Ingénieur aéronautique, ministre, expert en éducation…, l’homme aux mille casquettes

Enfant, il rêvait de devenir professeur d’histoire et de géographie. Il crée deux sociétés avant d’être nommé au poste de ministre de l’éducation nationale, en 1995. Personnalité mondialement reconnue, il fait partie des 15 experts de l’Unesco chargés des grands programmes de sciences exactes et sciences humaines.

A66 ans, Rachid Benmokhtar Benabdellah, président de l’université Al Akhawayn, fait montre à la fois de la sérénité d’un sage et de la vitalité d’un tout jeune homme. Il s’en explique : «Regarder les choses avec distance ne s’oppose nullement au besoin de mettre la main à la pâte, au moment voulu, pour atteindre les objectifs qu’on s’est fixés».

Cet homme, qui a eu de grandes responsabilités, notamment en tant que ministre de l’éducation nationale, a en aversion toutes les formes protocolaires ou d’étiquette. Ses collaborateurs racontent que, très souvent, il accepte, contre leurs conseils, de recevoir sans rendez-vous ou encore des personnes qui l’accostent à son arrivée à l’université Al Akhawayn, dont il est président du conseil d’administration depuis 1998.

Il est à l’origine du cabinet d’ingénierie CID
De l’humour, il en a à revendre. Il confie d’ailleurs sans mystère comment il a été nommé à la tête de l’université. A l’issue de son mandat de ministre de l’éducation nationale, se rappelle-t-il, le défunt Roi Hassan II le reçoit et lui demande : «Alors, monsieur Benmokhtar, qu’allez-vous faire maintenant, avez-vous des projets?».

Pris au dépourvu, il lui répond : «Majesté, je vais me mettre tout de suite à la recherche d’un emploi». Ce à quoi le Souverain rétorque : «Mais, on ne sort pas du Palais pour aller chercher du travail !». C’était au mois de mars 1998. Trois mois plus tard, il était nommé président du conseil d’administration de l’université Al Akhawayn, à Ifrane.

Rachid Benmokhtar Benabdellah est né en 1942, à Marrakech, alors que ses parents sont tous deux originaires de Tanger. Les obligations professionnelles de son père, interprète, en avaient décidé ainsi. Douze ans plus tard, la famille retournera dans la ville natale des parents, et c’est au lycée Régnault, où le latin était une matière obligatoire, que le jeune Rachid découvre les mathématiques et obtient d’ailleurs un bac «mathématiques élémentaires», en 1961. Non seulement il décroche son diplôme avec mention, mais il est retenu pour la bourse d’excellence du consulat français.

Après des prépas au lycée Lyautey, à Casablanca, Rachid Benmokhtar va choisir des études en aéronautique, lui qui, enfant, rêvait de devenir professeur d’histoire et de géographie. Et c’est à l’Ecole nationale supérieure d’ingénieurs des constructions aéronautiques, à Toulouse, qu’il obtiendra son diplôme d’ingénieur. Il se souvient avec délectation de l’ambiance des études, de l’esprit d’émulation entre étudiants et même de la bourse de 450 FF de l’époque et qui, dit-il, représentait une «vraie petite fortune» dans les années soixante.

En 1967, le jeune diplômé, qui a enchaîné avec des études à l’International Institute for Management Development (IMD), en Suisse, et qui a même trouvé le temps de prendre des cours de droit et d’informatique, est recruté par IBM France pour lequel il travaillera de 1967 à 1973.

C’est alors qu’une belle opportunité va se présenter à lui, dont il saura se saisir. L’ancien patron du CIH, feu Omar Fassi Fihri, lui propose de créer sa propre entreprise. C’est ainsi que, avec six autres ingénieurs, il monte Informatique et Méthodes en Gestion (IMEG), avec un capital de 350 000 DH. Chacun des ingénieurs apporte 15 000 DH et le CIH participe à hauteur de 70 %.

L’entreprise connaîtra un tel succès qu’elle sera reprise par le ministère de l’équipement et rebaptisée, en 1983, CID (Conseil, Ingénierie et Développement), dont la direction générale sera confiée à Rachid Benmokhtar.

Bien avant la cession de l’IMEG, il sera associé, en 1978, à la création d’une autre société, en partenariat avec l’américain BP (Parsons Brinkerhoff), spécialiste de l’ingénierie, qui avait un contrat de 80 MDH pour réaliser, entre autres, l’étude du projet de ligne ferroviaire Marrakech-Laâyoune. Il cumulera alors deux fonctions, celle de gestionnaire de l’IMEG et de vice-président de BP Maroc, jusqu’à sa nomination en tant que ministre de l’éducation nationale, en 1995, date à laquelle il quittera les deux entreprises pour lesquelles il travaillait.

Il préside aussi l’Observatoire de l’INDH et la Fondation pour la nature et l’homme
Pourquoi ministre de l’éducation ? En fait, M. Benmokhtar est déjà connu dans ce domaine. Il a en effet, dès 1976, fait partie de l’équipe du Club de Rome qui travaille sur le projet «Learning», sous la direction de Mehdi El Mandjra.

En 1983, il sera nommé coordinateur de l’équipe de recherche chargée de la réforme de l’enseignement primaire et secondaire, charge qu’il cumule avec celle d’enseignant à l’Ecole Mohammadia d’ingénieurs. M. Benmokhtar a été également membre du conseil de l’école, puis membre du conseil de l’université Mohammed V de Rabat, avant d’entrer au gouvernement, en 1995.

Quand, en juin 1998, trois mois après la fin de ses fonctions ministérielles, il est nommé président de l’université Al Akhawayn, l’institution académique compte quelque 700 étudiants, 60 enseignants et son budget de départ tourne autour de 80 MDH. Pour l’année 2008-2009, l’université emploie 120 enseignants – chercheurs permanents, hors intervenants étrangers -, avec un budget de 220 MDH. Le plus difficile, explique M. Benmokhtar, a été la conception des programmes, les partenariats avec les autres universités, et la mise en place et la consolidation des différentes filières.

Avec toutes ces occupations, le président de l’université Al Akhawayn trouve le temps de participer à différentes initiatives. Par exemple à l’Unesco, dont il est l’un des 15 experts chargés des grands programmes de sciences exactes et sciences humaines.

L’une des dernières nominations que M. Benmokhtar cumulera avec sa fonction actuelle est la présidence de l’Observatoire de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), mission qui lui a été confiée en 2006 par le Souverain… sans oublier qu’il siège au conseil d’administration d’Holcim et préside la Fondation marocaine pour la nature et l’homme.