Il rêvait d’être médecin militaire, il finira dans la finance

Enfant, il découvre le Maroc au gré des nominations de son père : mobilité et capacité d’adaptation sont ses bottes secrètes.
Lauréat de l’ESC Toulouse, il décline les offres d’IBM
et Procter & Gamble pour rentrer au Maroc.
Recruté par hasard au Crédit du Maroc, il y fera une belle carrière
avant de rejoindre la multinationale Mediaco.

Le regard pétillant, l’esprit alerte, le verbe haut, Khalid M’Hammedi quitte rarement son interlocuteur des yeux. Une propension à dominer ? Peut-être bien car l’homme ne nie pas être un tantinet manipulateur. Mais, corrige-t-il, «je revendique pleinement mon côté un peu prestidigitateur dans le sens positif du terme. Cela dit, je ne considère jamais les autres comme des pions ou des instruments, mais plutôt comme une richesse qui a du mal à se livrer et à se déployer et j’estime que c’est un bon deal que d’être le bon génie qui va permettre aux autres de donner le meilleur d’eux-mêmes». Une telle démarche, pour Khalid M’Hammedi, commence par la capacité de mettre en confiance les personnes avec qui il travaille, lorsqu’il s’agit d’affaires, ou tout simplement les interlocuteurs dans le cadre de ses relations,en général. Le fait d’être un haut responsable de multinationalene doit pas être étranger à son agilité d’espritcomme à son côté cosmopolite.

Né à Fès en 1970, ce jeune cadre de haut vol est le cadetd’une famille de cinq garçons. Son père est fonctionnaireau ministère de l’intérieur et sa mère professeurd’histoire/géographie. Il se rappelle avoir fait le tour du Marocau gré des nominations de son père au rythme d’un changementde ville une fois tous les trois ans. Il se rappelle aussi qu’il s’étaitfait, très tôt, à l’idée qu’il ne fallaitpas trop s’attacher à ses amis et qu’il fallait s’enfaire de nouveaux à chaque déplacement de la famille à traversle pays. C’est ainsi qu’il développa une capacité d’adaptationhors pair. Si bien qu’après avoir d’abord usé ses fondsde culotte sur les bancs de l’école à Fès, c’est à Khémissetqu’il obtient son Bac sciences maths, après avoir étudié à Tétouanou encore à Nador et Agadir.

Avant de découvrir les mathématiques comme tous ses frères,il s’est délecté de bandes dessinées dans toutes sortesde formats. C’est cela, dit-il, qui lui a permis de maîtriser lalangue française, clé de voûte pour entrer dans la société dusavoir.

Sa chance fut aussi que son père était en mesure de financer ses études.Peut-être pas celles dont il avait rêvé étant petit.Partagé entre une carrière militaire et la médecine, ilse disait qu’il allait devenir… médecin militaire. Mais son pèrel’en dissuadera, lui conseillant de suivre une autre carrière où ilpourrait davantage s’épanouir et se valoriser.

Le jeune Khalid suivra ses conseils. Il fera alors ses classes prépas à Toulouse,entre 1987 et 1989. Et comme il ne veut pas changer de ville, il s’inscrit à l’Ecolesupérieure de commerce (ESC), la cinquième grande écolede commerce de l’Hexagone. Sa première rencontre avec une multinationaledate de son stage chez Apple où il a peaufiné un mémoiresur «La vente des ordinateurs aux étudiants».

Il avait rendez-vous à la SGMB, il entrera par erreur au Créditdu Maroc
C’est alors qu’il reçoit des propositions d’IBM et deProcter & Gamble pour aller s’installer dans des pays du golfe. Ilpréfère, une fois ses études achevées en 1993, retournerau pays pour y tenter sa chance. Et sa carrière débutera par uncoup de hasard des plus anecdotiques. Alors qu’il était invité à passerau bureau du DRH de la Société générale, il se tromped’un pâté de maisons et se retrouve dans l’immeubledu Crédit du Maroc. Entré par erreur chez le DRH du CDM, il enressortira avec une proposition ferme. Et finalement, c’est à cemoment-là qu’il va entrer dans la vie active. Après l’annéede stage d’usage, il est appelé à assurer la gestion d’uneagence de la banque à Tétouan. Il y fait ses preuves, si bien qu’aubout de deux ans seulement on lui fera une belle offre : mettre sur pied un départementdédié aux SICAV. Une période, dit-il, où il a puparfaire sa maîtrise en matière de placement. Il restera à ceposte de 1996 à 2000.

Tenté de quitter la banque pour «aller voir ailleurs», unedeuxième chance va se présenter à lui. Au moment où lesbanques faisaient leur mue, le Crédit du Maroc lui offre l’opportunité dediriger, à Rabat, le centre d’affaires qui prend en charge une bonnecentaine d’entreprises des villes de Rabat, Kénitra, Salé,Skhirat, Témara. Lui qui pensait devoir changer de secteur sous peinede voir ses réflexes s’émousser devra encore patienter, carune autre offre de sa banque allait calmer ses ardeurs. Une double mission luisera confiée : diriger le centre d’affaires de Tanger et développerla banque internationale du Crédit du Maroc dans la région du nord,essentiellement dans la zone franche. Là encore, il fait ses preuves puisquele chiffre d’affaires va passer de 4 à 14 MDH.

Puis arrive LA rencontre qui va faire prendre à sa carrière untour inattendu. Un jour, en 2005, le PDG exécutif de Mediaco, filialed’une multinationale française spécialisée dans lelevage et le matériel de manutention et de transport, viendra le voirpour régler un problème de caution bancaire.

La société venait de décrocher un marché au portTanger-Med. Khalid M’Hammedi se démènera et fera plus quel’accompagner. Il conseille le patron de Mediaco pour l’introductionde la société en Bourse et le fera bénéficier deson carnet d’adresses. Au fil des mois, les deux hommes se lieront d’amitié etle patron de Mediaco finira, en 2006, par recruter le banquier comme directeurdu développement financier à l’international. Khalid M’Hammediexplique que l’activité de la multinationale ne fait que commencer: «Avec les grands chantiers qui s’ouvrent dans les pays émergentscomme le Maroc, le potentiel va aller en s’accélérant etTanger en est un des plus beaux exemples, affirme-t-il. Actuellement, nous déployons70 grues et 230 camions de différents tonnages pour une valeur de prèsde 400 MDH. Nous travaillons aussi bien au Maroc qu’en Algérie ouen Mauritanie et nous dimensionnons notre flotte en fonction des besoins grandissantsde la région».