Mohammed Abdeljalil : Il a transformé un vieil office en entreprise concurrentielle

Diplômé des Ponts
et chaussées, il a commencé sa carrière comme auditeur au cabinet Arthur Andersen à  Paris.
Il laisse tomber une carrière prometteuse chez Bouygues, pour rejoindre l’Administration.
Il a été pendant deux ans au ministère de l’équipement comme directeur des programmes et des études.

Le fonctionnariat n’a plus rien ni de la mission sacerdotale d’antan ni de rond de cuir, comme l’a écrit Georges Courteline, puisqu’il attire les gestionnaires les plus brillants. C’est un signe des temps dans un pays en développement. Mohammed Abdeljalil, ingénieur Ponts et chaussées et actuel président du directoire de Marsa Maroc, a commencé sa vie active d’abord dans un cabinet réputé puis dans une multinationale avant d’atterrir dans une administration qui, elle aussi, a muté du statut de démembrement de l’Etat à une société anonyme. Le Maroc est en mouvement, comme en témoigne la jeune et déjà riche carrière de Mohammed Abdeljalil, né à Rabat en août 1968.
Depuis son jeune âge, il cherche l’excellence et ne doit cela ni à l’encadrement de son père, homme d’affaires, ni à sa mère, professeur de mathématiques, qui l’ont toujours laissé faire à sa guise. Il choisit les mathématiques parce qu’il s’y retrouve, dit-il.
Aîné de quatre autres garçons, Mohammed Abdeljalil obtient son bac C en 1985 au lycée Lyautey. Il choisit de faire ses prépas à Paris et c’est sa famille qui finance ses études. En 1991, ce lauréat de l’Ecole nationale des Ponts et chaussées qui a aussi décroché, au passage, un MBA décerné conjointement par cette école et l’Ecole Hassania des travaux publics, va commencer sa vie active au cabinet Arthur Andersen à Paris qui le recrute comme auditeur. Il y restera jusqu’en 1993, date à laquelle il rentre au pays où Bymaro, filiale de Bouygues au Maroc, lui propose, après la construction de la Mosquée Hassan II, de conduire le chantier de la station de prétraitement d’El Hank. Il gère ce chantier avec succès. Par la suite, pourtant, sa carrière connaîtra une autre évolution, dans le sens où l’ingénieur va basculer vers le domaine commercial. Il était devenu, entre-temps, directeur commercial de la filiale marocaine au moment où il quitte Bouygues en 2003 pour le ministère de l’équipement.

Pour lui, l’administration regorge de talents
Comment s’est opéré ce virage ? Il en parle volontiers : «D’abord, au moment où Karim Ghellab me propose le poste de directeur des programmes et des études, il s’agissait d’une mission dans un pays qui s’active à s’ancrer dans la modernité et dans la performance. Les enjeux n’étaient rien de moins que de libéraliser le transport aérien et l’accélération de la construction des autoroutes dans le pays».
Le jeune cadre venant d’une multinationale qui, de surcroît, lui proposait un poste d’expatrié à Paris, va être séduit par la nouvelle expérience. «Conclure de grands contrats pour le compte de grosses entreprises n’est pas forcément plus exaltant que de gérer la caisse de financement des routes rurales. Et je dois dire que j’y ai trouvé tout à fait mon compte pour ce qui est de la satisfaction et de l’épanouissement personnels».
Entre 2003 et 2005, Mohamed Abdeljalil va diriger une équipe de 60 personnes et gérer de gros budgets. Il participe à l’élaboration des stratégies et coordonne l’action du ministère en matière de programmation, de suivi budgétaire et de système d’information. Parmi les gros dossiers qu’il chapeaute, l’ingénierie financière pour l’accélération du rythme de réalisation des autoroutes, le désenclavement des zones isolées, la création de la caisse de financement routière et la libéralisation du transport aérien. Quand on lui demande de faire un commentaire sur les efforts de reconversion qu’il a dû initier en arrivant dans l’administration, il fait savoir que «contrairement à ce que pensent beaucoup de Marocains, il y a du talent à revendre dans l’administration publique. Le tout est de savoir les reconnaître et leur faire confiance. Une confiance aveugle… jusqu’à preuve du contraire».

De grosses ambitions pour Marsa Maroc
En 2005, on va proposer à Mohamed Abdeljalil de mettre son talent au service de l’Office d’exploitation des ports (Odep) qui deviendra Marsa Maroc en décembre 2006. Il fallait l’accompagner et, peut-on dire, la conduire à bon port. M. Abdeljalil conduit l’opération de départs volontaires qui fera passer l’effectif de 3 600 à 2 800 personnes. Parallèlement, il fallait redéployer et valoriser le personnel restant. Mohamed Abdeljalil donne une image précise de ce qui a été fait : «L’essentiel était d’assurer la transition, mais aussi de préparer Marsa Maroc pour le passage à la vraie concurrence».
Effectivement, il ne veut être dans l’exagération des résultats obtenus en 2008 : le chiffre d’affaires a atteint 3 milliards de DH pour un bénéfice net de 650 millions. Et ce n’est que maintenant que les choses sérieuses vont commencer puisque le concurrent direct, Somaport, est enfin prêt. Il est, donc, évident que pour cette année, les résultats doivent naturellement être revus à la baisse.
Mais Mohamed Abdeljalil anticipe déjà sur les axes de croissance. A cet égard, l’activité conteneurs a été identifiée comme porteuse et l’obtention de nouvelles concessions par Marsa Maroc dans de nouveaux terminaux, comme Tanger Med, en est une première preuve. Il s’agira aussi d’affiner les partenariats stratégiques avec l’Office chérifien des phosphates (OCP), l’Office national de l’électricité (ONE) ou encore Jorf Lasfar Energy Company (JLEC). La nécessité d’améliorer la performance concernera, elle, le trafic conventionnel.
Que de gros chantiers ! Mais l’expérience acquise durant une carrière de 20 ans menée tambour battant, surtout au moment de la transformation de l’ex-Odep, lui permet d’envisager l’avenir avec sérénité.