Mariam Amrani : l’art de souffler une vie autre dans les galets

Une femme médecin, enseignant-chercheur qui s’est entièrement dédiée à la peinture sur galet, plus précisément selon la technique du pointillisme.

Médecin enseignant-chercheur, Mariam Amrani est également une créatrice à la lisière ténue entre artisanat et art. Avenante et bienveillante, sa quête de l’art et de la beauté est aussi une quête du bien-être et de la sérénité. La démarche de Mariam s’apparente à une pratique de Reiki : elle travaille sur des sonorités méditatives qui lui permettent de canaliser son énergie sans se fermer. Elle s’est tout entière dédiée à la peinture sur galet, plus précisément selon la technique du pointillisme. Elle dit : «Je prends un galet. Je le caresse. Il me parle. Il me dit ‘‘qu’est-ce que tu veux faire de moi ?’’ Et je l’adopte, ou alors c’est lui qui m’adopte. Et je me lance, je pose le premier point. Par petites touches, je le pare de mille couleurs».

Techniquement, Mariam prépare chaque galet au gesso transparent, qui lui conserve sa couleur et sa veine d’origine, tout en supprimant la porosité qui nuirait à la netteté de chaque point. Puis elle travaille par couches entrecoupées de longues périodes de séchage. Deux à quatre couches sont nécessaires pour enrichir la gamme chromatique en donnant relief et singularité. À ceci près qu’elle n’utilise pas de modèles pour obtenir une parfaite symétrie – en tant qu’anatomopathologiste elle sait combien la nature n’est pas symétrique. Mariam s’inscrit dans le mouvement de peinture sur galets mandala qui trouve surtout son expression aux États-Unis sous le nom de «dot-painting». Les mandalas sont eux-mêmes inspirés de l’art et des rituels sacrés des aborigènes d’Australie.
Visuellement, chaque galet mandala présente une entité compacte, éclatée en une multitude de points colorés. En cela, il rappelle ces presse-papiers en verre coloré aux reflets de kaléidoscope qui ornent les vérandas britanniques.

La démarche de Mariam est scientifique : en anapath, on fait de la macroscopie: en recevant une pièce à analyser, on la pèse, on la mesure, on l’ouvre, on la dissèque, on évalue la lésion et la texture, selon un protocole bien établi en fonction de l’organe. On fait ensuite de la microscopie : à partir de prélèvements sur la lésion, on fait enfin des colorations spécifiques pour émettre un diagnostic. Mariam fait ainsi de l’anapath sur ses galets : durant la phase de macroscopie, elle choisit ses galets in situ, dans l’immensité d’une plage. En phase de microscopie, couche par couche, avec une infinie patience, elle appose des points multicolores.

Précisons que le pointillisme, mouvement post-impressionniste théorisé sous le nom de divisionnisme, caractérisé par une peinture par petites touches, par points juxtaposés de couleurs pures, exige un travail ardu dont le spectateur ne saurait imaginer l’ampleur, raison pour laquelle il n’est porté que par les deux artistes, Georges Seurat et Paul Signac, et pour une période assez courte. Précisons aussi que ce mouvement est issu des recherches optiques de M.-E. Chevreul et des écrits de Ch.Blanc. Il est donc tout naturel qu’une enseignant-chercheur anatomopathologiste, plongée dans le monde microscopique d’un laboratoire d’anatomie pathologique, se soit tournée vers un tel processus, qui allie recherche scientifique et sensibilité artistique. Dans ce sens, la démarche de Mariam Amrani est à rapprocher de celle d’un Yamou.

Hélène Carrasco-Nabih