La mémoire vivante de la météo

Sa famille voulait qu’il soit médecin. Il fera deux années à  la fac de médecine avant de virer de bord.
Grà¢ce à  une subvention de l’Etat,
il poursuivra des études de météo en Tunisie d’où il reviendra ingénieur en 1978.
Il est un des premiers présentateurs météo à  la télévision nationale.

Mohammed Bellaouchi est familier du petit écran pour avoir été un des premiers présentateurs météo à la télévision nationale. En fait, il aurait dû être une vraie vedette. Non seulement parce qu’il connaît bien son sujet, puisqu’il compte parmi les premiers ingénieurs météo du Maroc – ce qui est exceptionnel en soi – mais aussi parce qu’il a été parmi ceux qui ont initié le public marocain à la prévision météorologique et le commentaire sur le climat, d’une manière plus générale.
Par ailleurs, Mohammed Bellaouchi est fonctionnaire de la météorologie nationale, mais aussi son responsable de la communication. Il est surtout la mémoire vivante des évolutions qu’a connues la prévision météorologique. Ironie du sort, il a failli ne jamais connaître cette spécialité. En effet, il a commencé par suivre des études de médecine et son grand-père paternel, comme toute sa famille d’ailleurs, ne lui ont sûrement pas pardonné d’avoir viré de bord.
Mais commençons par le commencement. Né à Oujda en 1952, Mohammed est l’aîné d’une fratrie de 6 frères et sœurs. Comme les enfants de sa génération, il connaîtra le m’sid avant d’atterrir à l’école à sept ans, comme tout le monde à l’époque. En 1971, il est bachelier section Sciences expérimentales. C’est alors que va commencer pour lui une période dont il n’appréhendait certainement pas toute la difficulté. Sa famille veut le voir suivre des études de médecine et c’est tout naturellement qu’il se plie à cette volonté, notamment à celle de son grand-père paternel, le modèle le plus marquant de son enfance. Il s’inscrit donc à la faculté de médecine et de pharmacie de Rabat. Il tiendra deux ans avant de se rendre à l’évidence : le métier d’Hippocrate était certainement le plus noble du monde, mais que ce n’était pas sa tasse de thé. Il va alors être pris dans un tourbillon qui a failli lui faire arrêter très tôt les études.
Ce n’est qu’en 1974, après un intermède comme délégué médical, qu’il va se reprendre en main. Grâce à un présalaire versé par le ministère de l’équipement, dont dépendait la direction de la météorologie à l’époque, il s’envole pour la Tunisie où il est admis à l’Ecole de l’aviation civile et de la météorologie qui forme aussi bien les pilotes et les navigateurs aériens que les ingénieurs météo. Au bout de quatre années, il en sort avec un diplôme d’ingénieur météorologiste et revient au pays. Nous sommes en 1978.

25 DH pour chaque bulletin météo télévisé
Comme le stipulait le contrat type qu’il avait signé avec l’Etat – il devait rester fonctionnaire durant au moins huit années en contrepartie du présalaire qu’on lui avait versé durant ses études -, Mohammed Bellaouchi est affecté à l’aéroport de Casa-Anfa où il est chargé de la prévision aéronautique. Sa mission était de déterminer les zones de turbulence ou de givrage ou encore les cisaillements de vents à éviter par les pilotes.
Quand il prend son poste, son chef, un ingénieur français, lui donne un crayon et une gomme en lui disant: «Jeune homme, voilà votre gagne-pain». Quel ne fut son étonnement, lui qui s’attendait enfin à travailler sur les ordinateurs auxquels il avait été initié durant ses études et qui permettaient de réaliser des modélisations météo, selon les régions du monde. Il lui faudra attendre pour pouvoir travailler sur les modèles numériques grâce à la grosse machine capable d’effectuer 54 milliards d’opérations à la seconde, dont sera dotée la direction bien plus tard.
En 1980, il est promu et passe à la prévision générale. Mais c’est en 1981 que Mohammed Bellaouchi va faire ses premiers pas dans le monde magique du petit écran. Il participera aux premiers bulletins météo à Aïn Chok, dans les locaux de l’antenne locale de la TVM. Il se rappelle qu’il secondait le directeur de la météorologie nationale de l’époque qui officiait aussi bien à la radio qu’à la télévision. Ce fut une période riche et Mohammed Bellaouchi se rappelle qu’il recevait
25 DH d’indemnité par bulletin mais qu’il avait à sa charge la coupe de cheveux et le séchoir. C’est là un point qu’il aime à préciser car, dit-il, «tout le monde pense que nous étions grassement payés par la télévision, ce qui est complètement faux. En outre, nous n’étions pas dispensés de notre tâche de fonctionnaires».
Il suivra par la suite des stages à Antenne 2 et à TF1 où il croisera un monstre de la télévision du nom de Michel Chevalet.

En 1988, il revient aux études pour un diplôme en hydrologie
Parallèlement, la carrière de Mohammed Bellaouchi se poursuit puisqu’il sera nommé responsable de la prévision météorologique puis chef de la division de la planification générale et des études. En 1988, une opportunité s’offre à lui dans le cadre de la formation continue. C’est le gros lot puisqu’il passera une année à l’Ecole polytechnique de Lausanne où il préparera un diplôme en hydrologie. A son retour, on lui confie la coopération internationale au sein de la direction de la météorologie nationale. Avec tout cela, Mohammed Bellaouchi enseigne sa discipline et nombre de cadres de la direction de la météorologie nationale ont été ses élèves.
Sa grande fierté, c’est d’avoir connu la grande mutation de cette direction et les grands programmes qu’elle a initiés, comme le fameux «Ghayt». Au moment de son arrivée, la prévision se faisait rarement et difficilement sur 3 jours et, durant des années, le public n’a eu droit qu’à la prévision du jour. Aujourd’hui, avec les progrès de la modélisation et des calculs, la direction peut avoir une idée du climat dans un horizon de 5 à 7 jours. Une révolution qu’il a vécue et à laquelle il a participé.