Laila Miyara, DG d’Arcane

Une ingénieure du BTP à  la tête des femmes chefs d’entreprises. Ingénieure diplômée
de l’Ecole Hassania des travaux publics, elle milite à  l’Afem depuis 2001. En plus de son bureau d’études, elle a investi dans l’édition et le tourisme.

Depuis ce jeudi 14 juin, l’Association des femmes chefs d’entreprises (Afem) connaît sa nouvelle présidente. Ingénieure de formation, Laila Miyara, c’est d’elle qu’il s’agit, est membre de l’association depuis 2001. De membre actif à secrétaire générale en passant par les diverses commissions, elle a travaillé sur plusieurs dossiers, animée par la fibre associative.

Quand la jeune Laila décroche son Bac sciences expérimentales en 1980, elle est loin de se douter du chemin que prendra sa carrière. Avec ses bonnes notes en sciences de la vie et de la terre, elle se destine tout naturellement à la pharmacie avec l’ambition de poursuivre ses études en France. Pourtant, le destin en décidera autrement. «Nous étions quatre filles à avoir déposé un dossier de candidature pour des études de pharmacie à Nantes. Mon dossier n’ayant pas été acheminé à temps à l’université, je n’ai pas pu partir contrairement aux trois autres filles qui ont toutes été acceptées», se souvient-elle. Elle postule alors pour le concours de médecine au Maroc mais ne se présente pas à l’examen le jour J. Au lieu de cela, elle passe le concours de l’Ecole Hassania des travaux publics qu’elle réussit haut la main. Au bout de la quatrième année, Laïla se spécialise en génie civil, branche très demandée après un deuxième concours pour accéder au cycle long de l’école qui dure 2 ans de plus. C’est pendant cette période estudiantine qu’elle rencontre son futur mari, architecte de formation, et convole en justes noces à peine un mois après leur première rencontre, en 1986.

Elle a créé sa première entreprise à 23 ans

A 23 ans donc, mariée et diplôme d’ingénieur en poche, Laila monte son propre bureau d’études et travaille sur le calcul de structure, les plans de béton armé et les études d’impact. Pourtant, le milieu résolument masculin dans lequel elle évolue ne la favorise pas. «A l’époque j’étais très jeune. Le simple fait d’aller sur le chantier signer des bons de coulage et expliquer aux ouvriers la manière de procéder pouvait susciter des moqueries de leur part», raconte-t-elle. Mais à force de persévérance et avec l’aide de son mari pour qui elle réalise les études de structure de tous ses projets, elle finit par se faire accepter.
En 1993, Laila Miyara se voit offrir le poste de directrice de l’Institut supérieur des technologies appliquées de Mohammédia (ISTA). Débute alors pour elle une expérience qu’elle qualifie d’unique sous l’ère de Mounir Chraïbi, alors DG de l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT). «Je me retrouvais dans mon élément avec une équipe dynamique, ce qui nous a permis de faire beaucoup de réalisations comme la signature d’une convention avec l’Université technologique de Belfort».

A Mohammédia également, elle crée l’association la Kasba pour les enfants des rues en 1998 qu’elle préside pendant 7 années de suite jusqu’à son déménagement à Casablanca, et sera membre fondateur de l’Association des femmes chefs d’entreprises de Mohammédia (ASOFEM) en 2000. C’est d’ailleurs grâce à cette association qu’elle sera approchée par Soraya Badraoui, actuelle présidente sortante de l’Afem, et rejoindra l’association nouvellement créée. La formation purement scientifique qu’elle a eue n’empêche pas Laila Miyara d’avoir des inspirations littéraires. Pour réaliser ce rêve, elle change le nom et l’objet d’une société qu’elle avait créée en 1989 et en fait une société spécialisée dans l’évènementiel culturel et la communication, Arcane, qui produit le magazine bimestriel Labyrinthes : villes du Maroc.

Eternelle étudiante, Laila Miyara ne rate pas une occasion pour suivre des formations un peu partout dans le monde. C’est ainsi qu’elle se rend en Suède où elle suit en 1998 une formation en économie de la formation professionnelle. En 2000, elle décroche un MBA de l’Ecole Ponts et Chaussées et un master en consulting, en 2003, de l’Ecole Polytechnique de Paris. Aujourd’hui, Laila Miyara s’occupe toujours de son métier de base à travers la société «Smart Contractor» de maîtrise d’ouvrage délégué qui prend en charge le pilotage, la coordination et l’ordonnancement de projets jusqu’à la réalisation clés en main en pouvant intervenir sur n’importe quelle étape du processus. Elle s’investit également dans le tourisme à travers Bo Resorts, société d’exploitation de maisons d’hôtes.

Son combat : la parité des genres

Le programme de la nouvelle présidente de l’Afem portera sur quatre axes principaux. Le premier concerne le service aux membres qui reste primordial aux yeux de Laila Miyara à qui il importe de fournir cette valeur ajoutée aux adhérentes de l’association. L’idée est la création d’un guichet unique au sein de l’Afem pour collecter toutes les informations disponibles, par exemple sur les programmes nationaux et essayer d’en faire un interlocuteur privilégié pour les adhérentes de l’association. Ce guichet pourra ainsi guider et orienter les femmes dans leurs projets en leur fournissant toutes les données dont elles auront besoin et en les orientant vers le programme qui leur correspond le mieux. A terme, les institutions concernées pourront venir aider dans la sélection de dossiers au sein de l’Afem et ainsi le dossier aura reçu leur aval avant même d’être transmis.

Le deuxième axe vise à orienter les entreprises vers l’innovation et à la sensibilisation aux enjeux des droits d’auteurs et à la propriété intellectuelle. L’accompagnement de la régionalisation avancée vient en troisième lieu des préoccupations à travers la participation directe dans la prise de décision. La représentativité dans les centres de prise de décisions sera le quatrième axe de la stratégie de l’Afem pour, à terme, créer plus d’entreprises féminines et appliquer la parité des genres telle qu’énoncée dans les statuts du pays.