Madame «promotion immobilière» au ministère de l’habitat

Petite, elle rêvait d’être écrivain, mais ses parents l’ont dissuadée de suivre la filière littéraire.
En 1989, elle est recalée au concours de l’Ecole d’architecture parce qu’elle ne sait pas encore dessiner.
En 1991, elle tente de nouveau le concours. Elle obtiendra son diplôme en 1996.
Son choix dès le départ : une carrière dans le public. Aujourd’hui, elle est directrice de la promotion immobilière au ministère de l’habitat.

«Le talent se développe dans la retraite, le caractère se forme dans le tumulte du monde», a écrit Johann Wolfgang Von Goethe. Le parcours de Mounia Lahlou, directrice de la promotion immobilière au ministère de l’habitat, illustre bien la fine observation du grand écrivain allemand. Enfant, baignant dans le recueillement et la lecture, elle se rêvait écrivain dans l’avenir. Plus tard, dans la vraie vie, elle ira confronter ce qu’elle avait appris en architecture à la réalité des coins les plus reculés du Maroc. Comme le village des Aït Itkel, dans le Haut-Atlas, perché à 1160 mètres d’altitude, à une centaine de kilomètres au nord-est de Marrakech. Là, l’espace a été réorganisé en fonction des besoins et en accord avec la j’maâ du village, reconvertie en association pour pouvoir prendre part au projet.
Mounia Lahlou se définit comme un architecte de l’espace et du lieu de vie dans l’acception large et globale de la formule. «Je ne veux pas construire des maisons, mais réfléchir à la manière la plus harmonieuse de les intégrer dans des lieux qui vont donner de la convivialité, du confort et, plus largement, de manière à ce que l’ensemble donne du bonheur à l’occupant. Bien entendu, il ne faut pas oublier que, dans tout cela, la question est de trouver le meilleur dosage entre modernité et tradition, sans lequel l’habitant ne se retrouverait plus dans son espace, dans ses activités et dans son organisation sociale, professionnelle et cultuelle», explique-t-elle.

Un accès laborieux aux études d’architecture
Mounia Lahlou se raconte sans complexe, presque avec ingénuité. Elle est née à Fès en 1972, dans une famille de la classe moyenne. Elle est l’aînée de la fratrie. Son père est dans les affaires et sa maman est enseignante. Sa chance, confie-t-elle, est que le livre occupe une position centrale dans l’univers de la famille, et c’est tout naturellement qu’elle découvrira ses classiques. C’est d’abord la langue arabe, qui la fascine, puis, la langue de Molière, par la suite. Si bien que quand elle atterrit à l’école publique, elle se destine aux lettres modernes. C’est sa maman qui s’y opposa en lui expliquant que la littérature est certes merveilleuse mais qu’il faut, dans notre monde, faire d’autres choix pour avoir une vie «confortable». Bien entendu, il n’y avait pas que sa maman pour lui marteler ce genre de conseils.
A partir de là, l’idée de faire «archi», comme on disait, commence à faire son chemin. Mais les choses ne vont pas aller comme sur des roulettes. En effet, après un bac «sciences expérimentales», obtenu en 1989, elle se présente au concours de l’Ecole nationale d’architecture de Rabat. Elle est recalée à cause d’une matière qui s’appelle le dessin, car, se souvient-elle, «à l’époque, je ne savais pas encore dessiner autrement qu’avec des mots». Elle s’oriente alors vers la fac pour y suivre la filière biologie/géologie. Mais ce n’est que partie remise. En 1991, elle revient à la charge, faisant une deuxième tentative au concours de l’ENA. Cette fois-ci sera la bonne. L’école lui ouvre ses portes et, en 1996, elle en sort avec un diplôme d’architecte.
Elle va alors choisir une voie toute tracée : «L’Etat recrutait et je ne pouvais pas choisir tout de suite de travailler à mon propre compte, d’autant plus que je ne me destinais pas à dessiner des maisons mais voulais m’intéresser à l’urbanisme et à la problématique de la gestion de l’espace», dit-elle.
Mounia Lahlou intègre, pour commencer, la division de l’architecture à la direction de l’urbanisme. Rapidement, elle devient chef de service et sera en charge de l’instruction des demandes d’équivalence des diplômes d’architectes étrangers et des demandes d’autorisation d’exercer dans le privé. Puis elle passe aux choses un peu plus pointues, comme l’étude de projets touristiques, et participe, par exemple, au jury technique du projet de construction de la Chambre des conseillers. En juillet 1999, elle est nommée chef du service en charge de la coordination architecturale des projets urbanistiques. C’est durant cette période qu’elle va être associée au travail sur le village des Aït Itkel qui décrochera, plus tard, en 2002, le prix Agha Khan d’architecture. Elle s’impliquera également dans la réalisation de documents sur l’architecture ou encore dans l’élaboration d’une plaquette sur la ville de Chefchaouen.

Un passage très formateur à l’Agence urbaine de Meknès
A la création, en 2002, du ministère délégué auprès du Premier ministre chargé de l’habitat et de l’urbanisme, elle participe à différentes missions comme la réalisation des plaquettes dédiées à différentes villes (Meknès, Casablanca, Marrakech, Mohammédia et Aïn Aouda) ou encore la mise sur pied de l’action d’assistance technique en milieu rural. En 2004, elle intègre le cabinet du ministre, Toufiq Hejira, pour prendre en charge le suivi des Agences urbaines, et plus spécialement le dossier de l’agence d’Al Hoceima.
Durant cette période, Mounia Lahlou s’est aguerrie et elle va passer à la vitesse supérieure puisqu’elle sera choisie pour le poste de directrice de l’Agence urbaine de Meknès. L’agence, qui compte soixante personnes, va mener plusieurs actions de front pendant deux années, et Mounia Lahlou va faire preuve de talents cachés en matière de négociation avec les différents partenaires, mais également de mobilisation des équipes. Ses grands chantiers sont alors les circuits thématiques de la médina de Meknès, la mise à niveau de centres ruraux et l’étude de réaménagement de la ville d’Ifrane. Dans la foulée, Mounia Lahlou engage une étude sur le réaménagement du site dit Aïn Vitel, l’étude de la trame verte de Meknès et la restructuration des quartiers d’habitat insalubre…
Et c’est presque naturellement que Mounia Lahlou s’est retrouvée, en août dernier, au poste de directrice de la promotion immobilière au ministère de l’habitat. Avec un tel parcours, elle était la personne indiquée.