Militant de gauche engagé, patron sur le tard

Né à  Derb Soltane, il s’engage très tôt dans la politique et fait plusieurs séjours en prison.
Il a été l’un des fondateurs de l’OADP, ce qui lui
vaudra plus de deux ans de détention.
Il passera 11 ans en tant que directeur de la CGEM avant de créer son
propre cabinet de coaching et consulting.

Au premier contact, Mouhcine Ayouche dégage une impression de fragilité. Mais dès les premiers mots échangés, cette impression se trouve infirmée par l’aisance de son verbe. Le mot sûr le dispute au geste serein et mesuré. L’homme en a vu d’autres et son engagement politique qui lui a, plus d’une fois, créé des ennuis, l’a définitivement mûri, d’autant que «les raisons qui ont nourri son esprit séditieux se sont estompées», explique-t-il. Sa vie, en fait, a été tout sauf un long fleuve tranquille.

Né à Derb Soltane en 1955, le jeune Mouhcine a été à bonne école,celle de la rue. Une école pétrie des valeurs de solidarité etde fraternité, celle du derb. L’appartenance à une famillenombreuse (douze frères et sœurs) n’a certainement pas été étrangèreau besoin qu’il a toujours ressenti de défendre la veuve et l’orphelin,besoin qui ne se démentira pas tout au long de son parcours.

Son engagement politique ne nuit pas à ses études
C’est sur les bancs de l’école Alami, une école primaireprivée, dont les frais avaient été pris en charge par sononcle aisé, qu’il use ses fonds de culotte. Il se souvient encoredu respect sans faille que, tout enfant, il vouait à ses enseignants ouencore de l’admiration aussi irrépressible qu’inexpliquéeque lui inspirait le champion cycliste marocain Mohamed El Gourch. Il voulaitréussir sa vie et, la société comme la famille, lui en ontindiqué le chemin : faire des études scientifiques. Il s’yplia au départ et ses efforts et son application – il était toujoursparmi les meilleurs de sa classe – seront couronnés par un Bac sciencesexpérimentales qu’il obtient en 1974.

Un premier événement va marquer son jeune parcours: il rejointle syndicat national des lycéens et sa famille va l’envoyer à Fèspour le soustraire aux premiers harcèlements de la police. Mais dèsson inscription en première année du tout nouveau cursus de sciencespo dans la capitale spirituelle, il va connaître sa première arrestation.Il se souvient avoir passé sept mois en détention secrèteavant de passer huit mois de prison préventive. Jugé sous le chefd’inculpation de «troubles à l’ordre public et appel à lagrève», il bénéficiera d’un non-lieu. C’estnéanmoins en prison qu’il passera avec succès son examende première année de faculté.

Il retourne à la fac dès sa sortie de prison, et récidiveen rejoignant l’organisation «23 Mars». Avec le retour del’Union nationale des étudiants du Maroc (Unem), il est éluvice-président en charge des affaires culturelles. Un engagement qui nel’empêchera pas d’obtenir sa licence puis un DES (diplômed’études supérieures) en relations internationales, en 1979.

Alors qu’il passe les premiers mois de son service civil dans un institutde formation du ministère de l’équipement, il écopede nouveau d’une peine de prison ferme d’une année.
A sa sortie de prison, en 1982, il va se mettre en quête d’un emploiet c’est à la Fédération nationale du bâtimentet des travaux publics (FNBTP) qu’il sera recruté comme secrétairegénéral administratif. Il restera au service de cette fédérationjusqu’en 1988, mais ses démêlées avec le régimevont encore le rattraper car son adhésion à ce qui étaitle «23 Mars», qui deviendra l’Organisation de l’actiondémocratique et populaire (OADP), et dont il est l’un des fondateurs,lui vaudra d’autres poursuites. Mais, cette fois-ci, l’affaire estplus sérieuse, puisqu’il est condamné à quatre ansde prison. Il ne purgera que 27 mois avant de retrouver son emploi à lafédération. Il y passera huit mois avant de diriger successivementtrois PME/PMI spécialisées dans des domaines différents: négoce, textile et mobilier de bureau.

A partir de ce moment-là, il connaîtra un répit durable etrejoindra plus tard, en 1995, la CGEM où il sera nommé directeurdélégué, poste qu’il conservera jusqu’en 2006,date à laquelle il va créer sa propre entreprise, un cabinet deconsulting et de coaching.

«La clé du changement se trouve toujours à l’intérieur de soi»
Quand on lui demande comment il a pu concilier vie active, vie familiale et militantisme,Mouhcine Ayouche reste un moment dubitatif. «Ce que je me suis appliqué à faire,explique-t-il, est simple : ne jamais me ‘‘victimiser’’ nitirer une quelconque gloire de mon parcours. J’ai cru à des idéeset je n’ai pas été le seul. Je dois dire que j’aieu un peu de chance par rapport à de nombreux amis qui ont payé leprix fort. Est-ce que j’ai changé aujourd’hui ? Sûrement,et cela est normal, mais il faut bien se dire que la clé du changementse trouve toujours à l’intérieur de soi».

Mouhcine Ayouche explique que la création de son cabinet, si elle n’estpas due au hasard, n’a pas répondu non plus à un acte programmé delongue date. «J’ai longtemps travaillé dans la gestion desressources humaines et j’ai capitalisé sur cette expérienceque j’ai voulu mettre au service des décideurs que j’ai côtoyéspendant de longues années. Entre 2004 et 2006, j’ai suivi une formationpour être en mesure d’exercer mes compétences». La suite? «C’est très simple, dit-il, avec trois collègues,nous avons mis 300 000 DH dans BMH Coach, notre cabinet. Nous avons créé unedizaine d’emplois dont une partie est constituée de consultants à mi-temps.Le chiffre d’affaires de notre premier exercice doit se situer autour de1,3 MDH». Aujourd’hui retiré de la politique, l’hommene regrette rien et se satisfait de sa nouvelle vie d’entrepreneur.