Moha Marghi : une carrière de 32 ans entièrement consacrée à  l’agriculture

Après le bac en 1971, il a failli s’inscrire à  l’école des instituteurs.
Il intègre le ministère de l’agriculture en 1977 comme ingénieur à  Fès.
Après plusieurs postes à  Fès, Meknès puis Agadir, il rentre en 2000 à  Rabat en tant que directeur de la production végétale.
En 2004, il atteint le plus haut de la pyramide avec sa nomination en tant que secrétaire général.

Le parcours de Moha Marghi est une tranche de vie où il y a de tout, du courage, de la persévérance, de la volonté de s’affirmer en s’appuyant sur le seul travail et en ne comptant que sur le seul effort personnel et l’implication passionnée dans tout ce que l’on entreprend. L’actuel secrétaire général du ministère de l’agriculture a été très mal servi par le destin. Né en 1952 à Igoudmane, petit village perdu à 110 km d’Errachidia et à quelques encablures de Jbel Baddou, il fallait faire avec ce qu’on avait, c’est-à-dire rien ou presque. Il est l’aîné de ses sept frères et sœurs et devait très tôt donner l’exemple en tout, le travail aux côtés du papa agriculteur et marcher loin à l’aube pour aller à l’école. D’ailleurs, pour y accéder, il a fallu le «vieillir» d’une année sur l’état civil car, à moins de sept ans, il n’y était pas recevable comme tous les enfants de son époque. Marcher, s’accrocher, se dépasser, loin de le décourager, va devenir sa devise. Sur la soixantaine d’enfants qui avaient rejoint l’école, il a été le seul à avoir poursuivi jusqu’au baccalauréat, obtenu en 1971. Et comme il avait commencé à cultiver précocement l’excellence, il avait choisi les mathématiques. Avant de rejoindre l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II à Rabat, il a failli faire d’autres choix dont l’Ecole régionale des instituteurs.
Fort heureusement, la bourse a eu grâce à ses yeux. Elle était de 1 418 DH par trimestre et c’est alors que sa vie connaît un tournant décisif. D’abord, parce qu’il allait devenir ingénieur agronome grâce au Certificat d’études agronomiques qu’il obtient à Paris-Grignon en 1976 en même temps qu’un diplôme de l’Institut Hassan II. Mais aussi parce que c’est comme cela qu’il avait embrassé la carrière de fonctionnaire puisque la bourse lui faisait obligation de servir l’Etat pendant huit ans.

Il sent vite que sa formation d’ingénieur doit être confortée par l’économie
Moha Marghi est un perfectionniste né et sa formation d’ingénieur va rapidement lui paraître étroite. Alors qu’il est fonctionnaire, il va donc prendre sur lui de retourner à l’école d’abord pour une licence en sciences économiques. Il ne s’en tiendra pas là puisque plus tard, en 1995, il décide à nouveau de revenir aux études. Cette fois-ci il opte pour un cycle supérieur de gestion à l’Iscae. Malgré ses fonctions déjà prenantes, en tant que directeur provincial de l’agriculture, M. Marghi va trouver l’énergie pour faire deux fois par semaine l’aller-retour entre Meknès et Casablanca où il suit ses cours. Il explique sa démarche avec des mots touchants et justes : «J’ai eu la chance de travailler sur des programmes financés par des organismes internationaux et comme les concepts de compétitivité, d’optimisation des moyens et de performances revenaient souvent dans ces expériences, il me fallait acquérir les outils qui allaient enrichir ma vision et mieux éclairer mes choix. Mais je n’ai jamais songé à collectionner des diplômes et j’ai suivi toutes mes formations avec une vraie soif de comprendre et une curiosité tout à fait réelle».
Quand Moha Marghi commence sa carrière au département de l’agriculture en 1977, il est désagréablement surpris car il est envoyé à Fès où il débute comme ingénieur dans une cellule appelée «Section des études économiques et travaux d’allotissement». Il rejoint son poste à contrecœur mais c’est là justement que l’attendaient de bonnes surprises car il va d’abord être associé aux premières initiatives d’irrigation et à l’introduction de l’olivier dans la région. Ils se rappelle que les cultivateurs étaient si montés contre l’idée qu’ils arrachaient les plants le soir après le départ des employés du bureau de la réforme agraire.  
Mais Moha Marghi va aussi suivre un projet appelé Fès-Karia-Tissa, financé par la Banque mondiale, et qui fut le premier au Maroc à installer l’idée qu’aucune agriculture performante ne pouvait être envisagée en dehors du développement des moyens de communication, de l’eau potable, des écoles, des routes rurales et des infrastructures de base, de manière générale.

Il accompagne les grands moments de la mutation de l’agriculture au Maroc
Ainsi, en 1985, il va devenir responsable du projet au Maroc. En 1986, le travail de Moha Marghi et son implication dans sa tâche vont donner lieu à la première reconnaissance : il est nommé directeur provincial de l’agriculture à Fès tout en continuant à superviser le programme de la Banque mondiale; il va rester fidèle au poste et ce jusqu’en 1994, date à laquelle on lui confie la direction provinciale de Meknès. Durant cette période, il travaille sur l’introduction du goutte-à-goutte, l’amélioration de la production de l’arboriculture comme le pommier, le poirier, la vigne et même la céréaliculture de cette région riche du Maroc. Quand, en 1997, il se voit attribuer la direction de l’Office de mise en valeur du Souss, M.Marghi va capitaliser sur son expérience et prôner l’économie de l’eau dans la région. Il sera d’ailleurs le premier à commanditer l’étude de la région de Sebt El Guerdane.
Il va être effectivement entendu sur la question de l’économie de l’eau puisque la surface où va être généralisé le goutte-à-goutte va passer de 14 500 ha lors de son arrivée à plus du double au moment de son départ en 2000. Cette année-là, il se voit proposer le poste de directeur central de la Production végétale.
Et c’est à ce titre qu’il va lancer le vaste programme oléicole dont l’objectif est d’atteindre un million d’hectares et qui en est aujourd’hui à 660 000. Sa technicité fera de lui la personne tout indiquée pour négocier les volets agricoles dans les différents accords de libre-échange signés par le Maroc. Et ce n’est pas un hasard si, en 2004, il fut nommé secrétaire général du ministère de l’agriculture. Un poste qui lui revenait quasi naturellement tant il connaissait le département comme sa poche.