Il rêvait de télévision, il se découvre une passion pour les ressources humaines

Hamid El Otmani a un parcours universitaire dense : diplôme de l’Iscae, DESS en management à  Paris Dauphine, doctorat en organisation à  Aix.
Après ses études, il voulait faire de la télévision, mais il fut mal accueilli à  2M. Il s’est alors tourné vers le conseil.
En près de 20 ans de carrière, il ne connaît qu’une seule entreprise, LMS conseil, et ne regrette pas son choix.

Hamid El Otmani est l’homme d’une seule entreprise, le groupe LMS conseil, dont il dirige la filiale Organisation et RH. C’est aussi l’homme d’une seule passion : les ressources humaines, une spécialité relativement nouvelle dans le pays au moment où il s’y était engagé. Aujourd’hui, son parcours professionnel se confond avec l’histoire de son entreprise et celle de cette discipline au Maroc. Pourtant, l’homme se destinait à la télévision, un domaine qui l’a attiré après une première expérience en France, à la fin de ses études supérieures.

Brillant en littérature, il est encouragé par ses professeurs à passer un Bac économie
Hamid El Otmani, aîné d’une fratrie de cinq frères et sœurs, est né à Errachidia en 1959. Son père, instituteur, a aussi été son maître. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il ne s’est pas montré plus dur avec lui qu’avec le reste de la classe. Il l’a laissé développer ses capacités intellectuelles à son propre rythme. Ce qui est exceptionnel aussi bien pour l’époque que pour le profil d’un père-enseignant chez qui la discipline aurait dû être le maître mot.

Auparavant, Hamid avait néanmoins connu le m’sid et… la falaqa, comme tous les jeunes de sa génération et de celles qui l’ont précédée. Au cours de sa scolarité, il se souvient avoir lu beaucoup de grands auteurs arabes comme Mustapha Lotfi El Manfalouti, Ibn Al Mouqaffaâ et autre Najib Mahfouz. Si bien qu’après la première partie du secondaire, il s’oriente vers les lettres modernes. Ses bonnes prestations convainquent ses enseignants de lui conseiller le Bac sciences économiques. Nous sommes en 1978. Son Bac en poche, il s’inscrit à l’Institut de commerce et d’administration des entreprises (Iscae), qu’il quitte, diplôme en poche, en 1982.

Il prend alors la décision d’aller en France. C’est que, se rappelle-t-il, beaucoup de ses condisciples de l’institut l’avaient précédé dans ce pays et les réseaux étaient si bien «huilés» que les nouveaux venus en France étaient pris en charge par leurs congénères pendant les premiers mois de leur séjour, leur assurant ainsi le gîte et le couvert. Il vivra de petits boulots, le temps de terminer un DESS en management des entreprises à Paris Dauphine.

En 1984, il s’inscrit à l’université d’Aix-en-Provence où il obtient un DEA puis un doctorat en ingénierie des organisations économiques. Et c’est durant les dernières années de ses études qu’il commencera à flirter avec l’audiovisuel. Il travaille alors pour une télé locale, à Marseille. Il attrape alors le virus de la télévision au point que, quand il rentre au pays, en 1989, il reçoit des propositions d’embauche de plusieurs entreprises, mais il n’a d’yeux que pour le petit écran. Son rêve finira pourtant en queue de poisson quand il se verra fraîchement accueilli à 2M, qui venait d’être lancée. Il décide alors de revoir ses plans et accepte un poste à LMS conseil comme chargé d’études.

LMS organisation et RH, c’est lui !
C’est là que commence sa belle aventure avec le conseil en ressources humaines. Une aventure qui n’est pas près de se terminer, dit-il, car elle est sans cesse recommencée. Quand il arrive dans cette entreprise, il y a deux départements : le marketing et le recrutement. C’est à lui qu’échoit la mission de construire la structure du conseil en ressources humaines. Il réussit si bien qu’aujourd’hui le département qu’il mit en place et dont il conçut les produits est une entreprise autonome qui emploie une bonne trentaine de personnes et génère un chiffre d’affaires de 17 MDH, alors qu’au terme du premier exercice, elle avait réalisé à peine 600 000 DH.

Les différents métiers de cette entité sont l’évaluation des compétences, le recrutement (y compris l’organisation des concours), le coaching et la formation. Mais l’activité peut englober d’autres domaines comme la conception d’une politique de rémunération, d’intéressement et de motivation ou encore un redéploiement d’effectif et l’analyse des charges de travail.

Le métier a beaucoup évolué, explique Hamid El Otmani. «Quand j’ai commencé, se souvient-il, je passais le plus clair de mon temps à expliquer l’intérêt et le profit que pourrait tirer une entreprise de nos produits. Et beaucoup de clients que je cherchais à recruter me regardaient avec l’air de me dire : cause toujours, j’écoute tes boniments par pure charité». Mais les choses ont apparemment beaucoup changé depuis.

«Aujourd’hui, explique M. El Otmani, cela coule de source, la demande est très forte et, signe des temps, elle provient, à parts égales, du privé et du public. Cela veut dire que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts en un temps très court, mais aussi que la qualité des décideurs et la notion de rendement et de rationalisation des ressources humaines, placée au premier plan, a fait des progrès que l’on ne pouvait soupçonner».

Pour Hamid El Otmani, les marchés du conseil et du recrutement tous confondus et hors enseignement doit bien peser à ce jour 400 MDH, avec un prix moyen de 8 000 à 16 000 DH la journée de travail. Il estime qu’il est appelé à s’élargir et que ce chiffre d’affaires pourrait être multiplié par cinq dans les prochaines années. Un potentiel intéressant pour les cabinetsde la place.