Mokhtar Ghambou, président de l’American Moroccan Institute

Un Marocain qui enseigne l’Histoire américaine à  l’Université de Yale. Citoyen du monde, il a vu le jour dans le Rif avant de s’envoler pour la France puis les Etats-Unis. Passionné de littérature, il se spécialise en lettres anglaises et décroche une bourse pour l’Université de Columbia.

Il est des Marocains qui réussissent parfaitement leur intégration dans leur pays d’accueil, pourtant rares sont ceux qui ont eu un parcours aussi brillant que celui de Mokhtar Ghambou. Diplômé de la prestigieuse Columbia University et Docteur PhD en études comparatives et américaines, il est également professeur d’études postcoloniales et américaines au département d’anglais à Yale ; une consécration pour un «non-Américain». Rentré depuis peu au Maroc, il s’est engagé dans une carrière politique comme député parlementaire aux couleurs du Mouvement Populaire (MP). Le bonhomme n’est pas un adepte de la langue de bois et c’est avec une rigueur et une méthodologie anglo-saxonne ainsi qu’un émoi et une sincérité toute marocaine qu’il souhaite apporter sa contribution à l’édifice du développement dans sa région natale.

Si Mokhtar Ghambou est un citoyen du monde, c’est dans le Rif qu’il a vu le jour et plus précisément dans un petit village à 5 km d’Anoual. Ils étaient 7 à vivre des revenus d’un père immigré en Allemagne. «L’immigration était la nouvelle bourgeoisie de la région et si notre condition sociale s’en trouvait améliorée, il ne faut pas oublier les peines endurées par cette première génération d’immigrés», raconte Mokhtar Ghambou. Sa mère le poussera très tôt à l’école et le jeune Mokhtar se découvre une passion pour l’écriture et les lettres. Il sera même le scribe du village et s’occupe de rédiger et lire le courrier des gens restés au douar. Au secondaire, il choisit l’anglais comme seconde langue et décroche un baccalauréat en lettres anglaises en 1981 au lycée Abdelmoumen à Oujda. Toujours poussé par sa mère, qui n’hésite pas à vendre ses bijoux  pour compléter la bourse d’étudiant qu’il reçoit, Mokhtar Ghambou quitte le Maroc pour la France où il suit des cours au département anglais de l’université Paris 7 Jussieu. Il y décroche sa licence en 1985 et son master deux ans après en études anglophones. Entre-temps, il effectue plusieurs boulots pour aider sa famille, principalement comme professeur d’anglais, une langue qu’il maîtrise désormais. La mort de son père en 1989 le marquera et accentuera son rôle de soutien financier de la famille.

Mokhtar Ghambou a opté pour le pays de l’oncle Sam  en ratant le train pour se rendre à un lycée en banlieue parisienne où il enseignait l’anglais. Il tombe sur l’annonce du concours pour la bourse d’enseignement supérieur accordée par l’Université de Columbia à New York, la «Reid Hall Scholarship». Ils sont deux à être sélectionnés et Mokhtar Ghambou s’envole en 1991 pour le Nouveau Monde. Une fois aux Etats-Unis, il se rend compte que le système éducatif est complètement différent et qu’il lui faudrait reprendre tout ou presque depuis le début. La lourdeur de la tâche ne l’effraie pas et il décroche en 1993 une autre bourse d’étude (la Mackracken Fellowship) à New York University. C’est à cette période qu’il fait la rencontre d’Edward Saïd. «Je ne connaissais pas le professeur Edward Saïd à l’époque et j’étais loin de me douter de l’envergure du personnage. On m’avait dirigé vers lui juste parce qu’il était arabe et que je l’étais», se rappelle Mokhtar Ghambou. La première rencontre a failli se terminer par un clash. «Il n’était pas d’accord avec mon sujet de recherche et n’avait pas mâché ses mots pour me le faire comprendre». Mokhtar Ghambou ne lâche pas l’affaire et revient avec un nouveau sujet. Cette fois-ci la rencontre se passe très bien et Edward Saïd deviendra son mentor jusqu’à l’obtention en 2000 de son doctorat en études comparatives et américaines. Après, il intègre l’Université de Yale où il enseigne les études postcoloniales et américaines.
Ce poste prestigieux qu’il occupe pendant dix ans lui vaut l’estime de ses confrères et de ses étudiants qui n’ont pas hésité après les événements du 11 Septembre à venir monter la garde devant sa maison pour le protéger.

Ses étudiants montaient la garde pour le protéger après le 11 Septembre

Pourtant, en 2010, il préfère rentrer au pays avec lequel il n’avait d’ailleurs jamais rompu les liens. «C’est ma réussite aux Etats-Unis qui m’a ouvert les yeux et m’a poussé à me poser des questions sur ce que je voulais et pouvais faire pour mon pays». Le premier pas se fait à travers le travail fait pour l’ouverture de l’Université internationale de Rabat (UIR). «Comme le développement passe par l’éducation, je voulais que les étudiants marocains puissent profiter des avantages du modèle anglo-saxon», déclare-t-il.

Il se porte candidat aux élections et devient député parlementaire avec le  Mouvement Populaire. Sur ce choix, il cite la présence harakie en force dans la région du Rif. Mokhtar Ghambou est également le directeur du Centre d’études atlantiques à l’Université internationale de Rabat (depuis 2012) et président de l’American Moroccan Institute (AMI) à New York depuis 2004. La plupart de ses recherches et publications portent sur les thèmes de la diaspora, la culture des pays atlantiques, l’orientalisme, le monde postcolonial et l’Amérique plurielle. Il travaille actuellement sur deux ouvrages qui seront publiés, à la fin de 2013 et à l’été 2014. Le premier est intitulé Le Nomadisme et ses frontières, le deuxième traite du rôle culturel et politique du Maghreb dans la civilisation américaine. Depuis janvier 2012, Mokhtar Ghambou est membre permanent de la commission de l’immigration et intégration au Conseil de l’Europe.