Informaticien et as des réseaux télécoms

Après son bac, il choisit d’aller en Allemagne alors qu’il ne maîtrisait pas la langue et y décroche un diplôme d’ingénieur en informatique.
Revenu au pays, il est d’abord tenté par l’offshoring avant d’opter pour une spécialisation dans l’infrastructure des réseaux.
En trois ans, le chiffre d’affaires de sa société est passé de 2 MDH à  10 millions.

Un homme qui sait ce qu’il veut se reconnaît à plusieurs choses : d’abord, la limpidité de sa démarche ; ensuite sa capacité à formuler très clairement son projet, et à bien définir les moyens pour atteindre ses objectifs. Aziz Bouab,DG de First Mile Telekom, société spécialisée dans l’infrastructure réseaux et télécoms, en est le prototype, et cela ne date pas d’aujourd’hui. En effet, depuis longtemps, il savait ce qu’il voulait faire de sa vie et a donc très tôt défini ses priorités. Il avait décidé, par exemple, de faire des études scientifiques et d’éviter la France, destination alors classique des jeunes bacheliers marocains, pour poursuivre ses études supérieures. Pourquoi ne voulait-il pas y aller ? «D’abord, ce n’est pas une fatalité, et puis cela limite les horizons car le chemin est balisé en raison de la langue, notamment». Il prend donc le risque d’explorer une voie moins fréquentée.
Né à Kénitra en 1967,Aziz Bouab, traîne, durant toute son enfance, une santé fragile. Il se concentre alors sur les études et obtient de bonnes notes dans toutes les matières. Après un bac sciences expérimentales en 1987, il s’envole sans hésiter pour l’Allemagne. Il y passe une année pour suivre des cours de langue avant de repasser le bac, car il n’y a pas d’équivalence entre les deux pays. C’est à l’université de Passau, ville allemande frontalière avec l’Autriche, qu’il obtient son diplôme d’ingénieur d’Etat en informatique, en 1995.

Il a commencé comme consultant chez KPMG et CMG en Allemagne
Sa trajectoire professionnelle débute alors sur les chapeaux de roues. Il va commencer en Allemagne comme consultant dans de grands bureaux d’études comme KPMG et CMG, entre 1996 et 1999. Puis chef de production pour le compte d’une société anglaise d’offshoring. Sa mission : monter un centre de développement en Inde pour le marché allemand. Dans ses déplacements entre l’Inde et son pays d’accueil, il n’oublie pas de garder le contact avec le Maroc.
En 2004, il est tenté de mettre à profit son expérience dans l’offshoring au Maroc. Mais, dit-il, «j’ai vite compris que le Maroc aurait du mal à concurrencer l’Europe de l’Est ou l’Inde dans ce domaine, essentiellement à cause de la rareté des ressources humaines pour accompagner cet essor».
Par contre, il réalise sans mal qu’en matière de nouvelles technologies, et spécialement dans l’infrastructure réseaux et télécoms, les opportunités sont énormes. Il envisage alors de créer First Mile Telekom, ce qui sera chose faite en 2005.Avec un salaire mensuel de 4 000 euros au début de sa vie active et de 10 000 euros à son dernier poste, il avait pu faire quelques économies. Il peut donc mettre 300 000 DH dans son entreprise, qu’il installe en 2006 au Technopark de Casablanca.D’abord sur 50 m2 puis sur plus de 200 m2.
Aziz Bouab se souvient avec amusement de son premier contrat. La préfecture de Larache cherchait alors à raccorder la petite commune de Laâwamra, éloignée de 20 km, au réseau Internet. Il a proposé ses services et remporté ce marché de 300 000 DH. La première année, First Mile Telekom fait un chiffre d’affaires de 2,3 MDH. Cette année, les prévisions sont de 10 MDH pour cette entreprise qui n’emploie que 16 salariés, tous ingénieurs. M. Bouab explique sa démarche : «Je me concentre sur mon activité centrale qui est d’offrir des solutions clés en main. Quand je veux installer des pylônes  – c’est souvent le cas-, j’opte pour le faire-faire, en choisissant prudemment mes partenaires».

Une rigueur germanique
L’entreprise s’est développée très rapidement et le Technopark qui avait pris 7,5 % de participations sera très largement récompensé, tout comme Aziz Bouab lui-même puisque Fisrt Mile Telecom a été rachetée par Lina Holding.Celle-ci lui a demandé non seulement de diriger l’entreprise mais d’en rester le président du conseil d’administration jusqu’en 2009.
En manager avisé Aziz Bouab, qui a misé sur la technologie hybride et sans fil, élargit sa panoplie d’instruments en intégrant de nouveaux outils comme le GPS, le GPRS, la 3G, etc. Ambitieux, il lorgne d’ores et déjà les marchés de la région Afrique-pays arabes.
«A First Mile Telekom, dit fièrement Aziz Bouab, nous n’importons pas de solutions toutes faites.Nous travaillons aussi sur l’assemblage et l’adaptation là où l’ingénierie nationale est très impliquée. Je suis persuadé que c’est dans le «surmesure» qu’il faut investir».
Si les perspectives sont très prometteuses,M. Bouab n’a pas oublié les difficultés rencontrées au démarrage : «Contrairement à ce qui se colporte çà-et-là, je n’ai jamais eu le moindre problème administratif. Aujourd’hui, je travaille avec de grands opérateurs, dans le secteur privé ou les différents départements ministériels, de plus en plus exigeants et alertes.Mes soucis, lors du lancement de ma société, ont été essentiellement des problèmes de trésorerie et la difficulté de trouver les ressources humaines pour respecter les engagements, la qualité et les délais sur lesquels la clientèle est, désormais, intraitable». Toujours entre deux avions, il utilise à fond les concepts du management moderne : responsabiliser, déléguer et utiliser les outils technologiques de l’heure comme Internet -le contraire serait étonnant- pour s’informer en temps réel sur tous les aspects de son entrepr ise. Mais avec sa rigueur, acquise au pays de Goethe, il reste intraitable sur le résultat.