Majida Maarouf, directrice de l’Agence nationale pour le développement de l’aquaculture

Diplômée de l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, elle a commencé dans le privé avant d’intégrer le secteur public.

Pur produit du système éducatif marocain, Majida Maarouf est l’exemple type de la réussite par la persévérance. Nommée à la tête de l’Agence nationale pour le développement de l’aquaculture (ANDA) créée en 2011, elle a réussi à se hisser à force du poignet dans un domaine connu pourtant pour sa prédominance masculine. Majida Maarouf est née en 1967 dans un patelin près de la ville de Sefrou. Son père, encore étudiant à l’époque, terminait son cursus en Tunisie tandis que sa mère vivait avec ses parents dans leur ferme dans la région. Elle y passera son enfance et la majeure partie de son adolescence, et fera ses études primaires et secondaires successivement à l’école primaire juive, le collège Moulay Al-Chrif et le lycée Bir Anzarane. «Je garde de très beaux souvenirs de la ville de Sefrou où il y avait un environnement multiculturel avec une population composée presque à parts égales de Marocains musulmans, d’expatriés et de juifs». Ce qui caractérise également cette période à ses yeux est la responsabilité qu’elle a dû prendre très tôt. En effet, aînée d’une fratrie de 5 enfants, elle s’est souvent retrouvée toute seule à devoir gérer la maison. «Une fois, mes parents devaient préparer le mariage d’une tante. Je me suis retrouvée pendant presque tout un mois seule avec mes trois sœurs et mon frère jusqu’à leur retour», se rappelle-t-elle. Une expérience qui a fait ressortir dès son âge ses capacités de gestion.

En 1985, Majida Maarouf obtient son baccalauréat en sciences expérimentales et caresse le rêve de devenir médecin, fascinée qu’elle était par le personnage de Mère Theresa. Le sort en décidera autrement : des divers concours qu’elle passe, elle est retenue en architecture et en agronomie. Elle choisit cette dernière option mais garde toujours en tête sa vocation première puisqu’elle se voit vétérinaire. Elle intègre alors l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II (IAV) de Rabat et, au terme de sa quatrième année, choisit contre toute attente la spécialité halieutique. «A l’époque, c’était une branche composée exclusivement d’hommes et je me suis dit qu’une femme était tout aussi compétente pour y réussir». Cela n’allait toutefois pas être facile. En effet, pour sa thèse de fin de cursus, elle devait aller sur le terrain, dans un village de pêcheurs situé sur le site de Tifnit, afin d’étudier la dépendance de ces derniers vis-à-vis des mareyeurs. «Comme je logeais à l’IAV d’Agadir, il fallait faire le trajet en mobylette puis en taxi sur un tronçon de 10 km qui traversait un champ de tir militaire. Je me rappelle que je laissais mon véhicule dans un poste militaire avant de le récupérer au retour», confie-t-elle amusée. Elle y passe donc une année complète. En 1992, elle obtient son diplôme d’ingénieur d’état en études halieutiques.

Ses connaissances du secteur ont été renforcées lors de son passage à l’INRH

Après une année à chercher un emploi, Majida est embauchée par une société de pisciculture continentale spécialisée dans l’élevage de carpe. Dans le cadre de ses missions comme responsable de production, elle se rend souvent sur le site au niveau du barrage Oued El Makhazine et y loge pendant les périodes de reproduction artificielle qui peuvent durer 3 à 4 mois. Elle occupe une petite baraque aménagée où il fallait faire constamment la veille à cause des mesures qu’il fallait prendre en continu. «J’avais une équipe de techniciens et d’ouvriers avec un caractère un peu difficile, c’était un véritable challenge que de gérer et le côté technique et le côté humain». Elle occupe ce poste pendant quatre ans avec une expérience commerciale qu’elle développe lors des deux dernières années.

Le métier de commercial n’étant pas fait pour elle, elle quitte la société pour intégrer en 1996 l’Institut national de recherche halieutique (INRH) à Casablanca dans le cadre du projet INCO portant sur la pêcherie céphalopodière en Afrique nord-ouest. Géré en partenariat avec une équipe de recherche française, cet important projet apporte à Majida Maarouf l’expertise qui lui manquait dans le domaine théorique. Une fois le projet bouclé, trois ans plus tard, elle quitte l’INRH. «J’ai quitté le poste parce que j’ai constaté qu’en faisant la navette entre Casablanca et Rabat, mon rendement baissait de jour en jour. Sans compter que j’allais avoir mon premier enfant et le choix de me consacrer à ma petite famille après tant d’années de recherche et de terrain s’est imposé». Pourtant, de nature dynamique, Majida Maarouf reprend le travail quelques mois plus tard et intègre le ministère de la pêche maritime. Elle est affecté à la direction des pêches maritimes et de l’aquaculture au sein de la division de la protection des ressources halieutiques (DPRH).

Forte de son expérience de terrain et de son apprentissage à l’INRH, elle gravit très vite les échelons pour passer de cadre à chef de service en 2002 puis se voit promue, en 2008, chef de division de l’aménagement de la protection des ressources halieutiques. La nomination à la tête de l’ANDA vient en 2011 ; une grande surprise pour elle. Mais Majida Maarouf n’a plus le temps de l’être, tout de suite elle se met au travail pour mettre sur pied son équipe surtout qu’entre aménagement du littoral, promotion des produits aquacoles et soutien aux investissements, la directrice a du pain sur la planche. L’agence est assez bien outillée pour commencer à travailler et plusieurs chantiers seront ouverts durant cette année 2013. «Mon programme est de rencontrer les autorités locales sur le littoral pour les sensibiliser sur l’importance de l’activité et du foncier. Nous sommes également en train de mener la réflexion auprès des banques, des assurances et du département des finances pour tout ce qui est tarification, taxes et droits de douane», annonce-t-elle. Et ce n’est que le début.