Manar Talhi, DG de Java conseil

Une figure qui force le respect dans le transport et la logistique. En 20 ans de carrière au sein de l’Office national du transport, devenu SNTL, elle a été associée à  tous les grands dossiers liés à  la mutation du secteur.

Belle carrière de Manar Talhi, DG de Java conseil. Elle sera, tour à tour, fonctionnaire pendant 20 ans avant de se décider de travailler pour son propre compte. Native de Rabat, elle est la troisième enfant d’une famille de six, dont le père est fonctionnaire et la mère institutrice. Même si elle est née en 1956, une époque oû la scolarisation des filles était encore rare, elle ne trouvera aucun problème à faire ses études. Bien au contraire, son père l’inscrit dès l’âge de 5 ans à la Mission. Cela va l’aider grandement à faire un parcours sans faute puisqu’elle obtient son certificat d’études primaires à 10 ans et un Bac littéraire à 17 ans, en 1973. La chance va lui sourire car, grâce à une bourse américaine, elle va atterrir dans l’Illinois où elle va vivre pendant 12 mois dans une famille d’accueil pour passer un bac américain.
Manar revient au Maroc pour poursuivre son parcours universitaire et c’est à la faculté de Rabat qu’elle s’inscrit, d’abord pour une licence en droit public puis pour un DEA en 1980. Recrutée par ce qui était encore l’Office national du transport, elle y fera une longue carrière et y capitalisera l’ensemble de son expertise dans le domaine du transport mais aussi de la logistique.

Elle a été étroitement associée à la préparation de la loi sur la libéralisation du transport routier de marchandises

Recrutée comme cadre, elle va rapidement s’impliquer dans ce qu’elle fait. Elle gravit les échelons, devient chef de service, chef de département pour faire, plus tard, partie de l’équipe dirigeante qui va négocier de  gros dossiers dans la vie du secteur mais aussi dans la longue mutation de l’office en Société nationale de transport et de logistique (SNTL). Auparavant, elle a vécu la douloureuse période de ce que l’on a appelé le programme d’ajustement structurel (PAS), un moment où les démembrements de l’Etat ont vu leur budget réduit en peau de chagrin, alors qu’ils devaient se restructurer, faire études et diagnostics pour rechercher l’optimisation des ressources et gagner en performance.
Mais revenons aux dossiers chauds sur lesquels Manar Talhi dut plancher, à l’époque où le mot logistique peinait pour figurer dans le lexique des professionnels du transport. On peut évoquer notamment la gestion du parc automobile de l’ex-ONT et la rédaction de la loi 16/99 sur la libéralisation du transport routier de marchandises, à laquelle elle a été étroitement associée. Elle a aussi très souvent représenté l’office aux réunions et aux tractations avec l’Union internationale des transports routiers dont le siège est à Genève.
Parmi les chantiers qui ont accaparé l’attention et l’énergie de Manar Talhi figure également l’accord bilatéral avec l’Espagne, qui avait refusé durant de longues années d’ouvrir ses routes aux camions marocains, et qui n’a été signé qu’en 1986. Cet accord est un point important dans sa carrière pour deux choses. D’abord, parce qu’il a été laborieux et parce qu’une fois signé, il a fallu le mettre en exécution à un moment où les professionnels n’étaient pas prêts et ne disposaient pas de véhicules aux normes. Il a fallu, se souvient-elle, louer des remorques européennes et utiliser les véhicules nationaux, avec toute la logistique qu’il fallait mettre en place pour accompagner les chauffeurs marocains du point de départ qui est le chargement chez les producteurs au point d’arrivée comme le marché de Rungis, en banlieue parisienne.
Bref, Manar Talhi a été de tous les combats du secteur et de l’office. Elle a même été vice-présidente de l’Association marocaine des transports routiers internationaux (AMTRI) en 1998.

Elle a fait d’Arval un des poids lourds de la LLD au Maroc

Mais au bout de 20 ans, elle a choisi de prendre ses distances vis-à-vis du secteur public. Elle prend toute une année pour réfléchir à ce qu’elle va faire et se décide en 2001 à créer une petite entreprise spécialisée dans la location courte durée appelée Cybel Rent, et commence avec une flotte d’une vingtaine de véhicules. Mais elle se rend rapidement compte qu’elle doit bifurquer vers la location longue durée. Et comme c’est un domaine hautement capitalistique et que sa seule connaissance du monde du transport n’est pas suffisante, elle s’est rapprochée du groupe BNP Paribas qui lui a racheté sa société en 2003 pour créer Arval Maroc LLD. Du statut de propriétaire, Manar Talhi passe à celui de salariée en tant que DG de la nouvelle société qui deviendra, sous sa direction, le troisième opérateur du secteur au Maroc. Preuve de son succès et de son dynamisme, elle sera élue par ses pairs comme présidente de l’Association nationale des loueurs de véhicules de longue durée (Analog).
Quand elle quitte Arval en 2009, elle change radicalement de domaine et crée Java conseil, un cabinet de conseil en logistique, santé, énergies renouvelables et nouvelles technologies. Des domaines très différents pour quelqu’un qui a toujours exercé dans le transport. Manar Talhi explique ainsi sa démarche : «Aujourd’hui, il y a des idées nouvelles et des moyens de les importer au profit des opérateurs nationaux, avec un accompagnement adéquat. Parfois, il y a même des financements et mon cabinet qui est en train de conclure des partenariats avec des cabinets de renom veut être un pont entre les investisseurs, les opérateurs nationaux et l’ensemble des opportunités qui s’offrent dans les domaines que j’ai ciblés pour le conseil». Elle ne fait pas que cela. Manar Talhi a aussi créé une autre entreprise, Sky Observer, spécialisée dans les logiciels de logistique. Une manière de garder des liens avec ses premières amours.