Le Monsieur notation sociale des entreprises

Sciences politiques, histoire, administration, il cumule les diplômes avec
4 maîtrises, deux DEA et un doctorat d’Etat.
Douze ans à  la CNSS où il s’occupera du développement puis de l’inspection
générale.
En 2002, il rejoint le cabinet Vigeo et devient un spécialiste de la responsabilité
sociale des entreprises.
En 2004, il crée Vigeo Maroc et compte de grandes entreprises comme clients.

Du bagout et une capacité de persuasion à  vous laisser sans voix. Voilà  la première impression que vous donne Fouad Benseddik. Ayant un avis sur tout et forçant l’écoute, il lui arrive aussi d’agacer ses interlocuteurs d’un jour, ceux qui ne le connaissent pas vraiment, car, au fond, c’est ce mélange de culture générale et cette propension à  communiquer qui le caractérisent. L’homme parle un français châtié et a des allures de tribun, comme on n’en trouve que chez les politiques. C’est pourtant lui qui raconte qu’il ne comprenait pas un traà®tre mot de ce que disait la maà®tresse à  son inscription à  la Mission française. Mieux encore, il avoue avoir, souvent, lors de ses premières années de scolarité, donné de la voix pour faire illusion, quand la classe entonnait une chanson ou une récitation, histoire de ne pas se faire remarquer. Mais heureusement qu’il a compris qu’il fallait se mettre au travail car, dit-il, «j’ai vite réalisé que je n’aurais pas toute la vie pour me reprendre. J’ai travaillé dans le secret et si dur que l’année suivante, j’étais parmi les premiers de la classe».

Cette soif de briller et d’en imposer va devenir une règle pour Fouad Benseddik et l’on ne saura jamais si le fait que son oncle, Mahjoub Benseddik, soit un grand orateur y est pour quelque chose. Mais revenons au début de l’histoire.

Fouad Benseddik est né en 1958 dans une famille moyenne dans l’ancienne Médina de Meknès. Il est le troisième d’une fratrie de 4 enfants. Son père, se rappelle-t-il, lui interdisait les travaux manuels sortant la fameuse rengaine que la majorité des parents, même analphabètes, répétaient à  leurs enfants à  l’époque : «Va plutôt étudier, cela te servira plus tard !».

La rencontre avec Nicole Notat, un déclic heureux
On ne saura jamais si ses parents lui ont forcé la main, mais le jeune Benseddik retient la leçon. Il réussit si bien sa mise à  niveau qu’il obtient, en 1977, son Bac avec mention. Il s’inscrit alors à  la Faculté de médecine, mais très vite il se rend à  l’évidence que telle n’était pas sa vocation. L’année suivante, il est à  Nanterre et il va brûler les étapes, un peu comme s’il voulait conjurer les démons d’une année perdue. En quatre ans, il obtient trois maà®trises, cumulant les UV (unités de valeur) en Sciences politiques, Histoire et Administration économique et sociale. Il ne s’arrête pas en si bon chemin, puisque, après deux DEA, il va obtenir un doctorat d’Etat en 1988 à  l’Institut des études politiques, toujours à  Nanterre.

Il va rester encore deux années en France o๠il est chargé de cours en droit public. De retour au pays, il est recruté par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) en 1990. Il est tour à  tour directeur des «études et développement» puis inspecteur général, en charge de l’audit interne. Parmi les dossiers sur lesquels il travaille figurent le développement d’un système d’actuariat, le code de sécurité, de la prospective et, déjà  à  l’époque, l’introduction des nouvelles technologies. Les premiers jalons de l’instauration de l’actuel système de télédéclaration et la CNSS en ligne ont été installés à  cette époque-là , raconte-t-il. Ce faisant, il va développer une expertise à  l’international puisqu’il se branche sur les réseaux d’expertise syndicale et commence à  participer aux travaux de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

Durant les douze années qu’il passe au service de la CNSS et o๠il se mue d’ailleurs en syndicaliste, il fait beaucoup de rencontres et tisse des liens avec de grandes personnalités versées dans la défense des travailleurs. Ce sera l’une d’elles qui va d’ailleurs lui ouvrir une nouvelle perspective : Nicole Notat. En effet, cette dernière, en fin de carrière syndicaliste (secrétaire générale de la Confédération française démocratique du travail -CFDT) va lui faire une proposition intéressante : créer une agence de notation d’entreprises pour ce qui est des méthodes de gouvernance et de recherche d’optimisation de la performance. C’était en 2002 et Fouad Benseddik, bien armé en matière de relations professionnelles, fait le saut et se voit proposer le poste de directeur des méthodes et des relations institutionnelles de Vigeo qui, en quelques années, va devenir une référence dans son domaine d’activité. A l’international, Vigeo qui a un effectif de près de 70 personnes, sans compter les consultants qu’elle sollicite pour des missions ponctuelles, réalise un chiffre d’affaires de 13 millions d’euros. Dans ce cadre Fouad Benseddik supervise également les activités du groupe en Italie et en Belgique.

Il milite pour l’adoption des bonnes méthodes de gouvernance dans l’entreprise
Mais Fouad Benseddik veut aller plus loin. La notation sociale ? Pourquoi pas au Maroc ? L’idée prête à  sourire dans un pays o๠l’on parle encore de mise à  niveau industrielle et commerciale. Il n’empêche… Tout en gardant son poste chez Vigeo à  l’international, il ouvre une représentation de cette institution au Maroc. Depuis fin 2004, l’antenne de Vigeo au Maroc est une réalité qui aujourd’hui s’est fait un nom. Vigeo Maroc a déjà  travaillé avec une quinzaine d’entreprises parmi lesquelles figurent, forcément, les grosses pointures de la place qui semblent plus sensibles à  ce sujet. Fouad Benseddik cite, entre autres, Lydec, BMCE Bank, l’Ona, l’Office national des pêches (ONP) et l’Office national des chemins de fer (ONCF). Au titre de 2007, le chiffre d’affaires de Vigeo Maroc a été de l’ordre de 3,5 MDH. Quant aux perspectives, Fouad Benseddik est optimiste car, dit-il, «aujourd’hui, tout le monde se rend à  cette évidence : la solvabilité financière et économique n’est plus le seul critère de santé. Même au niveau des pays qui veulent lever des fonds, les organismes spécialisés sont plus regardants pour les méthodes de gouvernance et de la responsabilité sociale». Entre Maroc, France, Italie et Belgique, Monsieur notation sociale n’a pas le temps de s’ennuyer, surtout si l’on sait que depuis trois mois il anime une chronique hebdomadaire pour le compte de Radio Atlantic. Economie, histoire, management, tout y passe et, à  l’en croire, les auditeurs sont contents. Pour une fois que c’est lui qui est audité…