Karim Nourreddine, DG d’Industrie d’alimentation animale moderne

Titulaire d’un diplôme d’ingénieur en agro-économie et d’un Phd, Karim Nourreddine a jusque-là  fait toute sa carrière dans le secteur des aliments composés. Au début de sa carrière, il a fait profil bas avant de gravir les échelons dans l’entreprise dont il est actuellement le DG. Son expérience a convaincu ses pairs de l’élire président de l’association sectorielle.

Nombre de gestionnaires de talent ont constitué une expertise dans des domaines extrêmement variés. Karim Nourreddine est l’un d’eux. Ce spécialiste de l’agro-économie croit fermement à la valeur du travail et de l’effort. En 1983, alors qu’il finissait ses études à l’Ecole des ingénieurs en agro-industrie de Cergy en France, il a cherché vainement un stage rémunéré pour se constituer un petit pécule et surtout pour affiner sa formation. Quand le patron de l’époque d’Industrie d’alimentation animale moderne (INAAM), entreprise de fabrication d’aliments composés pour animaux d’élevage dont il est aujourd’hui le DG, lui fait comprendre que les stagiaires sont souvent ingrats «car ils quittent sans se retourner et souvent sans dire merci», il ne se décourage pas pour autant. Karim Nourreddine accepte sans ciller d’y passer quelques mois comme simple ouvrier pour se familiariser avec l’activité de production et distribution. Preuve de sa soif d’apprendre, le fait qu’il devait faire le trajet entre Berrechid où sa famille était établie, et Casablanca en motocyclette, une Peugeot 103, le lui fit aucunement peur. Tout cela pour 1600 DH par mois.

En regardant dans le rétroviseur, le DG d’INAAM doit avoir la satisfaction d’avoir accepté de faire preuve d’humilité. Le secteur n’a plus aucun secret pour lui. Et pour cela, il est choisi par ses pairs pour présider l’Association des fabricants des aliments composés.  

Même avec ses diplômes, il a accepté de commencer comme chauffeur de camion

Karim Nourreddine est né en 1960 dans une famille moyenne qui compte sept frères. Le père est petit agriculteur et la mère femme au foyer. Après des études au lycée Jaber Ibn Hayane où il a eu un bac option «économie» en 1979, il bénéficie d’une bourse pour une formation d’ingénieur en agro–économie à Cergy Pontoise. Cela n’a pas été de tout repos car il a dû faire de petits boulots pour joindre les deux bouts.
Karim obtient son diplôme en 1984 et s’attaque à un DESS en administration des entreprises à Rouen. Sur place, il ne trouve pas de stage rémunéré. Et comme le patron d’INAAM avait promis de l’embaucher une fois ses études terminées, il revient au bercail. Quand il débarque, la société comptait 250 salariés et réalisait un chiffre d’affaires de 200 MDH. Même avec tous ses diplômes, il doit encore ronger son frein. Tour à tour, il est conducteur de camion, contremaître… Son abnégation finit par convaincre le patron de l’époque qu’il méritait mieux.

Il le nomma alors attaché de direction, poste qu’il a occupé jusqu’en 1989. A ce moment-là, une belle opportunité se présente à lui : son employeur accepte de prendre en charge le financement de son PhD à Perdue University dans l’Indiana et lui verse tout son salaire pendant une année. A son retour au bout d’une année, il est nommé directeur technique. La balle est maintenant dans son camp. Sous sa direction, les méthodes de travail et de production sont optimisées. De 80 000 tonnes, la capacité passe à 200 000 tonnes par an, ce qui fait d’INAAM la première unité en termes de production. Quatre ans plus tard, on lui confie le poste de directeur général. Son travail paie et l’entreprise ravit la vedette aux 15 concurrents en s’adjugeant 35% du marché.

Quelques années plus tard, Karim Nourreddine fait ses cartons à la suite d’un désaccord avec la direction sur la stratégie à mener. Des investisseurs lui proposent alors de monter Alf Sahal, une société spécialisée dans l’aliment composé qui a nécessité une enveloppe de 160 MDH.
Des études de marché à l’achat du terrain jusqu’à l’installation de l’outil industriel, il s’occupe de tout. L’aventure va durer trois ans au bout desquels Karim jette encore l’éponge. On n’en saura pas plus à ce sujet, mais toujours est-il que les mêmes entrepreneurs lui proposent en 2003 la direction d’El Alf, une autre société de fabrication d’aliment composé basée dans la région de Fès, et Couvnord, un couvoir installé à Immouzer Kandar. Deux unités en difficulté, avec 700 emplois en jeu.

Encore une fois, il va se donner à fond. Il réorganise l’équipe commerciale, revoit la qualité et relance la production. Une année lui suffit pour que les comptes passent au vert. De 4 000 tonnes, la production franchit la barre des 11 000 tonnes. En deux ans (entre 2003 et 2005), il parcourt près de 200 000 km entre les deux unités et les allers et retours pour voir sa famille. Comme ses enfants grandissaient et réclamaient plus de proximité, il n’hésite pas à répondre aux sollicitations des propriétaires d’INAAM. Là encore, il trouve une situation compliquée. Quand il reprend l’entreprise en 2005 les équipes sont démotivées, la maintenance est négligée et la production est au plus bas, à peine 30 000 t. En une année, la machine est relancée et le chiffre d’affaires atteint aujourd’hui à 1,2 milliard de DH. Et ce n’est pas tout, car Karim Nourredine travaille actuellement sur une stratégie qui consiste à attaquer l’alimentation de bétail.

Il explique : «L’aliment des volatiles connaît une petite croissance de 5% bon an mal an. Dans le même temps, nous ne couvrons que 7% de l’aliment de bétail tous concurrents confondus». Le chemin est tout tracé.