Il rêvait de devenir négociant en cuivre, il sera chimiste de renom en Allemagne

Après un cursus sans faute à  l’étranger, il était revenu en 1989
pour enseigner la chimie à  l’Université
d’El-Jadida.
Déçu, il refait ses valises et s’installe définitivement à  Berlin.
Il donne des cours, anime des séminaires internationaux et publie ses travaux dans des revues scientifiques de renom.

«Nul n’est prophète en son pays». Cette maxime, Abdelkrim Chemseddine l’a faite sienne… par dépit. Chercheur de renom en Allemagne, il ne vient plus au Maroc qu’en touriste. Et quand il y atterrit comme chercheur, ironie du sort, c’est à travers une ONG étrangère qu’il est invité, dans son propre pays, comme conférencier ou animateur d’un séminaire.
Pourtant, tout avait commencé autrement pour Abdelkrim Chemseddine, né en 1956 à El Jadida dans une famille conservatrice et aisée de 11 frères et sœurs. De son père commerçant, il hérite un sens précoce des affaires. Il se met en tête de devenir «revendeur» de cuivre et se souvient d’avoir réalisé quelques «gros coups», encore tout jeune. Il ne savait pas (pas encore !) qu’il allait redécouvrir ce minerai et d’autres métaux sous d’autres aspects, sous d’autres cieux et pour des considérations autres que pécuniaires.

Le jeune Abdelkrim a un parcours presque ordinaire. Attiré par les maths et la physique, il obtient un Bac sciences expérimentales et s’inscrit à l’Université Mohammed V où il obtient une maîtrise de chimie, en 1980. A 24 ans, il décide qu’il est encore trop tôt pour entrer dans la vie active. Grâce à un de ses professeurs, il s’inscrit à l’Université Pierre et Marie Curie, à Paris. Alors que ses notes, en 1981, lui permettaient de prétendre à une bourse complémentaire française, il n’a pas pu en profiter faute d’obtenir les informations y afférentes de la part des services administratifs de l’université marocaine.

Rebuté par l’immobilisme de l’Université marocaine
Ses débuts ne sont pas faciles : lui qui se croyait «très brillant» a dû cravacher pour combler ses lacunes. Mais il voulait aussi asseoir les bases qui allaient faire de lui un chercheur comme il aime à se qualifier. C’est ainsi qu’il obtient un doctorat de 3e cycle en chimie, en 1983, puis un doctorat d’Etat, en 1986. Mais, dit Abdelkrim Chemseddine, «il ne faut pas non plus croire que je ne m’amusais pas. Je disais à mes amis : de lundi à vendredi, je suis absent, mais le week-end, je suis avec vous».

Une fois son cursus doctoral bouclé, une première opportunité se présenta. C’est à l’université de Californie, à Los Angeles, qu’il secondera un chercheur américain qui faisait partie du jury de son doctorat et qui avait apprécié sa vivacité d’esprit et son sens de la démonstration scientifique.

Dès la fin 1987, il se vit proposer un autre poste d’enseignant à Munich, à la Fondation Von Humboldt au sein de la Ludwig Maximilian Universitat. Il restera en Allemagne jusqu’en 1989, date à laquelle il s’est senti prêt pour revenir au pays et, dit-il, «apporter [sa] contribution à [sa] société qui [lui] a tant donné». Il est alors recruté comme professeur de chimie à l’université Hassan II d’El-Jadida, sa ville natale. Son élan et sa volonté de travailler dans son pays vont cependant être brisés net.

Sa hiérarchie n’acceptait pas de le voir prendre des initiatives qui, pourtant, allaient dans le sens de l’amélioration de la formation. S’impliquant très fort avec ses étudiants, il se démarqua de ses pairs et ses travaux dirigés connurent une telle affluence que le doyen lui fit remarquer qu’il devait «se contenter de prendre en charge ses seuls étudiants», rappelle-t-il. En guise de réponse, Abdelkrim Chemseddine lui signifia qu’il n’était pas question de faire l’appel dans un amphi. Une manière de dire que son cours était ouvert à tous ceux qui voulaient s’imprégner de ses méthodes pour améliorer leurs connaissances.

Avant de plier bagage, il rembourse une année de salaire à l’Etat marocain
Ce premier incident en annonçait d’autres. Ainsi, un jour où il voulut mettre en marche le four d’expérimentation de la faculté pour faire de la recherche, il provoqua une véritable levée de boucliers qu’il ne comprend toujours pas. Il avait simplement voulu utiliser les équipements de la faculté selon l’usage auquel ils étaient destinés.

Plusieurs autres signes lui firent alors comprendre qu’il n’avait que deux choix. Il explique : «Soit j’acceptais la médiocrité et me pliais aux règles du fonctionnariat, contraires à tout esprit de recherche et d’enseignement, soit je faisais mes valises. Et alors que rien ne m’y obligeait, j’ai remboursé une année de salaire au ministère des finances pour avoir la conscience tranquille, dans la mesure où j’avais rompu le contrat qui me liait à l’Université pour les huit années à venir».

Le professeur Chemseddine va alors entamer un parcours académique hors pair au Hahn-Meitner Institut, à Berlin, où il est encore professeur attitré. Toujours établi à Berlin, il est invité un peu partout à des manifestations scientifiques à travers l’Europe, les Amériques et l’Afrique, anime des séminaires et donne des cours un peu partout, notamment au Georgia Institute of technology à Atlanta. Il est l’auteur de nombreux articles scientifiques ou cité dans des revues spécialisées comme The journal of the Chemical society, The European journal of inorganic chemistry, Nanoletters…