frénésie», il explique que l’argent n’est pas le moteur principal. Pour lui, la vie est une énorme partie de plaisir et de bonheur. Et, justement, son plaisir est de créer de la richesse au sens large du terme. Il n’y a pas de secret quand il s’agit de produire de la valeur ajoutée : du travail, encore du travail, toujours du travail. Le talent ? Oui, il en faut, mais il n’en faut pas des masses et quand bien même on en aurait à la pelle, c’est le travail qui reste l’ingrédient essentiel.