Khalid Safir, secrétaire général du ministère des finances

Un parcours académique prestigieux : Bac à  17 ans, prépas, Ecole Polytechnique de Paris, INSAE. C’est auprès de Mohamed Kabbaj, Mohamed Hassad et Mounir Chraibi, qu’il s’est aguerri.

Ceux qui l’ont côtoyé de près ou de loin ne tarissent pas d’éloges à son égard. On le décrit tour à tour comme courtois, poli, intelligent et compétent. Khalid Safir, nouveau secrétaire général du ministère des finances, depuis le 5 janvier dernier, se caractérise par deux autres qualités : la sérénité et un souci constant du service public. Il faut dire que ce polytechnicien, natif de Settat en 1967, a mis ses compétences, depuis son premier job décroché en 1993 jusqu’à nos jours, au service de l’administration publique. Avant sa dernière nomination, il a été tour à tour cadre à l’ex-Office d’exploitation des ports (ODEP) (actuellement Marsa Maroc), directeur au sein de la Trésorerie générale du Royaume (TGR) chargé de la paierie principale des rémunérations (PPR), gestionnaire de projets au ministère des finances et haut cadre de l’autorité. «A l’époque où j’étudiais à Paris au sein de l’Ecole polytechnique aussi bien qu’à l’Ecole nationale de la statistique et de l’administration économique (INSAE), plusieurs hauts cadres de l’administration marocaine venaient nous sensibiliser sur les opportunités et l’intérêt qu’il y avait de faire carrière dans le secteur public», se rappelle Khalid Safir. En prenant le chemin du retour vers son pays en juillet 1993, bardé de diplômes français, il savait ce qu’il allait faire puisque son premier emploi était déjà négocié avec l’ODEP.
Mais revenons un peu en arrière pour déceler les contours d’un personnage dont le caractère est façonné dès la prime jeunesse par la famille, particulièrement le père. Agent de la conservation foncière, il était très sourcilleux quant à l’éducation de ses enfants. Il leur serinait que la clé de la réussite sociale passait par de bonnes études. Il n’avait pas tort : Khalid Safir, l’aîné de deux frères et d’une sœur, est un brillant élève issu du quartier populaire Al Hank, à Casablanca. Bachelier à 17 ans en sciences mathématiques, il est lauréat en 1987 de la première promo des classes prépas marocaines aux grandes écoles, version marocaine, précisément au lycée Mohammed V de la capitale économique. Le chemin est tout tracé pour le jeune Khalid : le concours aux grandes écoles françaises passé avec brio, le voilà en juillet 1988 à Paris, pour faire l’Ecole Polytechnique. Il se rappelle d’un seul souvenir de cette époque : la France est faite pour les études, pas pour y vivre. «C’est subjectif, admet-il. Mais je suis quelqu’un de très attaché à la famille et au pays». Il faut dire qu’un trio de polytechniciens ayant fait la même école, Mohamed Hassad, Mounir Chraibi et Mohamed Kabbaj, surveillaient de près son parcours. Et c’est Chraïbi, à l’époque, chef de division en charge de la gestion financière du port de Casablanca au sein d’un ODEP, dirigé par Hassad, qui fait appel à lui en septembre 1993.

C’est dans la gestion des ressources humaines qu’il s’éclate et forge son talent

L’autre polytechnicien, Mohamed Kabbaj, ministre des finances dans le gouvernement Filali, lui aussi veille au grain. Il fera appel à lui en mars 1995, pour une mission bien précise : suivre le dossier de la modernisation de son département. Rattaché au secrétaire général Abdelfattah Benmansour, Khalid Safir s’y investit comme s’il s’agissait d’une affaire personnelle. Il récoltera les fruits de sa persévérance. Son travail était si convaincant que le secrétaire général, une fois devenu directeur de la Trésorerie du Royaume, en marge de l’arrivée aux commandes du gouvernement Youssoufi en 1998, le débauche pour s’occuper de la gestion des ressources humaines. C’est là, en tant que directeur de la PPR (ex-Doti), organisme chargé de la paie des fonctionnaires, civils et militaires, que Khalid Safir fait ses armes. «Avant j’étais consultant auprès du secrétaire général et, là, j’avais une autonomie et je me suis éclaté dans mon travail. Sans prétention, j’avoue que j’y ai formé une bonne équipe de travail et les résultats obtenus ont été à la hauteur des attentes», se félicite- t-il. Il fallait gérer 700 000 bulletins de paie, lutter contre les niches de corruption, et, surtout, mettre un terme au surendettement qui frappait de plein fouet les fonctionnaires. Il avait constaté que certains fonctionnaires n’avaient plus que 500 DH pour vivre tout un mois, une fois les échéances de crédit remboursées. «Indécent», s’indigna-t-il. «En collaboration avec les sociétés de crédit, nous avons porté ce seuil à 1 500 DH, c’est le minimum pour qu’un fonctionnaire puisse parer à l’essentiel dans sa vie de tous les jours», souligne Khalid Safir. Un autre travail à mettre à son crédit au sein de la TGR, l’assainissement des archives comptables du personnel de l’Etat (soit 900 000 dossiers pour un coût de 8 MDH). Ce n’est pas rien.

De la PPR à la préfecture, le saut dans l’inconnu

Tout cela n’était qu’un début. Une autre expérience tout aussi passionnante attendait Khalid Safir. En octobre 2006, il est nommé par le Souverain gouverneur de la préfecture El Fida-Mers Sultan à Casablanca. Un polytechnicien et financier agent d’autorité ? C’est dans l’air du temps : Chakib Benmoussa, ministre de l’intérieur de l’époque, n’était-il pas lui-même ingénieur comme bien d’autres confrères ? M. Benmoussa n’est d’ailleurs pas étranger à cette nomination. Toujours est-il que ce changement de cap n’est qu’apparent : «A la TGR, j’étais confronté aux citoyens endettés. Comme gouverneur, j’étais confronté aux citoyens tout court. Il fallait savoir comment satisfaire leurs attentes et ne pas décevoir leurs espoirs. J’ai développé une conviction personnelle durant cette expérience : il faudra davantage de décentralisation pour mieux servir le citoyen», confesse Khalid Safir. Ça a duré quatre ans. Le 6 janvier dernier, il est revenu à ses premières amours : la finance, comme secrétaire général, gardien du temple.