Ingénieur en bà¢timent, il se découvre des talents en marketing

Diplômé de l’Ecole Mohammadia d’ingénieurs, il commence comme simple vendeur-livreur chez
Procter & Gamble.
Il passera chez Coca-Cola et Méditel où il continuera de pratiquer du marketing de terrain.
Nommé récemment DG de l’Office du tourisme, il se fixe pour mission de redorer le blason de la destination Maroc.

Que le privé aille chercher des compétences pointues parmi les fonctionnaires relève de l’histoire ancienne. Surtout qu’il n’a pas grand mal, sauf à de rares exceptions, à les persuader, à coup de salaires mirobolants et d’avantages, de rejoindre ses rangs. Mais que le secteur public se mette à recruter, dans le privé, des gestionnaires pour des postes-clés, c’est nouveau et c’est signe que l’Etat réalise que ses démembrements doivent répondre à des critères objectifs d’efficacité, de compétitivité et de performance.

Abdelhamid Addou fait partie de ces hauts cadres qui, après avoir fait leurs premières armes dans le privé, ont été «débauchés» par le public. Et pas n’importe quel secteur privé, puisque Abdelhamid Addou, qui vient d’être nommé à la tête de l’Office national marocain du tourisme (ONMT) a fait jusque-là toute sa carrière dans des multinationales.

C’est à Rabat que naît, en 1972, Abdelhamid Addou, aîné d’une fratrie de quatre enfants. Son père est un haut fonctionnaire et dirigera, à une certaine époque, les sucreries du Gharb. Le fils porte une telle admiration au père qu’il rêve très tôt de devenir ingénieur comme lui. Il est tout aussi naturellement attiré par les maths. Après un bac «C» (mathématiques) obtenu au lycée Descartes, en 1990, il s’attaque aux prépas, au sein du lycée Moulay Youssef. Il n’envisage pas d’aller en France ni ailleurs, dit-il.

«J’ai refait une année de prépas pour aller dans les grandes écoles d’ingénieurs, mais, au final, je me suis dit qu’il n’était pas judicieux d’aller chercher ailleurs ce que je pouvais trouver dans mon pays», explique-t-il.

La gestion d’un réseau de distribution n’a plus de secrets pour lui

C’est ainsi que Abdelhamid Addou a poursuivi ses études à l’Ecole Mohammadia d’ingénieurs (Emi) où il choisit l’option «bâtiments et ponts et chaussées». Dès qu’il obtient son diplôme, il envoie deux CV, l’un à Wafabank et l’autre à Procter & Gamble. Les deux établissements lui répondent favorablement, mais sa préférence va à la multinationale.

Il ne savait pas alors à quoi il s’exposait : le jeune ingénieur va en effet commencer par la vente directe aux épiciers. Il est si emballé par cette expérience qu’il passe son permis «poids lourds» pour conduire lui- même les camions destinés à la livraison. Il sillonne le pays pendant une année, vendant les produits aux détaillants de Tiflet, Kénitra, Khémisset…

Il en garde un souvenir des plus positifs : «Le diplôme n’est qu’un aspect du parcours d’une personne. Mais il faut se frotter à la réalité, aller sur le terrain, se familiariser avec le circuit. Sans cela, comment voulez-vous concevoir des méthodes d’optimisation de ce que vous ne connaissez pas. La pénibilité du travail ne diminue en rien la qualité de l’apprentissage et on en sort largement gratifié».

Après cette période qu’il juge «enrichissante», il va aller se frotter au marketing dans les points de vente de Casablanca pendant six mois. En 1998, on lui confie la gestion de deux régions : Khouribga et Safi. Il va commencer à grimper vite les échelons puisqu’en 2000 il dirige la vente de tous les segments sur Casablanca et la région du centre qui représentaient alors 50 % du business.

Il continue, pourtant, à faire du terrain tout en refondant la structure humaine qu’il gère, propose de nouvelles conditions commerciales aux partenaires et élabore des plans d’action annuels. Entre 2000 et 2002, il est responsable, au niveau national, de la grande distribution.

Et c’est à ce moment-là qu’une autre multinationale, en l’occurrence Coca-Cola, lui propose le poste de directeur marketing. Sa mission est alors de développer de nouveaux outils marketing, de superviser les équipes en poste chez les embouteilleurs, de manière à ce qu’ils améliorent leur rentabilité mais aussi pour qu’ils soient en mesure d’augmenter leurs ventes.

Dès qu’il rejoint Coca-Cola, Abdelhamid Addou va s’engager sur la négociation ou l’amélioration d’accords commerciaux avec les grandes chaînes comme Marjane, Métro ou encore McDonald’s. Il se rappelle aussi les contrats d’exclusivité signés avec des partenaires de poids comme Royal Air Maroc et Accor notamment. Il assurera la gestion de ces gros comptes jusqu’en 2005.

Son ambition : conquérir les marchés touristiques émergents
C’est alors qu’une autre proposition lui sera faite par Méditel. Il est pressenti pour le poste de directeur de Méditel, entreprise où il aura à diriger une équipe de 75 personnes pour concevoir, packager, commercialiser et installer des solutions. Ce fut le lancement du produit Néo et tous les développements qui l’ont accompagné.

Il se rappelle qu’à la fin de la période 2005- 2008, il sera étroitement associé à la préparation de la 3G et de produits comme le Blackberry. Au bout de son mandat, Abdelhamid Addou a la satisfaction d’avoir doublé le chiffre d’affaires du pôle dont il a eu la charge pendant trois ans.

Aujourd’hui, à peine quelques semaines après avoir pris en main les destinées de l’Onmt, qui compte un effectif de 260 personnes dont 110 à l’étranger (le budget global de l’Onmt est de 550 MDH), il envisage déjà d’ouvrir plusieurs chantiers en «capitalisant sur ce qui a été fait et de confirmer l’engagement sur la nouvelle dynamique de l’établissement».

M. Addou compte également introduire de nouveaux aspects managériaux pour augmenter la performance. «L’objectif étant d’augmenter nos parts de marché, cela se fera par la recherche de marchés “émergents” comme les pays du Golfe, la Russie et l’Europe de l’Est… Mais il y a aussi à faire en matière de tourisme responsable et dans toutes les niches pour soutenir la croissance du secteur». Vaste programme et nouveaux challenges en vue.