Mohamed Chqaf, fondateur de «La Main verte»

Technicien agricole au départ, il laisse tomber son poste de fonctionnaire pour reprendre des études sanctionnées par un diplôme d’ingénieur d’Etat en génie rural. Après plusieurs années dans l’enseignement, il a créé «La Main verte» en 1994. L’entreprise est devenue une référence dans son domaine.

La carrière de Mohamed Chqaf, propriétaire des pépinières «La Main verte» est le combat d’un homme qui n’a jamais reculé pour prendre l’ascenseur social. C’est un exemple qui devrait faire méditer les diplômés chômeurs qui prennent d’assaut le Parlement pour exiger un petit poste de fonctionnaire.

Mohamed Chqaf est né en 1951 dans un bourg perdu à 20 km de Taza. Et comme un malheur ne vient jamais seul, l’école la plus proche est à 6 km qu’il faut parcourir à pied. Son père, un modeste agriculteur, se démène comme il peut pour subvenir aux besoins d’une famille de sept enfants. A treize ans à peine, il doit apprendre à être totalement autonome car son père lui loue une petite chambre à Taza pour qu’il suive les cours du collège. Mohamed fait l’apprentissage de la vie avant l’heure et fera l’erreur de s’inscrire dans un lycée technique dont l’issue est un DTAM (diplôme de technicien agricole marocain) aux perspectives limitées. L’établissement dont il est question, une structure d’enseignement inadaptée et qui a d’ailleurs disparu, est le lycée agricole Hassan Bencheqroun. Mais l’apprentissage qui y était dispensé (machinisme, ajustage, motorisme, techniques agricoles…) lui servira beaucoup plus tard lorsqu’il créera sa propre entreprise.

Bref, après son DTAM en 1970, il rejoint l’Ecole d’horticulture de Meknès où, au bout d’un cursus d’une année, il obtient un diplôme d’adjoint technique agricole. On va le retrouver entre 1971 et 1975 à Al Hoceima pour sa première expérience dans la vie active au sein du ministère de l’agriculture. Son arrivée coïncide avec la mise en œuvre du DERROl, le programme de développement économique rural du Rif occidental.

Mohamed se sent à l’étroit, même s’il s’acquitte de sa tâche de vulgarisateur dans ce programme de lutte contre l’érosion et la mise en place de la politique de terrassement des exploitations. Il prend alors la décision de quitter son poste, ce qui lui vaudra d’être rayé de la fonction publique.
Avec 4 000 DH en poche, il part en Belgique. Là, il va s’exposer à de grosses difficultés financières mais aussi pour être admis à la fameuse Faculté des sciences agronomiques de Gembloux. Mais Mohamed est un battant qui a aussi de la chance car il va croiser des personnes à qui il devra beaucoup. D’abord un ami de sa promotion de l’Ecole d’horticulture de Meknès qui va l’héberger au début et une Belge qui avait vécu une décennie à Taza. Il finit, grâce à sa ténacité et au soutien de ses professeurs, par obtenir une bourse belge et des frais d’installation à la deuxième année de son cursus.

Il se découvre des talents tardifs d’entrepreneur

C’est lorsqu’il rentre au pays en 1981 que ses ennuis recommencent car il a fallu régulariser sa situation du fait d’avoir été rayé de la fonction publique et trouver un poste budgétaire pour enseigner dans une école supérieure.
Il sera envoyé à l’Ecole normale supérieure où il donne des cours de physique et d’informatique, des domaines qu’il maîtrise mais fort éloignés de sa spécialité d’ingénieur d’Etat en génie rural, avant de décrocher un poste d’enseignant à l’Ecole Mohammadia d’ingénieurs (EMI). Une fois stabilisé dans sa vie professionnelle en 1987, il va pouvoir enfin réaliser son rêve : créer sa propre entreprise sans quitter l’enseignement.

Il met toutes ses économies dans une première pépinière qu’il appelle «La main verte». Entre électrification, mise en place des serres, terrassement, installation du système d’irrigation…, l’investissement cumulé est de plus de 3,5 MDH sur un terrain loué de plus de 5 000 m2. C’était en 1994.
Au départ, c’est une affaire modeste qui dégageait un chiffre d’affaires annuel de 200 000 à 300000DH contre plus de 10 millions aujourd’hui. Mais surtout, il va bâtir une entreprise structurée et un concept nouveau. Il loue un terrain de 15 ha à Maâmora où il ne fait que la production, puis il ouvre un deuxième espace de vente à Casablanca en 2007 sur un terrain qu’il possède en propre et dont la surface est de 11 000 m2. Il appelle ses espaces de vente des jardineries, séparant l’activité de production des showrooms. Sa clientèle est composée essentiellement de particuliers, même s’il travaille aussi pour les entreprises privées et les administrations.

En plus de la vente de plantes, dont certaines sont importées, et la vente de mobilier de décoration, «La Main verte» propose également des conseils en aménagement extérieur et intérieur. Elle emploie 35 permanents, en plus d’une quarantaine de saisonniers, recrutés pour le désherbage et les différentes périodes de production.

Mais surtout, la société de Mohamed Chqaf est aujourd’hui une référence en matière de formation car il reçoit chaque année entre 30 et 40 techniciens et accueille volontiers des écoliers ou des étudiants des instituts agronomiques qui veulent se familiariser avec les plantes et les techniques d’entretien. De plus, cette entreprise se targue d’appliquer les normes internationales au niveau de toutes les étapes de production ou d’exposition.

En d’autres termes, l’entreprise ne rechigne pas à faire du service public et se montre très soucieuse de la qualité de ses produits.