L’homme qui a séduit Bill Gates

Il voulait devenir médecin, mais son père, lui-même chirurgien, lui déconseille de suivre cette voie.
Il opte pour l’Ecole centrale de Paris.
Redresseur d’entreprise puis entrepreneur, il sera repéré par Microsoft et y fera une brillante carrière entre Afrique, Moyen-Orient et Asie du Sud-Est.
Actionnaire du groupe Saham, il s’occupe aujourd’hui du redressement d’Es-Saà¢da.

Ahmed Chami est un homme qui a tout pour plaire : sympathique, le sourire irrésistible, l’esprit vif, le mot pour communiquer et, avec tout cela, une modestie désarmante. Mais c’est son parcours qui parle pour lui.

Né à  Casablanca en 1961, d’un père chirurgien et d’une mère sage-femme, il n’est pourtant pas manuel pour un sou. Par contre, il a tout de l’accoucheur dans le sens de la maà¯eutique de Socrate. La famille va vite migrer, pour raisons professionnelles du papa, d’abord à  Meknès puis, pour longtemps, à  Fès. Le jeune Ahmed a toujours été bon élève, surtout après une raclée que lui administra papa quand, en CM1, il se laissa distraire tout un trimestre par les bandes dessinées qui nous fascinèrent tous. Il avait alors 11 ans et, par la suite, il dira à  son père : «Tu verras, je serai quelqu’un».
Au lycée, il est tout de suite attiré par les maths.
Normal, car autour de lui, tout porte à  croire qu’avec des études scientifiques, il aura de meilleures chances dans la vie. Et ce n’est pas pour rien qu’il obtient en 1979 un Bac sciences maths : cela coulait de source, il se destinait à  des études de médecine. Mais son père, contre toute attente, lui déconseille d’aller dans cette voie. Aujourd’hui encore, Ahmed Chami se demande si son père n’a pas tout simplement jeté à  la corbeille ses dossiers d’inscription aux universités françaises de médecine au lieu de les poster. Quoi qu’il en soit, il reçoit bien une réponse pour une inscription adressée au lycée Saint-Louis, à  Paris, pour y suivre ses prépas. Et au lieu de n’y passer que deux années, il s’obstina à  aller dans l’école de son choix, Centrale de Paris. Et pour cela il accepta même de refaire l’année de maths spé.

Il est l’un des fondateurs de Distrisoft
Après, son parcours est tout tracé et il obtient son diplôme d’ingénieur en 1985. Il rentre dare-dare au Maroc et intègre Frumat qu’il voudra racheter quelques années plus tard, sans succès. Mais, ne brûlons pas les étapes car beaucoup de choses se passeront entre-temps. D’abord, il juge qu’il n’a pas toutes les cartes en mains, car, se destinant à  la gestion des entreprises, il lui manque une partie du «software». Il décide alors d’aller faire un MBA aux USA en 1987, à  l’université de Los Angeles en Californie.

Au bout de deux ans, il retourne à  Fès o๠il prend en main la Société laitière centrale du Nord, coopérative qui s’était muée en société anonyme et qui était au bord de la faillite, avec 120 employés sur les bras. Ce sera sa première expérience de restructuration, qu’il mènera entre 1989 et 1991 et, qui le poussera à  voler de ses propres ailes. C’est ainsi qu’avec deux autres actionnaires, il crée Distrisoft, première société de distribution indirecte de matériel informatique. Mais il n’a pas le temps de concrétiser ses projets d’hommes d’affaires qu’il est repéré par Microsoft qui veut créer sa filiale marocaine et lui en confie la mise en place. Il vend alors ses actions dans Distrisoft et se consacre à  sa mission de DG pour le Maroc et l’Afrique du Nord. Il a fallu recruter, trouver un siège et mettre en route la machine. Il y fera un fulgurant vrai début de carrière car, outre son poste de DG pour l’Afrique du Nord entre 1993 et 1996, il se voit proposer la direction régionale pour le Moyen-Orient.

Il cherche en vainà  reprendre Frumat
Le fait qu’il ait réalisé un chiffre d’affaires de 4 millions de dollars dès 1994 n’est pas étranger à  la confiance que lui fait l’entreprise de Bill Gates. Il se souvient encore de la conversation qu’il a alors eue avec le vice-président pour la zone Afrique-Moyen-Orient qui lui proposait de prendre en charge cette région avec résidence à  Dubaà¯. Ce patron, qui décela une légère hésitation chez lui, enchaà®na : «Tu n’es pas obligé de donner une réponse tout de suite, prend le temps de réfléchir. Mais réponds moi avant demain midi». A l’époque, la seule région du Moyen-Orient réalisait un chiffre d’affaires qui frôlait les 70 millions de dollars (630 MDH).

Après deux ans d’un parcours qu’il décrit comme exaltant, Ahmed Chami veut revenir au Maroc. Il en fait la demande à  Microsoft, sans trop d’espoir, et là … surprise, sa demande est acceptée et le revoilà  dans son pays pour reprendre son poste de départ auquel on avait adjoint le centre et l’ouest de l’Afrique. Mais la déjà  très belle carrière d’Ahmed Chami n’est pas encore à  son apogée puisque, trois années plus tard, on lui confie le bureau de l’Asie du Sud-Est. Il sera en poste à  Singapour et là , les ventes du mastodonte du soft informatique dépassent les 300 millions de dollars ( 2,7 milliards de DH) et l’effectif est de 550 personnes.

Mais comme il fallait bien, tôt ou tard, revenir chez soi, Ahmed Chami choisit de rentrer au bercail en 2004. Pendant une année, il cherche à  reprendre des sociétés en difficulté comme Frumat et une autre entreprise, à  Larache, mais ses offres se sont pas acceptées. Cette période, o๠il fut une sorte de Bernard Tapie, se termine lorsque Moulay Hafid Elalamy lui propose d’entrer dans le capital de Saham et de prendre en charge la gestion de certaines structures. Aujourd’hui, Ahmed Chami se concentre sur son poste de DG de la société d’assurance et de réassurance Es-Saâda. Et avec bonheur !