Ingénieur, diplomate, banquier, écrivain, élu communal…, un vrai touche à  tout !

Le jeune Rida croulait sous les prix à l’école comme au lycée militaire
de Kénitra.
Pour lui «c’était amusant d’être toujours le meilleur».
Il découvre le micro-crédit en 1998 et, depuis, il n’en sortira plus.

L’homme est-il d’abord un cœur ou un esprit ou les deux à la fois ? A regarder de près Rida Lamrini, ces questions viennent à l’esprit car l’homme présente la solidité du cérébral et la fragilité du sentimental, sans que l’on puisse déterminer quelle qualité domine l’autre chez lui.
Parcours riche que celui de cet homme pour qui la parole comme l’écriture apparaissent comme un acte de séduction au sens large, c’est-à-dire le besoin de convaincre, de fasciner et, quelque part, de conquérir.

Il choisit une formation d’ingénieur informatique alors qu’il est éligible aux écoles les plus prestigieuses

Issu d’une famille pauvre de Marrakech, le jeune Rida est très tôt pris en charge par son oncle, un personnage qui l’a marqué et pour qui il nourrit une grande affection. La vie ne sera pas toujours facile et le jeune enfant apprendra la logique implacable du mérite très tôt, sûrement avant l’école. Mais une fois en classe où l’on occupe un rang selon les notes obtenues trimestriellement, il va en être imprégné pour la vie. Et justement, au premier trimestre de sa première année d’école, il est assis parmi les dix derniers de la classe. A-t-il alors ressenti l’humiliation ou est-ce le besoin d’avoir l’affection qu’on dispense aux meilleurs qui a provoqué le déclic ? Il n’en sait rien, dit-il, mais dès le deuxième trimestre, il est 4e de la classe et, au troisième trimestre, il trône déjà au premier rang. Depuis, il ne voudra plus d’une autre place.
Rida Lamrini se rappelle cette époque avec une précision étonnante, et les détails de sa première tentative de fugue sont encore présents dans son esprit : il voulait aller à Casablanca à pied mais, dès l’approche du crépuscule, il dût rebrousser chemin, effrayé par une entreprise dont l’enfant qu’il était ne pouvait voir toute la démesure.
Plus tard, au lycée militaire de Kénitra, il apprendra la discipline en continuant à crouler sous les prix jusqu’au Bac mathématiques élémentaires obtenu en 1967. Curieusement, après les prépas au lycée Lyautey, il ne sera pas habité par l’inextinguible besoin d’aller dans les meilleures grandes écoles. Lui qui disait combien «c’était amusant d’être le meilleur» avait fait un autre choix : faire des études d’informatique. Il ira donc à Toulouse à l’ENSEEIHT d’où il sort ingénieur d’Etat en 1972.

De retour au Maroc, le jeune ingénieur système découvre qu’il n’est pas fait pour l’informatique

De retour au pays, il n’a que l’embarras du choix pour trouver un job et il préfère être ingénieur système à la CNSS, où il s’occupe de la maintenance des grosses «armoires» de l’époque et ne se frotte ni à la vie sociale ni politique du Maroc. Et tout d’un coup, au bout de quelques années, il fait une «énorme découverte» : il n’est pas fait pour l’informatique. Il s’inscrit alors au cycle supérieur de gestion de l’Iscae puis à la faculté de droit où il décrochera une licence en sciences politiques puis un DES en relations internationales. A 25 ans déjà, il avait compris qu’ «il fallait s’armer pour mieux comprendre la vie et l’environnement». Mais peut-être que, d’une certaine manière, maîtriser un domaine aussi intéressant que l’informatique n’ouvrait que des horizons limités dans le temps comme dans l’espace. Or lui voulait être associé à des missions plus globales et plus transversales. Et pour ce faire, il fallait se préparer.
Après deux années passées à la tête d’une entreprise de bâtiment, il passe le concours de conseiller économique du ministère des affaires étrangères et embarque pour le Canada où il reste en charge du poste durant huit années. A son retour au pays, il est recruté par la Banque centrale populaire, d’abord comme chargé de mission, entre 1991 et 1992, puis pour diriger une filiale de négoce international de la première banque du pays.
Avant de s’enticher de micro-finance, Rida Lamrini va écrire son premier livre : Le Maroc de nos enfants. Et c’est en 1998 qu’il découvre le micro-crédit. Depuis, il n’en sortira plus. Aujourd’hui, il préside encore la Fédération nationale des associations de micro-crédit (Fnam). Mais l’homme a une capacité de travail phénoménale. D’ailleurs, à un moment de sa vie, et à côté de ses innombrables activités, il a même trouvé le temps de jouer à la politique au titre de conseiller communal à la commune de Sidi Belyout (Casablanca). Aujourd’hui encore, il mène de front plusieurs missions : chef de cabinet du ministre du commerce extérieur et, depuis quelques jours, coordonnateur national de l’lPED ( Initiative pour la promotion de l’emploi et du développement), un programme doté de 10 millions de dollars sur 5 ans. Avec tout cela, il n’est pas prêt de lâcher le micro-crédit, un domaine où , dit-il, «je me retrouve pleinement, car quoi de plus exaltant que d’être associé à tout ce qui peut contribuer à la reconquête de la dignité humaine, menacée depuis toujours par la pauvreté et toutes les formes d’exclusion».
Il y a une chose que l’on ignore de Rida Lamrini, c’est qu’il est aussi homme d’affaires dans le matériel textile et la sécurité informatique. Pour se consacrer à tout ce qui l’absorbe, dit-il, il délègue la gestion des affaires familiales.
Rida Lamrini est-il un homme dispersé ou un anxieux qui a peur d’avoir le temps de se regarder ? Ce n’est surtout pas lui qui répondrait à la question. Une chose est sûre, c’est un bûcheur qui considère le travail non comme une besogne mais comme un espace de créativité et c’est là qu’il trouve l’assurance d’être utile. Mais c’est là aussi, et surtout, qu’il récolte la reconnaissance des autres qui permet de maintenir le cap et le degré d’implication qui est le sien