Mohamed Talbi : Il a pu réformer l’une des plus vieilles institutions sociales du pays

Juste après le bac, il intègre la fonction publique mais reprendra ses études pour devenir ingénieur.
Il passera 24 ans à  la direction de l’hydraulique puis 6 ans à  la Trésorerie générale.
Quand il est nommé en 2001 à  la tête de l’Entraide nationale, tout reste à  faire dans cette institution qui n’avait pas tenu son conseil d’administration depuis des années.

Il s’en est fallu d’un cheveu pour que Mohamed Talbi, directeur de l’Entraide nationale, passe à côté de la brillante carrière qui a été la sienne. C’est que, comme de très nombreux jeunes de sa génération, il a vite été tenté par la vie active juste après le bac. Et très souvent quand ils y vont,  ils ne risquent pas de gravir les échelons, faute de diplômes supérieurs Fort heureusement, cinq ans après, il va courageusement reprendre le chemin de l’école.
Mohamed Talbi est né en 1950 dans le douar Tissi, situé à plus de 130 km d’Agadir, dans une famille moyenne de neuf enfants dont il est le deuxième. La famille va migrer au gré du travail du père qui gérait des cafés. Après la première année du primaire, c’est à Derb Soltane, plus exactement à Sahat Sraghna, que la famille va élire domicile entre 1957 et 1959 où il va user ses fonds de culotte sur les bancs de madrassat achaâb (l’école du peuple). La famille ne va, enfin, s’établir pour longtemps à Rabat qu’à partir de 1959.
C’est dans la capitale qu’il continue ses études. Après un bac série «sciences expérimentales», il commence par s’inscrire à la faculté des sciences pour faire maths/ physique (MP), mais suite à un stage en informatique, il va se laisser séduire quelques mois plus tard  par un poste de programmeur à la direction de l’Hydraulique du ministère des travaux publics de l’époque. Il faudra attendre 1974 pour qu’il se ressaisisse, à la faveur d’une annonce du concours de l’Institut national de statistique et d’économie appliquée (INSEA). Il se rappelle qu’il gagnait à l’époque 900 DH et avait signé un contrat avec l’Etat pour bénéficier d’une bourse de 420 DH contre l’engagement de travailler 8 ans avec le service public, une fois son cursus terminé.
Et justement, en 1977, une fois le diplôme d’ingénieur en informatique obtenu, c’est à la direction de l’Hydraulique du même ministère rebaptisé ministère de l’équipement qu’il revient avec le statut d’ingénieur d’étude. Il franchit les échelons en devenant tour à tour chef de projet puis chef du département informatique. Mohamed Talbi met en place alors les logiciels des fameux décomptes des barrages et c’est à cette époque que furent construits de grands ouvrages comme  Al Massira et Al Wahda. Il y reste jusqu’à la finalisation du schéma – directeur de l’informatique de tous les départements. En 1994, on le retrouve à la Trésorerie générale du Royaume (TGR) où il est nommé chef de la division de l’organisation et de la gestion du système d’information.
Dans ce nouveau poste, Mohamed Talbi va conduire le chantier de la modernisation et de l’informatisation des perceptions et l’optimisation de la gestion des recettes et des dépenses. Il s’acquitte si bien de la tâche que lorsque la Trésorerie va créer la division dédiée à la seule gestion des opérations bancaires, c’est à lui qu’on songe pour conduire cette mission.

Il a conduit l’informatisation des perceptions de la TGR

Après cette longue carrière d’abord à l’Hydraulique puis aux Finances, Mohamed Talbi va changer de cap en 2001 quand il est nommé à la tête d’une des plus vieilles institutions du pays dédiée au social : l’Entraide nationale. Il commence par plancher sur les textes régissant cette instance et se rend compte que cet organisme n’avait pas tenu  son conseil d’administration, où sont représentés la plupart des départements ministériels, depuis 1997. Il s’y emploie avec une telle vigueur que, juste deux mois après sa nomination, le fameux conseil est tenu d’abord pour valider les comptes puis pour coucher sur papier les nouvelles orientations de l’instance pour pouvoir avoir de la visibilité et s’ancrer dans la modernisation. Quand on dit à Mohamed Talbi que la plupart des Marocains associent l’image de l’Entraide nationale aux «fameuses distributions de farine et d’huile», cela lui arrache un large sourire. Ce qui ne l’empêche pas de répondre sans se démonter : «Cette image est quelque peu dévalorisante mais c’est justement parce que les gens sont mal informés sur nos missions et le nouvel élan qui s’est enclenché depuis de nombreuses années. Nos nouveaux axes stratégiques sont la généralisation de l’action sociale en travaillant sur le préscolaire, la réinsertion et la formation des déscolarisés, en milieu rural».

Il a utilisé  la formation comme vecteur de performance

Il explique aussi que l’institution qu’il dirige, même si elle a ses propres centres, ne peut travailler efficacement qu’à travers les associations qu’elle finance et qu’elle accompagne. Il lui tient à cœur d’augmenter les ressources de l’Entraide nationale et il y est quelque peu parvenu, même si beaucoup reste à faire. En effet, à son arrivée, les ressources étaient de 250 MDH contre 380 MDH actuellement. Et pour réduire les charges (le fonctionnement à lui seul absorbe 250 MDH), l’effectif a été ramené à 4 600 personnes au lieu des 5 500 qu’il comptait en 2001. Les autres chantiers qui ont été revisités et approfondis, explique encore Mohamed Talbi, sont l’adaptation des services aux besoins des cibles, la recherche de nouvelles formules de partenariat aussi bien avec la société civile que le privé ou encore les élus. Il a fallu également moderniser la gestion, ériger la formation comme vecteur de performance pour une institution qui avait tendance à stagner, introduire des notions comme l’ingénierie sociale, capitaliser sur les expériences réussies, le tout, en s’appuyant sur les technologies de l’information et de la communication. Et c’est avec un sentiment du devoir accompli que Mohamed Talbi, arrivé à présent à l’âge de la retraite, s’apprête à quitter la fonction publique où il a passé 40 ans. Toute une vie !