Il voulait faire carrière dans la musique, il finira patron de banque

Bon joueur de luth, il a sérieusement envisagé de devenir musicien avant de choisir une autre voie.
Il a fait toute sa carrière à Arab Bank qu’il avait intégrée en 1978, après son deuxième certificat d’études supérieures.
Discrètement, il a imprimé sa marque à cette banque qu’il dirige depuis 2004.

Rares sont les dirigeants d’entreprise qui font carrière dans une seule entreprise. Abderrahim Saher en fait partie. Il a rejoint Arab Bank en 1978 en tant que chargé de mission avant d’en devenir le manager pour le Maroc en 2005. Quand il est arrivé à Arab Bank, il croyait, comme tout le monde, que c’était une banque à capitaux issus des pays pétroliers du Moyen-Orient. On lui apprit alors que l’entreprise avait été fondée en 1930 à Al Qods par un Palestinien, Abdelhamid Shoumane, analphabète mais visionnaire. Cette banque, qui a compté parmi ses actionnaires feu Rafiq Hariri, figure au centième rang des banques à vocation internationale et parmi les plus importantes dans le monde arabe.

Mais revenons à Abderrahim Saher et à sa trajectoire. Il est né en 1952 à Derb El Fokara (Derb Soltane), dans une famille de sept frères et sœurs dont il est l’aîné. Il est si bon en maths qu’il obtient la meilleure note du Maroc aux examens normalisés de l’année de passage au second cycle du secondaire, en 1969.

Pourtant, le jeune homme connaîtra une période d’hésitation. Outre les maths, il est en effet attiré par les matières littéraires. Bon joueur de luth, qu’il taquine encore dès qu’il en a le temps, il aurait également voulu embrasser une carrière de musicien.

Finalement, après un bac sciences économiques, obtenu en 1972, il s’inscrit à la faculté de droit de Casablanca. Il se rappelle que les cours magistraux et les travaux dirigés étaient dispensés dans des locaux de la CTM (gare routière) ou à la Place Mirabeau, où se trouve aujourd’hui l’Ecole de formation administrative relevant du ministère de l’intérieur.

Abderrahim Saher, «garçon poli, sérieux et travailleur», pour ceux qui le connaissent, obtient sa licence puis se lance pour deux années dans la préparation de deux certificats d’études supérieures (CES) en économie. Il fera son service civil à la préfecture de Marrakech.

En 1978, il est recruté par Arab Bank, installée au Maroc depuis 1961, qui, comme toutes les banques, recrutait des profils spécialisés pour assurer son développement. Il se souvient de son premier salaire, 1 900 DH, ce qui représentait alors le double des émoluments d’un enseignant du second cycle. A l’époque, la moitié du capital appartenait à la BCP. Ce n’est qu’en 2000 qu’Arab Bank racheta ces parts.

Il accompagnera toutes les grandes mutations de la banque
Abderrahim Saher gravit les échelons pour devenir, en 1981, directeur des engagements. Il attendra 1986 pour s’engager sur le terrain de l’exploitation, au contact avec la clientèle, ce qui l’aidera à prendre de bonnes décisions, une fois aux commandes. Il sera alors, progressivement, directeur de l’agence centrale de Casablanca, puis en charge du réseau Arab Bank de Rabat, en 2000. En 2001, il est nommé DGA.

Les grands dossiers auxquels Abderrahim Saher va alors se trouver confronté sont la mise en place du système d’information, enclenchée dès 1981, puis la fin de l’encadrement des crédits, qui va imprimer un nouvel élan et nécessiter de nouveaux réglages dans l’activité bancaire du pays. L’arrivée des cartes bancaires va également engendrer de nouvelles habitudes de consommation pour une grande partie de la clientèle, même pour les petits comptes. Arab Bank, comme la plupart des institutions bancaires, va s’adosser à Visa. L’autre grande échéance pour Arab Bank fut la segmentation de la clientèle, avec des structures dédiées aux particuliers et aux entreprises.

L’institution, qui fonctionne en tant que succursale, va cependant connaître une mauvaise passe entre 2001 et 2004. Les pertes cumulées se chiffrent à 30 MDH. Les causes probables sont un relâchement dans l’agressivité commerciale, une gestion peu efficace des ressources humaines et, forcément, un taux d’impayés non maîtrisé.

Sa fidélité et sa patience ont fini par payer
C’est dans ce contexte que Abderrahim Saher se voit confier la responsabilité de la région Maroc, avec ses dix agences et son effectif de 200 personnes. Les corrections nécessaires sont rapidement introduites. Dès 2006, la banque renoue avec les bénéfices, qui s’élèvent à près de 50 MDH.

En 2007, le travail de refonte des structures et de motivation du personnel porte ses fruits : les dépôts connaissent une augmentation de 16 % par rapport à l’année précédente et les crédits de 7 %. «Il ne faut pas penser qu’Arab Bank est une banque de transit d’argent accompagnant les déplacements de touristes arabes fortunés. Notre clientèle marocaine fidélisée constitue plus de 80 % de nos comptes. Nous avons quelque 25 000 clients, en gros des particuliers et des commerçants.

A ce jour, nous avons des dépôts totalisant un peu plus de 3,6 milliards de DH et un encours de crédits de l’ordre de 2,5 milliards de DH. Nous avons des produits tout à fait comparables à ce qui existe sur le marché et, bien entendu, nous considérons que notre grand patron, c’est le client», explique M. Saher, qui détaille volontiers les projets d’Arab Bank au Maroc.

Trois axes de travail sont validés. Il y a la création de nouvelles agences dans des villes comme Béni-Mellal, El Jadida ou Kénitra, ce qui n’exclut pas le renforcement de la présence de la banque dans des villes comme Casablanca. Le deuxième chantier est la restructuration des produits. Le troisième concerne, lui, l’élargissement de l’activité vers des créneaux comme le leasing ou le crédit à la consommation (direct ou pour le financement de l’automobile).

A l’image de la banque qu’il dirige, Abderrahim Saher, discret par nature, ne fait pas de vagues, mais entend bien marquer celle-ci de son empreinte.