Jamal DADI a été l’un des artisans de l’émergence du microcrédit au Maroc

Après une licence au Canada, sans ressources, il tente l’aventure en allant préparer un master aux USA.
Pnud, Usaid, Millenium Challenge corporation… , sa vie professionnelle a été jalonnée de projets de développement.
La micro-finance, il connaît très bien. A l’Usaid, il a contribué à  la création de l’Association Al Amana, un des leaders du secteur.

Jamal Dadi, l’actuel délégué général de la Fédération nationale des associations de microcrédit (FNAM), a, depuis le début de sa carrière, baigné dans le milieu des organisations non gouvernementales  à travers ses différents employeurs, le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud), l’Usaid et le Millenium Challenge corporation. C’est l’exemple même de l’expert qui, après avoir servi les donateurs et bailleurs de fonds, a atterri du côté des associations bénéficiaires. Son poste actuel n’est pas dû au hasard car il a été responsable du programme micro-finance à l’Usaid, qui a été parmi les promoteurs d’Al Amana.

Sa thèse sur l’ONU lui a ouvert les portes des institutions internationales

La vie de Jamal Dadi n’a pas été «un long fleuve tranquille» car il a fallu se placer sur l’orbite de la brillante carrière qui allait être la sienne. Jamal est né à Dakar en 1961, Abdelkader, son père, ayant choisi, comme beaucoup de Marocains à l’époque, d’aller exercer ses talents de commerçants en tissus en Afrique subsaharienne. Mais ce n’est qu’un petit épisode car la famille va vite revenir à Casablanca et c’est au lycée Mohammed V que le jeune Jamal va obtenir un bac «sciences éco» en 1980. Jamal Dadi porte déjà en lui l’ambition d’aller achever ses études à l’étranger. Il choisit le Canada, et plus précisément l’Université Laval du Québec, à la faveur d’une convention qui admettait les Marocains dans les universités de ce pays dans les mêmes conditions que les autochtones. Il se rappelle qu’il devait payer l’équivalent de 10 000 DH pour chaque année d’études tout comme la trentaine d’étudiants marocains qui avaient fait le même choix. Il a bien eu droit à une bourse marocaine, mais pour le reste il ne devait compter que sur lui-même.
Quand il obtient sa licence en économie en 1985, il est confronté à un dilemme : s’envoler pour les Etats-Unis pour un master ou rentrer chez lui pour trouver un job au Maroc. Le choix va être très difficile car les ressources commençaient à manquer cruellement. Et, justement, Jamal Dadi voulait rentrer au pays comme nombre d’étudiants qui succombent à la facilité. Mais il prit la décision d’aller à l’aventure. Il prit un billet de train avec le peu d’argent qui lui restait. C’est au bout des douze heures de voyage qui l’ont mené à New York que les difficultés vont commencer car il fallait payer les études et subvenir aux besoins primaires, entre autres le logement et la nourriture, avec la difficulté supplémentaire de réussir au test d’anglais, le fameux Toefel. Heureusement qu’au Hunter College, il aura droit à beaucoup de facilités comme un travail rémunéré à la bibliothèque de la faculté. Sans cela, il n’avait aucune chance de réunir les 5 000 dollars de droits annuels d’inscription. Mais, pris en tenaille par son travail à la bibliothèque le jour et son job de serveur dans un café le soir, il ne put suivre régulièrement ses études. Et c’est pour cela qu’il n’obtient son master en économie qu’en 1989.
Jamal Dadi va, après cette période éprouvante, avoir l’idée judicieuse de trouver un emploi sur place. Comme sa thèse porte sur l’ONU, il va se faire remarquer par de hauts fonctionnaires du Pnud. Sa carrière va alors démarrer sur les chapeaux de roues. Après une courte période à New York, il est envoyé en République démocratique du Congo comme assistant technique au coordinateur, après avoir fait ses premiers pas dans la gestion des programmes destinés à l’Afrique puis aux pays arabes. Tout ira vite, et sa mission au Zaïre sera écourtée par des troubles en 1992. Aussitôt après, il quitte le Pnud pour l’Usaid qui l’envoie à son bureau de Rabat dont il était devenu conseiller principal à son départ en 2007. C’est là qu’il travaille sur plusieurs dossiers comme le tourisme rural, l’artisanat mais aussi le chantier du lancement de la microfinance au Maroc et notamment la création de l’Association Al Amana, un des leaders du secteur.

Du côté des donateurs, ensuite, avec les bénéficiaires de fonds

M. Dadi rejoint ensuite le programme américain Millenium Challenge corporation (MCC) qui le convainc de suivre d’autres projets. Il est en charge notamment de l’arboriculture dotée d’un budget de 300 millions de dollars (2,4 milliards de DH) et du volet services financiers qui bénéficie de plus de 46 millions de dollars (368 MDH). Quand, en été 2009, on lui propose le poste de délégué général de la FNAM, il n’a pas hésité. D’abord, comme il le dit : «Je suis loin d’être dépaysé car c’est l’un des domaines sur lequel je me suis beaucoup investi quand j’étais du côté des donateurs. Ensuite, parce que ce secteur qui est en train de se professionnaliser va connaître plusieurs développements».
Aujourd’hui, le secteur est en plein boom avec 1,3 million de clients actifs et 5,5 milliards de DH d’encours de micro-prêts. Mais quand on s’inquiète du fait que le taux d’impayés dans la micro-finance soit passé si rapidement de 2% à 11% ces deux dernières années, Jamal Dadi se veut rassurant : «Il s’agit là d’une correction de tendance qui n’a rien d’alarmant et qui a été observée un peu partout dans le monde». Avec le bagage acquis dans la gestion des programmes de développement, ses idées seront certainement utiles pour maintenir l’activité sur le bon chemin et, pourquoi pas, construire un nouveau modèle de développement pour le secteur au Maroc.