Il voulait faire de la politique, il deviendra une sommité du droit social

A sa sortie de fac, l’armée
le récupère pour en faire un officier
de réserve.
En 1980, la CNSS le recrute pour son bureau d’études.
Après 25 ans de carrière à  la caisse, il est nommé secrétaire
général
du ministère de l’Emploi
et de la formation professionnelle.
Il a travaillé sur tous les gros chantiers de la réforme du droit
social et du système de prévoyance.

Une boule de nerfs, un électron libre, un travailleur infatigable ! A celui qui le voit pour la première fois, Abdelouahid Khouja donne l’impression d’être tout cela à  la fois. Surtout que le secrétaire général du ministère de l’Emploi navigue dans un emploi du temps chargé. Bouger, pour lui, est à  la base de la performance et de l’ingéniosité. Mais, nuance-t-il, bouger n’est pas simplement brasser de l’air, mais agir sur les choses et sur les situations, au service de la communauté. Et ce n’est pas un hasard si Abdelouahid Khouja, depuis qu’il est entré dans le social, n’en est jamais sorti.

Il se voyait dans l’enseignement… il est affecté dans les blindés
L’histoire d’Abdelouahid Khouja a commencé à  Samsa, à  5 km de Nador, o๠il est né en 1955, dans une famille qui compte neuf enfants. A cinq ans, il entre au m’sid (l’école coranique) qu’il ne quittera qu’à  l’âge de douze ans, même s’il commence parallèlement à  fréquenter l’école publique. Il était parmi les élèves les plus appliqués, mais le maà®tre lui dira un jour, à  son grand étonnement : «Tu es un bon élève, mais tu te contentes du programme et tu ne lis pas assez». Une phrase dont il se souvient encore car c’est à  partir de ce moment qu’il commencera à  s’intéresser aux grands auteurs, d’abord arabes, comme Manfalouti, Taha Hussein… puis, plus tard, les classiques français. Le roman de Zola, Germinal, le marquera.

Rien ne prédisposait l’enfant sage qu’il était à  l’école à  devenir le jeune étudiant attentif à  la politique et attiré par l’effervescence du mouvement estudiantin de l’époque, puis le militant. Après avoir décroché son Bac en 1973, il intègre la faculté de Fès qui vient d’ouvrir. Il ne sait pas très bien ce qu’il veut et, s’il s’inscrit en droit, il fréquente d’autres cours, comme s’il voulait marquer sa différence avec tout le monde – y compris avec lui-même. Il finit par obtenir une licence en droit privé, en 1978. Il tente alors par tous les moyens de faire son service civil dans l’enseignement car, dit-il, «je voulais faire de la politique».

Le destin en décidera autrement. A sa sortie de la fac, c’est une grosse surprise qui l’attend : le service militaire. A l’époque, l’armée avait besoin d’officiers de réserve. Il n’a jamais su à  qui il devait une «fière chandelle» pour cela. Car cette partie de sa vie lui apportera une grande richesse. Il va réapprendre la discipline et le sens des valeurs. Au bout de cette période, la religion du dogme, héritée de son passé militant, restera sur le carreau. Major de promotion, il sera affecté, après une brève période d’instruction, dans une division de blindés. En 1980, il est libéré de ses obligations militaires, comme les autres membres de sa promotion, d’ailleurs.

Sitôt libre d’engagement professionnel, il est recruté par le bureau d’études de la CNSS (Caisse nationale de sécurité sociale). Et déjà , il ambitionne d’en devenir le directeur. Il lui faudra pourtant vingt ans pour réaliser ce rêve. Entre-temps, il a eu néanmoins la consolation d’être le plus jeune chef de service de l’organisme, après qu’on lui eût confié, en 1981, le service de l’aide sanitaire familiale. Il va commencer par une longue familiarisation avec les textes et les procédures. C’est cet effort continu pour accumuler une expertise qui, quelques années plus tard, lui vaudra une reconnaissance académique et professionnelle. En effet, il va devenir l’incontournable formateur interne à  la CNSS, et un expert chercheur très sollicité. C’est ainsi qu’il a eu en charge des cours sur le droit comparé en matière de sécurité sociale dans les facultés de droit de Casablanca et de Mohammédia.

Certains patrons à  la CNSS l’avaient mis au placard !
A tout cela va s’ajouter une expérience de négociateur avec les autres pays pour la conclusion d’accords sociaux. Et non seulement il réalise son premier rêve d’être à  la tête du bureau d’étude de la CNSS, mais il sera à  la tête de la division de la communication puis, en 1999, directeur des ressources humaines, avant d’être nommé, en 2002, directeur du pôle stratégie. Les patrons de la CNSS, il en a côtoyé beaucoup. Il se rappelle même que certains l’avaient mis au placard. Mais, dit-il, «à  aucun moment, je n’ai considéré cela comme une fatalité et je rebondissais grâce à  tout ce que j’avais capitalisé grâce au rythme de formation que je m’étais imposé pendant de longues années. Il faut dire que j’ai aussi été servi par ma visibilité médiatique, à  laquelle je dois certainement beaucoup, pour être appelé aux postes que j’ai occupés».

Et ce n’est pas non plus un hasard s’il est parmi les hauts cadres qui ont accompagné la commission parlementaire qui a instruit le dossier du «scandale de la CNSS». Sa fierté, c’est d’avoir été associé à  des chantiers comme la grande réforme de la CNSS, la loi sur la sécurité sociale ou encore l’AMO (assurance maladie obligatoire).

Et l’effort a fini par payer quand Abdelouahid Khouja a été appelé, en mai 2005, à  occuper son poste actuel, celui de secrétaire général du ministère de l’Emploi. Quand on lui demande comment s’est passée sa nomination, il jure ses grands dieux qu’il n’en sait rien. Une chose : étant le premier concerné, il a évidemment appris la nouvelle un peu avant tout le monde. Mais, affirme-t-il, «ça s’arrête là  !»