Monsieur Méditel quitte le Maroc

Après quatre ans, l’artisan de la réussite de Medi Telecom
prend sa retraite.
Apprécié de ses collaborateurs et de ses partenaires, il a su s’imprégner
des subtilités locales pour mieux défendre les intérêts
de l’entreprise qu’il a gérée.
Amoureux du pays, il dit vouloir œuvrer au rapprochement entre le Maroc et
l’Espagne.

Ramon Enciso, le directeur général sortant de Medi Telecom, est un homme désarmant. Accueillant, certes, avenant, même, mais comme souvent pour les hommes brillants, n’attendez pas de lui qu’il s’attarde sur les civilités d’usage, encore moins qu’il s’épanche. Il laisse cependant transpirer quelques confidences : il appartient à une famille nombreuse et a lui-même quatre enfants.
Cet économiste, né en août 1946, revendique volontiers sa «méditerranéïté», tout en prenant soin, avec courtoisie mais explicitement, de la dissocier de toute bonhomie.
On le voit d’emblée, derrière l’élan d’affabilité de cet Espagnol de Bilbao se cache le regard d’un personnage pour qui seule l’action compte. Le stress ? il ne connaît pas. Oui, dit-il en substance, le travail est toujours une contrainte, mais quand l’effort inhérent à l’activité humaine se confond avec, à la fois, la réalisation de grandes idées et l’accomplissement de soi, la contrainte se mue en plaisir.
Les mérites de ce dirigeant qui a accompagné l’arrivée de Medi Telecom au Maroc et qui part aujourd’hui à la retraite ? Si l’intéressé reste discret par modestie, ses collaborateurs estiment qu’il est l’artisan de la réussite. A l’exemple de Moncef Belkhayat, directeur commercial, qui estime qu’«il a su, en dépit des contraintes, faire passer la société d’une phase de start-up à une phase de rentabilité financière». En effet, quoique l’on se montre peu disert sur le sujet, l’opérateur de téléphonie mobile a réalisé, en 2003, un excédent brut d’exploitation de près d’un milliard de DH, et l’année 2004 sera celle des premiers bénéfices.

Il s’arrange pour être introduit partout et mieux défendre son entreprise

Le directeur général partant de Méditel n’est pas seulement un gestionnaire rigoureux et efficace, qui a eu des journées harassantes de 14 à 15 heures. Sa longue expérience de négociateur, son flair et son sens de l’initiative dans le démarrage des entreprises (comme Attento…) en ont fait aussi un homme qui ne s’avoue jamais vaincu et qui positive. C’est sans doute pour cela que ses partenaires distributeurs le regretteront. Pour Larbi Benjelloun, patron de Mobilecom, «Ramon Enciso est un homme de dialogue. Il a toujours su trouver un compromis entre nos intérêts et ceux de la compagnie qu’il dirige». Une propension au compromis renforcée par «une grande capacité d’écoute. C’est un homme qui connaît bien son métier, un “pro” qui a su nouer des partenariats», explique Omar Slaoui, administrateur d’Afrinetworks, autre distributeur des produits Méditel.
Quand vous évoquez avec Ramon Enciso les raisons de l’engouement des Marocains pour le mobile, fin psychologue, il vous répond : «Voilà un peuple qui adore parler, et comme le beau temps l’invite à être longtemps dans la rue, il ne pouvait y avoir meilleure réponse que le portable à son besoin de communication insatiable. Et ce n’est qu’un début car je vous annonce au moins dix millions d’accros dans peu de temps».
Fin connaisseur des Marocains ? «Du Maroc aussi, en fait je pense qu’il est tombé amoureux du pays, qu’il a d’ailleurs sillonné de bout en bout, ajoute Omar Slaoui. En un mot, ce n’est pas l’expatrié qui est venu faire son travail et repartir.»

Savoir être agréable sans être perméable

Grâce à cela, il en est arrivé, par les introductions qu’il s’est ménagées (on lui prête un réseau de relations très dense), à défendre les intérêts de l’entreprise qu’il dirige mieux que ne l’auraient espéré ses actionnaires. Cet homme, comme en témoigne les souvenirs qu’il laisse derrière lui, parce qu’il est porteur de valeurs, a su faire adhérer ceux qui ont travaillé avec lui à l’esprit de l’entreprise, dans l’esprit le plus participatif qui soit. S’il lui arrive de taper du poing sur la table, les distributeurs, eux, font remarquer qu’ils ne l’ont jamais vu entrer dans une colère exubérante. Ramon Enciso se présente comme un homme plutôt calme, à qui il arrive de parler plus haut quand il n’est pas entendu.
Quel est, pour lui, le secret d’un bon dirigeant d’entreprise ? Voici la réponse d’Enrico Enciso : «Les bonnes décisions ne peuvent pas s’embarrasser de sentiment et encore moins de sensiblerie. Je sais déléguer le travail mais jamais la responsabilité. La recette, s’il en existe une, est de faire appel au savoir-faire et à la créativité des autres et de leur montrer qu’on leur fait confiance. La petite touche est d’être agréable en évitant d’être perméable».
Et l’avenir ? Continuer à travailler autrement, tels sont ses projets: «Je vais commencer à faire enfin ce que j’aime, m’associer à des initiatives culturelles et œuvrer pour le rapprochement entre le Maroc que j’ai appris à mieux connaître et l’Espagne où je compte m’installer, à Madrid.»
En tout cas, on le reverra sans doute souvent au Maroc. Passionné d’art et de culture locaux, il aurait, selon des sources bien informées, acheté une résidence secondaire à Marrakech pour entretenir les nombreux liens tissés ici