Najia Hajjaj Hassouni : une rhumatologue qui fait partie du gotha mondial de la médecine

Déjà  active dans plusieurs sociétés savantes, elle vient d’être élue membre de l’Académie française de médecine.
Rhumatologie, podologie, échographie ostéo-articulaire, acupuncture, elle a plusieurs cordes à  son arc.
La médecine privée ne l’a jamais tentée, elle compte faire du Maroc une terre de recherche en sciences médicales.

Doyenne de la Faculté de médecine et de pharmacie de l’université Mohammed V de Rabat, le professeur Najia Hajjaj Hassouni est une sommité mondiale de la médecine. En témoignent ses nombreux diplômes, mais également son appartenance à de nombreuses sociétés savantes, dont la Société marocaine de rhumatologie dont elle est un des fondateurs, la Société française de rhumatologie et la Société française de médecine et de chirurgie du pied ou encore la Ligue africaine contre la rhumatologie. Et la liste est loin d’être limitative car le Pr Hajjaj est aussi présente dans le Collège américain de sa spécialité et au sein de son équivalent européen. Ce n’est certainement pas par hasard qu’elle a donc été élue membre de l’Académie française de médecine en février dernier.
L’amour du métier et le souci de soulager les maux des autres ont guidé la trajectoire de cette scientifique hors pair qui avoue n’avoir jamais été tentée par la médecine privée. Le moment crucial de sa carrière se situe en 2003 lorsqu’elle a été choisie pour le poste de doyen de la Faculté de médecine et de pharmacie. «Je le dois aux nombreuses recommandations de mes amis car je n’y aurais certainement pas pensé», explique-t-elle avec modestie.

Son implication et sa passion forcent le respect de ses collègues

Najia Hajjaj est née en 1951 à El Jadida. Elle est la cadette d’une fratrie de quatre enfants. Sa mère est femme au foyer et son père fonctionnaire. C’est au gré des affectations de ce dernier qu’elle fait sa scolarité primaire à Taza avant que la famille ne s’installe à Casablanca où elle obtient un bac avec mention en mathématiques et sciences physiques au lycée Lyautey en 1969. Elle se savait attirée par les sciences et c’est tout naturellement qu’elle va s’inscrire à la même faculté dont elle sera doyenne en 2003. Mais parallèlement à ses études, le Pr Hajjaj intègre le conservatoire pour s’initier au piano et à la musique, en général. Et cela, dit-elle, ne s’oppose pas du tout à la rigueur scientifique dont elle se réclame.
Après son doctorat de médecine obtenu en 1976, elle va faire sa spécialité en France d’où
elle revient avec un Certificat d’études spéciales en rhumatologie en 1979. Suivront d’autres en podologie, en échographie ostéo-articulaire et même en acupuncture.
Le Pr Hajjaj commence sa carrière comme interne au CHU de Rabat, puis assistante et maître de conférences agrégée en rhumatologie avant de devenir chef de service en 1987. Son implication et sa passion pour sa discipline forcent le respect de ses collègues. En 1998, elle devient directrice du Diplôme de spécialité en rhumatologie et directeur de l’Unité de formation et de recherche (UFR) en rhumatologie et réadaptation fonctionnelle, mission dont elle s’est d’ailleurs acquittée jusqu’en 2006, trois ans après avoir été placée à la tête de la faculté.
C’est certainement dès le début de cette époque qu’on a commencé à voir chez Najia Hajjaj Hassouni des aptitudes pour gérer un poste transversal à partir duquel elle pouvait servir au niveau global de l’enseignement, mais aussi faire profiter le Maroc de l’apport de sociétés savantes, dont elle est membre, ainsi que des programmes européens et internationaux pour la mise à niveau de la recherche et de l’enseignement scientifique.

Elle veut impliquer les laboratoires privés dans le financement de la recherche

Son travail n’est pas circonscrit au contenu des cours, aux méthodes et aux thématiques. Le Pr Hajjaj est, en effet, l’initiatrice d’un programme d’équipement des 17 laboratoires de la faculté de ce qui est appelé aujourd’hui «le plateau technique central». L’idée est de mutualiser les moyens de recherche et de fédérer les équipes scientifiques qui les utilisent. «Sur le plan des compétences, il est évident et reconnu que les spécialistes marocains n’ont rien à envier à leurs homologues étrangers. Maintenant, toute mon ambition est de continuer le travail colossal qui a déjà été enclenché dans le domaine de la mise à niveau aux normes internationales de nos équipements et de notre infrastructure. Je veux aussi encourager les chercheurs marocains à publier le fruit de leurs travaux», confie-t-elle.
Le Pr Hajjaj ne veut pas parler du montant des investissements. Elle explique que «la plupart des financements proviennent de l’Université Hassan II et des départements ministériels, il est difficile d’avancer des chiffres». Néanmoins, elle déplore l’insuffisance des fonds et travaille sur des pistes de programmes de financements européens. Cela a déjà commencé avec le financement des stages et des formations. Des programmes de coopération sont déjà en cours de réalisation, comme celui élaboré avec l’hôpital Cochin. En fait, fait remarquer la doyenne, «cela n’est pas toujours à sens unique puisque nous recevons les étudiants de la Faculté de médecine de Rennes, par exemple, pour des stages».
Le Pr Hajjaj ne veut pas s’arrêter à ses collaborations. Elle caresse le rêve d’impliquer le privé, notamment les laboratoires médicaux, dans le financement de programmes de recherche.