Mohamed Moubdî, président du groupe parlementaire du MP

Député, président, vice-président et transhumant professionnel. En 14 ans de carrière politique, il a changé six fois de couleur, parfois par calcul. Ingénieur des mines et diplômé en management, il a été fonctionnaire avant de s’installer à  son propre compte.

Mohamed Moubdî est, depuis peu, président du groupe parlementaire du Mouvement populaire à la première Chambre. Il est député depuis 1997, président de commune, depuis la même date, membre du Conseil provincial et premier vice-président du Conseil de la région, depuis près de 14 ans. Mohamed Moubdî est en fait représenté dans toutes les institutions électives, de l’échelon local au niveau national.
En faut-il plus ? «Je suis l’homme le plus titré au Maroc», lance-t-il. Il y a à peine une année, il était encore président du club de football de sa ville natale, Ittihad Fquih Bensalah, avant qu’il ne décide de céder son fauteuil au bout de dix années. Et ce n’est pas seulement cela. Mohamed Moubdî est également détenteur d’un record national en… transhumance. En un peu moins de 14 ans dans la politique, il a fait le tour de six partis, de droite comme de gauche. Les mauvaises langues diront qu’il correspond au profil type de ces politiciens qu’on désigne par «notables», derrière lesquels court la majorité des partis politiques. Lui, il s’en défend. «Notable ? Cela dépend du sens qu’on veut donner au terme. Si, par notable, on désigne un homme populaire, respecté de tous et auquel ses électeurs font confiance en grand nombre, oui j’en suis un. Je pratique la politique avec intelligence», affirme-t-il avec un léger ton d’irritation dans la voix. «Si, par contre, c’est une personne enrichie on ne sait comment et qui use de son argent et influence pour conquérir les électeurs, non je ne suis pas de ce genre». Mohamed Moubdî se considère plutôt parmi la gente d’intellectuels et de cadres hautement instruits qui devraient faire la fierté de nos partis politiques.

Expert consultant auprès de l’Unseco

Il est vrai que ce natif de Fquih Bensalah, en 1954, n’est pas sans bagages académiques, loin s’en faut. Il est expert consultant auprès de nombreux organismes internationaux, dont l’UNESCO, organisation auprès de laquelle il assume la mission de consultant en développement durable. Issu d’une famille modeste de cultivateurs, il a toujours su que son avenir était dans les études. Après avoir réussi brillamment des études primaires et secondaires dans sa ville natale, il se rend à Marrakech où il intègre le Lycée technique. Une fois le Bac en poche, il se rend, en 1976, en France, où il entame des études d’ingénierie à l’Ecole des mines d’Alès, EMA. Fraîchement diplômé, il est séduit, en 1981, par la fonction publique et intègre le ministère de l’énergie et des mines, en tant que chef de service chargé de l’électrification rurale. D’année en année, il gravit les échelons, jusqu’en 1992, lorsqu’il quitte le ministère pour un poste de secrétaire général du tout nouveau Centre de développement des énergies renouvelables, le CDER, à Marrakech. Entre-temps, il fait un crochet à l’Université de Pittsburgh aux USA où il décroche, en 1989, un diplôme en gestion administrative et financière. Jusque-là, l’action politique ne faisait pas encore partie de l’agenda de cet homme qui a sillonné le monde, particulièrement l’Europe et les USA où il cumule les formations avant de devenir lui-même expert et d’encadrer séminaires, ateliers scientifiques et journées d’études.
C’est en juin 1997 que Moubdî est séduit par les urnes. En cette année il quitte également son poste de SG du CDER et ouvre un cabinet d’études à Casablanca. C’est tout naturellement qu’il opte pour sa ville natale où il remporte haut la main les élections municipales du 13 juin 1997, et devient président de commune. Un cas très rare, puisque, fait-il noter, «la majorité des élites de Fquih Bensalah et sa région est allée s’installer ailleurs, à Rabat ou Casablanca». Cinq mois plus tard, en novembre 1997, il tente de nouveau sa chance et brigue, cette fois, un siège au Parlement qu’il remporte sous la bannière de l’Union constitutionnelle.

Les élections de 2002 sous l’étiquette de la Gauche socialiste unifiée

La lune de miel entre le nouveau politicien et l’UC ne dure qu’une semaine. Moubdî claque la porte et intègre le Mouvement national populaire (MNP) de Mahjoubi Aherdane. Là aussi, il se retrouve à l’étroit. Le MNP vit une crise interne et Moubdî préfère changer d’air le temps que les choses se tassent. Il s’en va rejoindre Mahmoud Archane et son Mouvement démocratique et social (MDS), né en 1996 d’une scission avec le MNP. L’expérience n’a pas duré et Moubdî s’en retourne auprès de Mahjoubi Aherdane. Paradoxalement, c’est sous l’étiquette du parti de la Gauche socialiste unifiée (GSU, ancêtre de l’actuel PSU), qu’il se représente aux élections législatives de 2002. «C’est par pur calcul politique. Ce n’est pas par opportunité, mais par nécessité», précise-t-il. Cette combine a permis au MNP de gagner deux sièges en ne présentant qu’un seul candidat. Moubdî a cédé sa place en tant que candidat du parti à un confrère. A peine son siège de parlementaire décroché, qu’il s’empresse de quitter, après seulement un mois, cette formation de gauche pour réintégrer le MNP et, ensuite, le MP. En 2007, il réitère le même stratagème de 2002. Mais, cette fois, il se présente en candidat indépendant et sa liste rafle la première place. L’homme était sûr de sa popularité. Il en est à son troisième mandat de député et de président de commune. «J’ai gagné toutes les élections à la majorité absolue de 51% des voix. Pendant les dernières communales de juin 2009, ma liste a remporté 75% des voix. Je n’ai même pas eu à chercher des alliances pour former le bureau du Conseil de la ville», lance-t-il non sans fierté. Un score qui fait de lui une valeur sûre pour son parti. Et ce dernier le lui rend bien. Moubdî hérite ainsi du poste de président de commission pendant plus deux mandats. Il est nommé président de celle des Secteurs sociaux de 1997 à 2002, ensuite celle de l’Intérieur de 2002 à 2007 avant d’être désigné à la tête de celle des Secteurs productifs de 2007 à 2009.
Depuis, il est devenu président de groupe. Sa devise, «le parti avant moi», et son caractère conciliant et prompt à céder pour l’intérêt de sa formation en font l’homme de la situation en ces temps où les brouilles et les divergences sont le lot quotidien des Harakis.