Jalil Benabdillah : Son entreprise fait partie des fleurons de la technologie en France

Très tôt orphelin de père, il réussira à  mener ses études jusqu’au bout et sera docteur en physique des matériaux.
En 1999, il crée en France SDtech, spécialisée dans le traitement des poudres ultrafines pour le compte de l’industrie.
Au début, installée dans un hangar, l’entreprise deviendra un laboratoire reconnu.

Il y a des idées qui valent leur pesant d’or. Jalil Benabdillah, PDG de Solides divisés technologies (SDTech), société industrielle spécialisée dans la micronisation, l’analyse et le traitement à façon des poudres fines et ultrafines, installée à Alès, en France, en a eu une de juste, en 1999, à l’issue des longues études qu’il a suivies à l’Université des sciences et techniques de Montpellier. En effet, il s’était mis en tête, dès le départ, qu’il ne travaillerait que pour lui-même et son obstination a payé. Mais revenons un peu en arrière.
Jalil a vu le jour en 1966, dans la nouvelle médina de Casablanca, dans le célèbre quartier populaire Bouchentouf. Il est l’avant-dernier d’une famille de onze enfants et dont les parents, originaires de Tafilalet, étaient venus s’installer à Casablanca dans les années quarante. Un foyer qui allait être durement éprouvé par la mort du père, qui exerçait le métier de commerçant, alors que Jalil avait à peine 11 ans. Mais rien ne le détournera de ses études. Après l’école primaire, c’est au collège Al Fida puis au lycée Moulay Abdallah qu’il fit un parcours sans faute couronné par un bac «siences maths» en 1985. Cette année est importante, car c’est durant celle-ci que les prépas nationales ont commencé. Mais Jalil et quelques-uns de ses amis, dont son actuel associé Aziz Aït Amer, n’étaient pas du tout rassurés sur la bonne organisation et la reconnaissance du cursus en France. Ils décidèrent alors d’envoyer leurs dossiers directement aux écoles françaises. Il sera admis à Amédée Gasquet à Clermont-Ferrand où il va faire math sup et math spé.

Son projet est dès le départ adoubé par un fonds de capital-risque de Montpellier

Mais, au bout des deux années de prépas, il n’a pas pu accéder à la grande école de ses rêves. Il décide alors de refaire la deuxième année. C’est donc en 1988 qu’il rejoint l’Ecole des mines d’Alès, à 70 km de Nîmes. Certes, sa famille le soutient car la bourse mensuelle de 900 DH qu’il perçoit est insuffisante, mais il est aussi contraint et forcé de faire quelques petits boulots pour joindre les deux bouts. Ce n’est que plus tard que les choses vont s’améliorer et c’est ce qui va le décider, après son diplôme d’ingénieuren sciences des matériaux, de s’inscrire à un DEA en 1991/92 puis au doctoratentre 1993/96 à l’université des sciences et techniques de Montpellier.
Une fois le cursus et les stages terminés, il décide de rester dans la région et de créer son entreprise en capitalisant sur ses connaissances en sciences et  technologies des poudres fines et ultra fines. En fait, se rappelle-t-il, l’idée lui trottait dans la tête dès la troisième année de l’Ecole des mines. Il fera tout de même un petit crochet où il choisit «un stage d’ouvrier», au groupe OCP, dans les mines de Khouribga. Juste après, il choisit l’incubateur de l’Ecole des mines pour lancer son entreprise. Parmi ceux qui l’avaient encouragé, il y avait un certain Rachid Benmokhtar, à l’époque président de l’Université Akhawayne, venu en France pour un colloque et à qui il avait présenté le projet. Mais il fallait trouver de l’argent et c’est vers la Soridec, société de capital-risque de la région du Languedoc-Roussillon, à Montpellier, qu’il se tourne. Et contre toute attente, cette dernière prend une participation de 23% dans le capital, correspondant à un montant de 68 000 euros. Lui et son associé et «ami de toujours», comme il aime à le dire, vont emprunter 15 000 euros chacun.La somme réunie n’étant toujours pas suffisante, ils ont pu la compléter par des prêts d’honneur. Ils démarrent l’activité dans un hangar en redoutant que les clients viennent leur rendre visite. Le cœur de leur métier est de livrer de la poudre ou encore de l’oxyde de titane dont la taille des particules se calcule en microns (0,4 ou 0,8 millionième de mètre).

SDtech travaille pour les entreprises de cosmétiques comme pour les cimentiers

Le démarrage est laborieux, mais très vite, leur portefeuille va compter de gros clients dont Lafarge ou encore Rhodia Saint Gobin ou, un peu plus tard, des laboratoires de cosmétiques comme L’Oréal. La première année, le chiffre d’affaires est d’à peine 30 000 euros, contre plus d’un million aujourd’hui. En 2005, avec l’aide des autorités d’Alès, ils investissent 1,3 million d’euros dans une usine, dont     800 000 euros pour les bâtiments et 500 000 dans les équipements. Le succès ne se fait pas attendre et SD Tech croule sous les commandes tout en veillant aux différents stades de production d’une matière première spécifique et avec une clientèle aussi tatillonne, aucune erreur n’est tolérée. Parmi les donneurs d’ordre, il y a, par exemple, le groupe Bolloré qui travaille sur la voiture propre.
Aujourd’hui, SDTech est en plein essor et fait partie du top ten des entreprises de la région du Languedoc-Roussillon. Et  SDTech n’arrête pas de s’agrandir. D’ici à la fin de l’année, une enveloppe de 2,6 millions d’euros sera investie dans une plateforme technologique adaptée à l’activité de service et de R&D, en partenariat avec d’autres partenaires européens.
Jalil Benabdillah s’active aussi sur d’autres projets, comme la recherche et le développement pour le compte d’entreprises marocaines (managem,OCP…). Il trouve même le temps de faire du lobbying pour son pays. D’abord, dans l’associatif où il est dynamique dans ESN France (Erasmus student network) et puis à partir du poste de conseiller de la Chambre de commerce d’Alès où il est très actif.