Latifa Fadouach, commandant de bord à  la Royal Air Maroc

La femme qui fait voler des Boeing 737.Elle est devenue commandant de bord
en 2005, troisième marocaine à  ce grade après Bouchra Bernoussi et feue Oumaima Sayeh.

A l’occasion de la journée mondiale de la femme, Royal Air Maroc a rendu hommage à son personnel féminin en confiant deux vols reliant Casablanca et Paris à un personnel strictement féminin. Une manière de démontrer les capacités de ses ressources humaines femmes et de leur reconnaître leur contribution au développement de la compagnie. Elles sont nombreuses dans le personnel navigant commercial et l’effectif en général, mais sont en nombre réduit chez les pilotes, dont très peu de commandants de bord. Latifa Fadouach est l’une des rares femmes à arborer ce grade dans la compagnie nationale. Cadette d’une fratrie comprenant deux frères et trois sœurs, elle naît et grandit à Casablanca. Elle y poursuit ses études et y vit une enfance qu’elle qualifie de très équilibrée grâce à l’éducation qu’elle reçoit de ses parents. «Nos parents nous avaient toujours traités de la même manière et éduqués dans le respect de l’autre, le partage et l’échange. Ce qui fait que je n’ai jamais ressenti de différence liée au genre entre mes frères et moi». Cette parité et équité dans laquelle elle baigne depuis son enfance lui facilitera, de son propre aveu, la tâche et l’aide à exprimer tout son potentiel dans son parcours et ses études. Elle décroche donc en 1985 son baccalauréat en sciences mathématiques au Lycée Chaouki des jeunes filles et intègre les classes préparatoires pour deux ans.

4 000 heures de vol et quelques années d’attente avant de décrocher le graal

A ce moment, toutes les portes lui sont ouvertes, mais la jeune Latifa n’a pas encore tranché quant à son avenir. Ingénierie ? Pharmacie ? Une annonce parue dans un journal attire son attention et lui permet de réaliser un vieux rêve d’enfance. Latifa Fadouach caressait depuis toute petite le rêve de devenir pilote. Elle se rappelle d’ailleurs de la bande dessinée qu’elle lisait souvent qui retraçait les aventures de Jerry Drake, alias Mister No, pilote d’un piper en Amazonie. «Il m’arrivait souvent de m’allonger dans le jardin avec mon frère pour regarder les avions voler dans le ciel. On était fascinés par les trainées de condensation qu’ils laissaient et on se posait des questions sur leur destination, leur altitude, …», se souvient-elle. Elle passe donc le concours en 1987 avec 399 autres candidats. Ils ne seront que sept à être reçus. Elle garde de très bons souvenirs de sa formation. «Je me rappelle qu’on avait un chef pilote chevronné qui nous avait fait pendant le dernier vol de test des acrobaties avec l’appareil. A un moment donné je me retrouve sur le dos de l’avion, uniquement maintenue sur mon siège par les harnais de sécurité. Lui très à l’aise m’a demandé si tout allait bien et moi impressionnée essayait de faire bonne figure en répondant que tout allait pour le mieux», raconte-t-elle. Entre théorie et pratique, la formation dure 4 ans. «Durant les deux premières années, il y a énormément de certificats à préparer au début. Ce n’est que pendant les deux dernières années que l’on commence réellement à apprendre le métier». Elle commence avec ses collègues de promotion par un petit avion avec un instructeur avant d’être «lâchée» au bout d’un certain nombre d’heures de vol pour le premier vol solo. Le sien se passera en 1990 aux commandes d’un TB – 20 Trinidad, un avion à hélices monomoteur. L’expérience est unique ! Une navigation à vue avec comme seul repère les indicateurs de l’avion et une carte sur les genoux qui retrace le trajet tant de fois répétés en tête et préparé minutieusement. Une fois ce premier vol effectué, tout s’enchaîne rapidement. En 1992, elle se retrouve à bord de son premier vol commercial toujours en adaptation avec un instructeur avant d’être réellement «lâchée» au bout de 4 à 6 mois. Ce n’est pas pour autant que le pilote devient totalement indépendant puisque tout au long de la carrière, il suit des formations et subit des contrôles de connaissances sur des procédures normales et des procédures en cas d’urgence avec, chaque année, un exercice en ligne et deux sur simulateur. Latifa Fadouach a commencé ses vols sur le Boeing 727 avant de passer au 737 sous toutes ses variantes. Il a fallu cependant attendre pour devenir commandant de bord. «Il faut cumuler 4 000 heures de vol, mais tant qu’il n’y a pas de départs en retraite et tant que la flotte aérienne est maintenue, on reste toujours à la place droite, même si le nombre d’heures réglementaires est dépassé», explique-t-elle.

Le fait d’avoir un conjoint commandant de bord lui facilite la tâche

En 2005, une place se libère. La compagnie lance une offre de stage de formation. Latifa Fadouach est retenue et devient ainsi la troisième femme marocaine commandant de bord après Bouchra Bernoussi et feue Oumaima Sayeh.  
Au sol, Latifa Fadouach est une mère de famille normale avec trois petites filles. «Certes, avec mon travail, je ne suis pas toujours présente mais j’ai la chance d’être avec un conjoint également commandant de bord qui comprend les impératifs et les contraintes du métier». Et pour les enfants ? «On essaie de leur donner le maximum, mais il faut dire aussi qu’ils sont nés dans cet environnement et pour elles, il est tout à fait normal que papa ou maman s’absente souvent et doit quitter inopinément le soir ou le matin. On se permet toutefois de faire notre sport dès qu’on arrive». Le couple est d’ailleurs friand de sports alpins et ne rate pas une occasion pour aller skier avec les enfants. Latifa Fadouach reste passionnée de son métier et déclare qu’au-delà de la sensation de liberté et des sensations fortes qu’il procure, il faut toujours garder en tête que le pilote est là pour maîtriser l’avion et amener à bon port et en toute sécurité les passagers ou la marchandise qu’il transporte.